Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Cannes 2007 > Tous les films > Les chansons d’amour

Cannes 2007 - Compétition officielle - 11/09/08

Les chansons d’amour

Un film de Christophe Honoré


Même pas tout à fait abouti, « Les chansons d’amour » de Christophe Honoré est un film courageux.

(France, 2006, 1h35)
Avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Chiara Mastroianni, Clotilde Hesme, Grégoire Leprince-Ringuet

Synopsis : Toutes les chansons d’amour racontent la même histoire :
« Il y a trop de gens qui t’aiment »…
« Je ne pourrais jamais vivre sans toi »…
« Sorry Angel »…

Interview avec...
Christophe Honoré, à propos du film
Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Chiara Mastroianni, Clotilde Hesme, Grégoire Leprince-Ringuet

Le trailer du film


Critique : « Tous ces écarts de la mélodie représentent les formes diverses du désir humain ; et son retour à un son harmonique (...) en symbolise la réalisation. » disait le philosophe Schopenhauer. Il convient que la citation sied parfaitement aux intentions de Christophe Honoré pour « Les chansons d’amour », comédie musicale écrite en collaboration avec le compositeur de tous ses films, Alex Beaupain. Christophe Honoré le confesse justement, avec ce film il tente pour la première fois de se confronter frontalement aux sentiments amoureux et, outre son indéfectible passion pour « Les Parapluies de Cherbourg » de Jacques Demy, il ne voyait pas « ses personnages exprimer leurs sentiments autrement qu’en chantant ». Ainsi il conviendra au spectateur de prendre en haute considération l’expression musicale du film, à dire vrai une pop française plutôt légère soutenue par des mots beaucoup plus sombres, confirmés en cela par un grain d’image qui ne cache non plus le budget quelque peu « fauché » semble-t-il de cette production. Le contraste est d’autant plus affirmé qu’Honoré choisit de circonscrire son action dans un champ restreint et précis, le 10ème arrondissement de Paris dans ce qu’il a de plus brut, filmant les gens dans la rue, les travailleurs, ici un ébéniste, là un sdf, inquiet partout où il peut capter le concret des choses.

Cette implantation quasi documentaire pose de fait un paradoxe systématique qui, selon les cas et les scènes, génère un déséquilibre parfois intéressant, souvent embarrassant au fil conducteur des relations amoureuses vécues par les personnages. Ce dernier est si fort effectivement qu’il impose une distanciation quasi systématique du spectateur au désavantage de l’émotion pure. A ce titre les très belles scènes du film sont celles qui se détachent notablement de cette réalité, l’apparition d’un fantôme ou encore cette scène d’amour musicale entre deux garçons parachevée par la sensualité des mouvements d’une caméra subitement légère alors qu’elle est le plus souvent fixe. Rien ne pourra être reproché aux acteurs (Louis Garrel en tête) ni leur fraîcheur, ni leur naturel, qu’ils parlent ou qu’ils chantent. Mais en même temps, de tous se dégage une forme de misérabilisme empesé qui confirme les options de Christophe Honoré dans ce pari risqué à ménager la chèvre et le choux, à se confronter à la fois à l’introspection amoureuse au travers d’une forme imaginaire (les chansons) et à les rabattre invariablement à une forme âpre, dure, sans concession à la réalité du quotidien. A certain égards mais aussi à un moindre niveau qualitatif, le réalisateur prolonge l’expérience de Jacques Demy qui s’était confronté aux mêmes questions tonales avec « Une Chambre en ville ». Ainsi, si Christophe Honoré est moins expérimenté que son ainé, si Alex Beaupain n’a pas non plus l’envergure du lyrisme d’un Michel Legrand, ces "chansons d’amour" pas tout à fait abouties sont la preuve d'un courage cinématographique néanmoins tout à fait digne de considération.

Olivier Bombarda

Edité le : 19-05-07
Dernière mise à jour le : 11-09-08