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Regards croisés n°13 - 17/06/09

Les élections européennes méritent une lecture transnationale des résultats

Les élections européennes de juin 2009 s'inscrivent dans une lignée pour le moment peu glorieuse. Plus le Parlement européen monte en puissance et conquiert des pouvoirs réels, moins les électeurs européens se dérangent pour aller voter. Cependant le scrutin a bien une portée européenne.

Pour les partis politiques comme pour les opinions publiques, les élections des députés au Parlement européen constituent un scrutin de second ordre sans enjeu de pouvoir. Ceci expliquerait la montée en puissance des partis extrémistes et le fort taux d’abstention. Pourtant, Thierry Chopin, de la Fondation Robert Schuman, a montré sur le blog L'Europe en débat que ces élections ne sont pas sans enjeux. Il est même possible d'analyser les comportements des électeurs comme un positionnement par rapport à ces enjeux.










Nette victoire de la droite et clair recul de la gauche. Sur une toile de fond où 21 gouvernements sur 27 sont à droite, les Européens qui se sont déplacés aux urnes ont voté à droite. Deux explications peuvent être avancées. D’abord, la réponse européenne à la crise financière et économique, qui a gagné l'Europe en septembre 2008, est associée aux figures de proue comme José Manuel Barroso, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, du Parti populaire européen (PPE). Bien que les plans de relance aient été concoctés au niveau national, ce sont ces personnalités qui ont été mises en avant lors des réunions au sommet en Europe ou au niveau international (G20). Si réponse européenne il y a eu, elle a été clairement inspirée par la droite. Ensuite le PPE a réussi à ce que les rares gouvernements de gauche existants soutiennent son candidat (jamais déclaré officiellement pendant la campagne) au poste de président de la Commission, M. Barroso, et que le Parti des socialistes européens (PSE) s’abstienne de proposer un candidat alternatif. Le bon score des partis se positionnant clairement sur les enjeux européens, comme les Verts ou encore les eurosceptiques, confirme que c’est bien sur des enjeux européens que l’élection s’est jouée.

L’abstention elle-même peut être lue comme un positionnement sur des questions européennes. D’abord, devant la décision de leurs partis de ne pas faire campagne, les électeurs de centre gauche ne se sont pas déplacés. Mais surtout, l’abstention répond à la faiblesse de ce que Thierry Chopin appelle l’enjeu civique. L'accroissement du pouvoir que le Parlement a connu ces trente dernières années devrait conduire à une plus forte politisation des enjeux. Cela n'a pas été le cas cette fois-ci. Le prochain rendez-vous est en 2014…

Et maintenant ? De toute évidence, les nominations à venir ne vont pas tenir compte du choix des électeurs. José Manuel Barroso, soutenu par l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement, devrait être conforté par le choix des électeurs. Et pourtant, toutes sortes de conspirations de palais et de coups tordus se préparent à la veille du Conseil européen, dont rend compte sur son blog Coulisses de Bruxelles le journaliste Jean Quatremer. Le traité de Lisbonne entérine le fait que l’UE est guidée par deux volontés, celle des citoyens et celle des États. Mais les citoyens ont pressenti que leur heure n’était pas encore venue. Une enquête du Parlement le confirme : 61% des abstentionnistes pensaient que leur vote ne changerait rien à la politique européenne. Ce Parlement, pourtant élu pour cinq ans, devra participer à des décisions importantes qui concernent les propositions pour sortir de la crise, le budget communautaire ou la dialectique approfondissement – élargissement. La montée en puissance des eurosceptiques et la participation en berne laissent à penser que le Parlement aura du mal à contrer une dynamique plus intergouvernementale. Nous ferons appel à témoins dans les prochains jours sur le blog L'Europe en débat pour vous livrer un éclairage sur les défis qui attendent l'UE.

Conclusion provisoire : l’Europe est bien devenue une arène politique à part entière dans laquelle se déroule un autre jeu qu'au plan national. Daniel Cohn-Bendit président de la République pour les verts, ce n’est pas pour demain. Et pourtant, en Europe, il a le vent en poupe ! Mais ce n’est pas parce que le jeu se différencie, acquiert ses propres règles et promeut ses propres champions que les citoyens accourent en masse au stade.


Luis Bouza García
POUR ALLER PLUS LOIN

- Tableaux synthétiques sur les résultats disponibles sur lemonde.fr
- L'analyse du scrutin sur le site de la Fondation Robert Schuman dédié aux élections européennes
- Cinq réflexions sur les résultats proposées par le groupe de réflexion Notre Europe

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Regards croisés n° 13
Élections européennes et espace public
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Edité le : 17-06-09
Dernière mise à jour le : 17-06-09


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