Un des intérêts majeur du site provient du fait que l'ensemble des phases du façonnage de feuilles de laurier est présent, de la lourde préforme de plus de 50 cm jusqu'à des pièces d'épaisseur réduite, en phase terminale. Le matériel archéologique correspondant à ces chaînes opératoires comprend de nombreux éclats de façonnage et une trentaine de pièces fracturées à différents stades de leur fabrication. Deux modules distincts apparaissent : un petit module de 10 à 15 cm, produit à partir de gros éclats ou de petites dalles de silex ; un grand module dont les dimensions sont comprises entre 25 et plus de 40 cm. Si les premières sont connues sur les sites de l'abri Fritsch et à Monthaud, sous la forme de fragments portant des stigmates d'utilisation comme armatures de projectiles, le second groupe présente des fractures multiples et des phases de ravivages qui indiquent probablement un usage comme couteau. Les emplacements de fabrication des feuilles de laurier de petit module semblent en relation spatiale avec le débitage laminaire. Le façonnage est réalisé à partir d’un éclat cortical ou d’une grande lame, par percussion tangentielle directe au percuteur tendre organique. Les préformes et pièces fracturées pendant le façonnage montrent qu’il s’agit probablement d’éclats tirés de dalles et nodules de silex prélevés à proximité du site.
L'analyse des feuilles de laurier de grand module offre une connaissance très complète des procédés de façonnage qui nécessitaient la maîtrise de procédés techniques élaborés. Tout d'abord, plusieurs préformes et ébauches montrent que les dalles ont fait l’objet d’une mise en forme rapide, au percuteur de pierre, probablement sur le lieu de prélèvement du matériel brut. La morphologie de ces préformes abandonnées sans avoir été façonnées présente souvent une asymétrie ou de grosses inclusions de quartz. L'un des remontages de 61 éclats de façonnage permet ensuite de suivre le procédé de préparation des talons des enlèvements font l'objet d'une préparation différenciée avec un recentrage puis abrasion avant la percussion tangentielle au percuteur tendre organique. Les dalles de silex locales présentent en leur centre des zones d'inclusions ou de silicification plus grossières. Cette caractéristique a entraîné une adaptation du schéma de façonnage des grandes feuilles de laurier. Ainsi, dans une première étape, la phase d'amincissement de la pièce ne concerne que la partie interne de la dalle. L'objectif est de conserver pour la phase finale du façonnage la couche sous-corticale à grain plus fin. Ce procédé de façonnage dissymétrique bien que n'étant pas exclusif est majoritaire aux Maîtreaux.Les fractures des pièces foliacées proviennent soit d'une erreur du tailleur en raison d'une percussion mal assurée ou de vibrations mal contenues, soit en raison d'éléments internes à la dalle de silex (hétérogénéité, fossile ou fissure de gel). Il manque de nombreux fragments de feuilles de laurier fracturées. Ces lacunes pourraient provenir d'une réutilisation des parties les plus grandes pour réaliser des feuilles de petit module. Trois fragments de grandes feuilles de laurier, d'épaisseur réduite et qu'il n'a pas été possible de reconstituer, ne semblent pas correspondre à des pièces cassées lors du façonnage. Elles portent une percussion sur l'une des faces ou des enlèvements de burin. L'hypothèse d'un rejet de ce type de pièce après l'utilisation, sur place ou sur un autre site, comme couteau est à envisager et devra faire l'objet d'une analyse tracéologique.
Source de l'article, les autres outils : lesmaitreaux.free.fr
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Les fouilles entreprises depuis 1994 à Bossay-sur-Claise (Indre-et-Loire), au lieu-dit Les Maîtreaux, ont mis au jour des vestiges archéologiques de plusieurs occupations solutréennes. Ces haltes étaient essentiellement consacrées à la taille du silex dans le but de produire des feuilles de laurier de différents modules, des pointes à cran et des lamelles à dos.
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