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Présidence suédoise de l'UE - 13/07/09

Les défis de la Suède pour l'UE

Depuis le 1er juillet, la Suède assure la présidence de l’Union européenne pour une durée de six mois. Le 9 juin dernier, le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt a présenté les objectifs de cette présidence. Parmi ceux-ci, deux dossiers prioritaires : l’environnement et l’immigration.

Feu vert au développement durable

 

On le sait, la Suède est un modèle question environnement. Ce modèle, Stockholm voudrait l’exporter. L’ambition : transformer l’économie de l’Europe pour en faire une économie écoperformante. Et les arguments sont là. La Suède a prouvé que l’environnement est un très bon business.

 

Le secteur industriel vert suédois pèse plus de 20 milliards d’euros. Les parcs industriels et écologiques fleurissent dans le pays. Exemple : Handelö dans le comté d’Östergötland. On y trouve 500 entreprises qui utilisent des technologies propres. Les activités ? Traitement des déchets, recyclage et énergies renouvelables. L’idée est simple, pour remplacer les énergies fossiles polluantes et en voie d’épuisement, il faut utiliser nos déchets. Une nouvelle matière première qui fournit de nouveaux types de carburants, éthanol ou biogaz.

 

A l’échelle du pays, une réussite économique et un impact concret sur l’environnement. Entre 1990 et 2006, la Suède a réduit de 9% ses émissions de carbone. On est bien au-delà des objectifs fixés par le protocole de Kyoto. Aujourd’hui, l’ambition est de devenir neutre en carbone d’ici à 2050. C’est bien parti puisque la Suède est le pays européen qui consomme le plus d’énergie renouvelable mais ça ne suffira pas. Conséquence, les Suédois ont vécu une petite révolution.

 

Les Suédois, le nucléaire, des atomes crochus…

 

Il y a trente ans, par référendum, la Suède tirait un trait sur le nucléaire. Les dix réacteurs du pays devaient être démantelés d’ici à 2010. Aujourd’hui, l’atome c’est reparti, toutes les centrales vont faire peau neuve. Une décision prise au moment opportun par le gouvernement de centre droit.

 

Si la question du nucléaire a été très controversée, aujourd’hui la situation a radicalement changé. D’abord parce que près de la moitié de l’électricité consommée dans le pays provient du nucléaire. Ensuite parce que la préoccupation majeure des Suédois, c’est le réchauffement climatique, la réduction des émissions de dioxyde de carbone. C’est donc logiquement qu’une large majorité de la population, 62 %,  s’est déclarée favorable à la construction de nouvelles centrales. Le gouvernement suédois a donc rejoint le camp des européens pro-nucléaires et s’en félicite. Maud Olofsson, la ministre suédoise de l’économie a déclaré que grâce à cette décision, la Suède allait avoir l’objectif climatique et énergétique le plus ambitieux d’Europe.

 

A Bruxelles, la commission européenne a affirmé que l’énergie nucléaire était un élément important de la lutte contre le changement climatique. Problème : certains craignent que la relance du programme nucléaire suédois se fasse au détriment des autres énergies renouvelables. De quoi envoyer un mauvais signal aux autres pays européens au moment où la Suède s’apprête à prendre les rênes de l’UE. De quoi aussi écorner l’image « écolo » suédoise.

 

La Suède, terre d’asile ?

 

Une autre image qui risque de changer, celle de la Suède, pays d’accueil pour demandeurs d’asile. Le pays dispose d’une des politiques d’asile les plus favorables en Europe. Stockholm voudrait faire adopter un système d’asile commun à l’occasion de sa présidence et s’oppose à la tendance actuelle qui consiste à fermer hermétiquement les frontières de l’Union.

 

Des principes à nuancer. La Suède a mis en garde ses partenaires européens. On peut lire dans la déclaration de la future présidence : « Si la Suède doit endosser une part disproportionnée de la prise en charge de réfugiés dans le monde, la durabilité de notre système d’asile pourrait être remise en question. »

 

Pourrait être ? En réalité, le système a déjà changé. Le nombre de demandeurs d’asile en Suède a fortement chuté l’année dernière. Le pays a enregistré 33% de demandes en moins essentiellement en raison du durcissement de la politique d’immigration menée par le gouvernement conservateur. Le nombre d’expulsions a augmenté, les demandeurs d’asile doivent désormais prouver qu’ils seront personnellement menacés s’ils retournent dans leur pays. Enfin la Suède a décidé d’autoriser le renvoi de ressortissants en Irak, en Somalie ou en Afghanistan.

 

Une sévérité justifiée selon le gouvernement par l’affluence des demandeurs d’asile. L’année dernière pour la première fois, le nombre d’immigrants en Suède a passé la barre des 100 000 personnes. Les Irakiens sont devenus la deuxième communauté étrangère dans le pays. Une situation ingérable pour Tobias Billstroem, ministre suédois des migrations, qui estime que la politique d’intégration a échoué.

 

L’asile puis la clandestinité

 

Le résultat de cette politique est une augmentation du nombre de clandestins dans le pays. Ils sont environ 15 000 dans le pays, privés de tout. Un exemple, l’accès aux soins. Dans la majeure partie des hôpitaux suédois, les soins pour les clandestins sont payants, autant dire inaccessibles. Soins payants ou pas, en l’absence d’une loi, ce sont les régions qui décident. Seuls 9 conseils régionaux sur 21 ont choisi de soigner les sans-papiers gratuitement.

 

Ce sont donc les associations caritatives qui prennent le relais en mettant sur pied des cliniques improvisées. C’est le cas de l’association Rosengrenska qui officie dans la banlieue de Göteborg. Chaque semaine, médecins, infirmières et psychologues administrent des soins d’urgence aux clandestins. Une situation inadmissible pour les bénévoles qui accusent le gouvernement de bloquer délibérément l’accès aux soins pour les sans-papiers.

 
L’asile suédois n’est donc plus ce qu’il était. Reste à savoir comment la Suède va concilier sa nouvelle politique d’immigration avec le souhait formulé il y a quelques jours par Jacques Barrot, commissaire européen en charge de ces questions. « L’Union a vocation à ouvrir ses bras aux persécutés. » Elle doit être pour eux « un espace de protection unique au monde. » Réponse dans les six prochains mois.

Yannick Cador

Edité le : 24-06-09
Dernière mise à jour le : 13-07-09


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