Mais comment expliquer la présence et l'effervescence culturelle des Vietnamiens en République tchèque, pays situé à presque 10 000 kilomètres de Hanoi ? Par l’histoire : dans les dernières heures du régime communiste tchécoslovaque dans les années 80, le gouvernement de Prague cherchait une main d’œuvre bon marché pour subvenir aux besoins de l’industrie. Or, au même moment, le Vietnam ouvrait son économie à l’étranger, après plus de dix ans d’isolement total. Cette nouvelle politique économique, communément appelée Đổi mới, fut perçue par « les frères socialistes » tchécoslovaques comme une excellente opportunité. Des milliers de Vietnamiens furent invités à venir – et restèrent même après la chute du régime en 1989.
La deuxième vague d’immigration au début des années 2000 profita alors des structures créées par la première. Elle était surtout attirée par la perspective d’une future adhésion tchèque à l’Union européenne. Mais ces « nouveaux » Vietnamiens, dont plus de 30 000 n’ont pas encore reçu de permis de travail permanent (sans parler des illégaux évalués à 25 000 par les autorités), ont eu du mal à s’intégrer. Un projet du ministère du Travail tchèque, qui suscite la polémique, prévoit de renvoyer chez eux des travailleurs provenant de nombreux pays asiatiques (Mongols, Cambodgiens…), dont les Vietnamiens. L’État veut leur payer une somme forfaitaire de 500 euros et le vol de retour. Il est cependant peu probable que les Vietnamiens, bien organisés juridiquement grâce à leurs nombreuses associations, se laissent expulser pour aussi peu. Sans parler du fait qu’ils préfèrent sans doute rester, fidèles à ce proverbe… vietnamien : « L’argent ne remplacera jamais le chez soi… »
Alexander Knetig
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