Le film s’ouvre en musique sur un décor de banlieue -un peu grise, un peu froide : on y suit une jolie jeune femme blonde, Laetitia (Johanna Shimkus), qui chine dans des casses automobiles. Un jour, sa route croise celle de Roland (Lino Ventura), très pressé de filer au volant de son camion rouge et absolument pas disposé à lui vendre le moindre bout de ferraille. Mais Laetitia a du temps à perdre, elle est curieuse et pleine de bonne volonté, aussi, après un instant d’hésitation, Roland accepte-t-il son aide proposée spontanément. Ensemble, ils se rendent sur un vaste terrain dégagé où ils installent à toute vitesse des éléments que vient traverser un petit avion –répétition générale d’un mystérieux exploit à venir. Le pilote, Manu (Alain Delon), atterrit finalement et les présentations sont faites en bonne et due forme entre les trois protagonistes, suite à quoi Manu offre un baptême de l’air à Laetitia. Puis, après un détour pour récupérer une caméra, le futur trio inséparable se retrouve au complet dans le garage de Roland qui est en train de fignoler le moteur du dragster avec lequel il compte bien pulvériser des records de vitesse automobile. Laetitia demande si elle peut louer un coin du garage pour y réaliser ses sculptures…
Galaxie Giovanni
José Giovanni, écrivain, scénariste et réalisateur, a fait son entrée en littérature avec un récit autobiographique, « Le trou », adapté au cinéma en 1960 par Jacques Becker. L’histoire d’une tentative d’évasion de prison où l’on rencontrait pour la première fois Manu et Roland, les mêmes que l’on retrouvera quelques années plus tard dans « Les aventuriers ». Dans l’intervalle, José Giovanni, Robert Enrico et Lino Ventura avaient collaboré sur « Les grandes gueules », adaptation d’une autre œuvre de Giovanni, et le film avait remporté un grand succès, attirant l’attention d’Alain Delon : le projet « Les aventuriers » s’est alors monté dans la foulée. Enrico toutefois décide que l’accent sera mis sur l’amitié, le rêve et l’aventure, que ses héros ne seront pas des gangsters, même repentis, et puis il veut un personnage féminin sain, à égalité avec les garçons. Donc plus grand-chose à voir avec le livre qui contait principalement l’étrange rencontre entre Manu et une femme tourmentée, en Corse… La vraie adaptation de son roman, c’est Giovanni lui-même qui la tournera dans « La loi du survivant », faisant ainsi ses premiers pas en tant que metteur en scène. Mais le film, sorti à peu près au même moment que « Les aventuriers » (1967), sera totalement éclipsé par ce dernier.
Les rêveurs éveillés
Dans « Les aventuriers » de Robert Enrico, Roland, Manu et Laetitia sont pleins de vie, de fraîcheur, d’envies, de bonne humeur –de belles dispositions bientôt partagées par le spectateur ! Ils ont chacun leur rêve personnel et quand l’un après l’autre, ils voient celui-ci leur exploser à la figure, ils n’en font pas un drame. Roland, Manu et Laetitia s’envolent au contraire avec euphorie vers un nouveau but commun : trouver un trésor englouti dans la mer, près des côtes Congolaises. Ce rêve-là aussi leur pètera au nez, mais cette fois ce sera terrible, irréversible, et l’action rebondira encore dans une autre direction, car le film s’avère être un triptyque. Trois parties à la dramaturgie et à la géographie distinctes, entremêlant toutes légèreté et gravité, chacune marquée par son moment de fantaisie excentrique –la danse « tribale » clôturant le premier tiers du film est ainsi tout à fait surprenante. Et si le rêve tourne finalement au cauchemar, au moins l’auront-t-ils vécu en pleine conscience, fort, généreusement.
Avoir un bon copain
La droiture et le sens de l’amitié qui caractérisent les héros du film sont des valeurs partagées par Enrico et Delon ; par Giovanni et Ventura qui sont restés très liés toute leur vie. Tous ont retravaillé ensemble, selon différentes combinaisons, et à ce quatuor il faut aussi ajouter le compositeur François de Roubaix, fidèle acolyte de Robert Enrico depuis ses débuts, également collaborateur régulier de José Giovanni (à commencer par la musique de « La loi du survivant »). Ces hommes, dont un seul (Delon) est encore en vie, avaient en commun d’être de fervents adeptes d’un cinéma populaire de qualité et c’est dans l’idée de procurer le maximum de plaisir au public qu’ils s’attelaient à leurs films. Mais dans le cas des « Aventuriers », n’oublions pas et ne sous-estimons pas non plus l’apport de Johanna Shimkus : comédienne canadienne plus ou moins débutante, elle n’inspirait pas vraiment confiance à Lino Ventura et Alain Delon, cependant Robert Enrico, soutenu par Serge Reggiani (qui tient un rôle déterminant au milieu du film), réussit à la maintenir dans le projet : sa fraîcheur, son naturel, sa présence y sont captivants. Enrico la réemploiera sur deux autres films, mais la belle Johanna devait quitter le cinéma peu après pour se consacrer à son mari, le comédien et réalisateur Sydney Poitier, et à ses futurs enfants. Reste que son personnage, Laetitia, a marqué les esprits, quelques fillettes lui doivent leur prénom, et puis Alain Delon l’a « chantée » sur un disque accompagnant la sortie du film.
Jenny Ulrich






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