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1968

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1968

Mercredi 23 avril à 23h15 - 22/04/08

Les amants réguliers

Film de Philippe Garrel


"Les amants réguliers" brûle la flamme des espoirs fragiles de mai 68 et des désillusions qui s’ensuivirent.

© ARTE F

Un groupe de jeunes parisiens s’abandonne à une existence bohème, après avoir pris part aux évènements de mai 1968. Paris a soudain vu des centaines de jeunes gens dévaler les boulevards, un pavé à la main, dans l’espoir de mettre fin à l’ennui d’une vie programmée. François (Louis Garrel) vient d’avoir vingt ans. Comme ses pairs, il n’a rien à perdre. Il se jette corps et âme dans une relation amoureuse avec Lilie (Clotilde Hesme). Une demeure spacieuse, propriété d’un de leur ami fortuné, la villégiature, la création artistique, l’amour et l’opium délimitent leurs journées… 

L'interview de l'acteur Louis Garrel
L'interview de l'actrice Clotilde Hesme
La conférence de presse
La bande-annonce du film
(Festival du film de Venise 2005, Real Video)

Au cours de sa longue filmographie, démarrée au milieu des années 1960, Philippe Garrel n’a jamais évoqué ouvertement les évènements de mai 1968, ni les quelques années qui ont suivi, mais plutôt leurs conséquences (la fuite avec « Le Révélateur ») ou leurs prémices (avec « Marie pour mémoire »). L’échec de la lutte, la découverte de la drogue, les idéaux se heurtant à l’épreuve du quotidien, la revendication de la naïveté ou l’immaturité… Ces éléments sont autant de couleurs qui forment la superbe palette en N&B des « Amants réguliers ».

© ARTE F
Sur le principe du chapitrage (l’écrivain et poète Marc Cholodenko participe à nouveau à l’écriture du scénario), Garrel débute ce film-fleuve par une incroyable évocation épurée des manifestations du boulevard Saint-Michel, dans un décor théâtralisé au fond noir où brûlent quelques carcasses de voitures. A la stature immobile des silhouettes, répond une bande-son riche et prononcée. C’est le même principe qui prévaut pour la seconde partie, drôle et pathétique, où les corps sont cette fois figés par la drogue. Les entrailles d’un piano ou le crissement d’une chaise donnent un relief accidenté à ces ombres rimbaldiennes et stupéfiées, qui recherchent l’effacement au risque de la rupture (Lilie s’éloignant de François) ou de l’abandon (ce dernier proclamant qu’il veut rester « anonyme » dès le début du film).

Ne pas rompre le fil de ces trois heures dévolues à l’émiettement d’un groupe, pieds nickelés ou figures sacrificielles d’une époque qui s’est elle-même brisée sur l’échec de ses idéaux n’est pas chose aisée. Grâce à la partition hiératique du musicien Jean-Claude Vannier (arrangeur de Serge Gainsbourg pour « Histoire de Mélody Nelson»), à la photographie dense de William Lubtchansky, chef opérateur de Jacques Rivette, ainsi qu’à la présence de Louis Garrel, propre fils du cinéaste dont le jeu repose sur un talent pour le comique tragique, doublée d’une aisance à mouvoir son corps lourd dans un état végétatif pourtant délicat, le cinéaste réussit son pari.

Aucune nostalgie ne semble prévaloir à cette évocation nourrie d’éléments autobiographiques épars. Avec dépouillement et confiance en une forme éprouvée par plusieurs réussites précédentes (« Liberté la nuit » ou « Sauvage innocence »), Garrel ne ressasse pas, mais affirme l’idée d’un cinéma dont l’exigence, l’idéal et la difficulté douloureuse à se révéler rejoignent les aspirations belles et tragiques de ses personnages.

Julien Welter pour Actualité Cinéma
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Les amants réguliers
Film de Philippe Garrel
France, 2004, 2h58mn
Avec Louis Garrel, Clotilde Hesme, Éric Rulliat, Julien Lucas, Rebecca Convenant, Marc Barbé
Production : Maïa Films et ARTE France
Lion d’argent à Venise en 2005.

Edité le : 28-03-08
Dernière mise à jour le : 22-04-08


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