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Les Germains

De leur première confrontation avec les Romains en 58 av. J.-C. jusqu'au baptême de Clovis à la fin du Ve siècle. A partir du 14 février 2009

> Les dieux impuissants des Germains

Les Germains

De leur première confrontation avec les Romains en 58 av. J.-C. jusqu'au baptême de Clovis à la fin du Ve siècle. A partir du 14 février 2009

Les Germains

05/08/11

Les dieux impuissants des Germains - Analyse d'images

En l’an 723, dans les environs de Geismar en Thuringe, saint Boniface abattit un chêne consacré au dieu Donar (qui signifie porte) pour convaincre les Frisons païens de l’impuissance de leurs divinités.

Cette scène a inspiré de nombreuses œuvres, notamment au XIXe siècle. Elle comptait bien sûr aussi parmi les 22 motifs représentant la vie du saint homme dans la fresque monumentale qui ornait la basilique Saint-Boniface de Munich. Détruite par les bombardements alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, l’église, érigée en 1840, fut reconstruite dans les années 50, mais les fresques du peintre Heinrich von Hess, elles, n’ont pu être reconstituées. Néanmoins, il existe au musée Vonderau de Fulda une collection de lithographies qui reproduisent les œuvres originales.



La scène qui représente Boniface abattant le chêne consacré à Donar est sans doute l’une des plus théâtrales : au premier plan, le saint s’apprête à asséner un coup violent ; derrière lui, un prêtre païen fait de grands gestes pour tenter de l’en empêcher, craignant la colère de Donar, de même que les personnes en arrière-plan qui fuient, saisies d’effroi. Sur une pierre gît un bélier que le prêtre avait sans doute l’intention de sacrifier. Pour l’occasion festive, le chêne a été décoré de guirlandes. Bien entendu, point de colère de la part de Donar, à la grande surprise des Frisons, car il est aussi le dieu de la foudre. C’est par de telles actions spectaculaires que Boniface ouvre les populations au christianisme ; après cette époque, les divinités germaniques et les lieux de culte entrent dans l’histoire... Pourtant, le nom de ce dieu-là est toujours utilisé quotidiennement en pays germanophones, mais aussi en Angleterre et dans les pays scandinaves. C’est en effet Donar qui est à l’origine du mot « Donnerstag » (jeudi), qu’on retrouve aussi dans « Thursday » ou dans « torsdag » en danois. Le pauvre Boniface s’en retourne sans doute encore dans sa tombe…

A l’âge de sept ans, celui qu’on nomme aussi « l’apôtre de la Germanie », natif du Sud-ouest de l’Angleterre, est confié à un monastère par ses parents. En l’an 716/17 - il a une trentaine d’années - il part pour sa première mission en Frise, mais revient bientôt sur la terre des Angles, où il est nommé prieur de son couvent. Depuis lors, pourtant, c’est à la mission qu’il se consacrera entièrement. Sans attendre, il part ensuite pour Rome, le centre du monde chrétien. Le pontife Grégoire II lui confie personnellement la mission d’évangéliser la Germanie. Ensuite, il prêche de nouveau en Frise, puis dans la Hesse, où il fonde un monastère en 744 à Fulda, qui sera le point de départ de sa future action missionnaire. Pourtant, son ambition va au-delà de la mission : ce qu’il veut, c’est bâtir et réformer l’Eglise de Germanie dans le droit-fil de la tradition romaine. En 722, il retrouve d’ailleurs le chemin de la Ville éternelle, où il est cette fois-ci sacré évêque. De retour dans les terres nordiques, il poursuit son œuvre de missionnaire en Hesse. En 725, Boniface va aussi porter la bonne parole en Thuringe, région qui, comme la Hesse, est menacée par la proximité de la Saxe, païenne.





Une autre lithographie de Fulda montre l’image qu’on se fait au XIXe siècle des missions du saint. Un crucifix à la main, Boniface parle à des familles frisonnes qui l’écoutent avec attention. Aux chevelures et aux barbes hirsutes, on reconnaît qu’il s’agit d’une peuplade restée en dehors de toute civilisation occidentale. Sur la droite de l’image, deux hommes sont agenouillés, un moine les baptise.



A Rome, où l’on a parfaitement conscience de l’envergure de Boniface, le pape le fait archevêque en 732. Ainsi, Boniface peut arrimer encore plus solidement à Rome les églises des régions évangélisées en sacrant lui-même des évêques et en fondant des évêchés (Erfurt, Würzburg et Eichstätt), conformément à son rêve d’une Eglise chrétienne universelle. En 737, il retourne pour la troisième fois à Rome, où il est nommé légat du pape pour la Germanie. Octogénaire, il retourne une dernière fois en Frise pour prêcher la parole de Dieu. Le 5 juin 754, il doit donner le sacrement de confirmation à Dokkum. Mais aux aurores, le camp de l’archevêque est assailli par des brigands. Le missionnaire de Germanie est tué. Pour des raisons crapuleuses et non religieuses, dit-on…



Cet épisode est bien sûr lui aussi en bonne place dans les lithographies du musée Vonderau. Un Frison légèrement vêtu d’une peau de sanglier dont il a gardé la tête poignarde Boniface. D’autres moines sont assassinés à coups de hache et de lances. Le saint s’est déjà effondré. Il tient dans sa main un livre avec lequel il tentait de se protéger de l’assaut mortel. Dans le musée de la cathédrale de Fulda, on peut voir un facsimilé d’un évangile manuscrit datant du VIIe siècle qui porte la trace de violences. Selon la légende, ce serait le livre que Boniface aurait tenu devant lui pour se défendre.


Uwe A. Oster

Edité le : 28-08-09
Dernière mise à jour le : 05-08-11


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