Provocation, contestation, ironie
Les origines du trash remontent à la série B des années 30 et 40. Pendant la crise économique mondiale, Hollywood répond à la croissance de la demande en divertissement en lançant le double billet : deux films passent au programme de la soirée, d'abord une grosse production coûteuse, la série A, ensuite, un film tourné vite et bon marché, la série B (B comme back-end). On y économise sur l'équipement et les acteurs, pour privilégier l'action. Les genres de prédilection sont le policier, le mélodrame, le western, le film d'horreur et la science-fiction. En marge de l'usine à rêve, des maisons de production de série B comme Republic Pictures, Monogram Productions ou Grand National Films tournent à la pelle des films d'à peine 70 à 80 minutes, avec une mise en scène brusque et avec des allusions légères à la violence et la sexualité.
Avec la fin du double billet, la série B perd sa raison d'être.
Ses maisons de production font alors faillite ou se tournent vers un nouveau créneau, la télévision, où les séries ont repris la fonction de la série B. Il reste pourtant quelques marginaux radicaux comme Ed Wood, dont le légendaire « Plan 9 from Outer Space » est toujours considéré comme le pire film de tous les temps.
Au cours des années 60 intervient un changement fondamental. Alors que Hollywood avait créé la série B pour rapporter de l'argent, les films de Roger Corman, Russ Meyer, Andy Warhol puis John Waters sont tournés pour se démarquer de l'usine à rêve. Ces réalisateurs n'évoluent pas dans le système des studios, ils travaillent en indépendants, opposés à Hollywood. Les tendres adaptations d'Edgar Allan Poe par Corman du début des années 60 s'inscrivent encore dans la lignée de la série B mais dans son film de rockers « Les Anges sauvages » (1966) ou celui sur la drogue « The Trip » (1967), il invite l'Amérique à se regarder en face. De son côté, Russ Meyer devient le pionnier du film érotique. Ses films se caractérisent par un tournage très court, une équipe restreinte, une photographie criarde et vulgaire et une mise en scène qui va droit au but. Des films comme « Le désir dans les tripes » (1965) ou « Super Vixens » (1975) sont restés célèbres pour leurs femmes à la généreuse poitrine, mais les films de Meyer formulent toujours un commentaire critique de la réalité de la société américaine, ils parodient les films hollywoodiens « propres ». John Waters appartient à la même catégorie, il est considéré comme le maître du mauvais goût. Par ses sujets crus, mais aussi par l'esthétique grossière de films comme « Pink Flamingos » (1975), il s'affirme comme un contestataire anarchique.
Entre l'artistique et le commercial
Andy Warhol et Paul Morrissey annoncent déjà la couleur avec le titre de leur film, « Trash » (1970). Le duo s'inscrit à l'opposé des conventions esthétiques hollywoodiennes, fait de la dérogation aux normes la règle de son style. Face au cinéma grand public où, selon Warhol, l'individu est rabaissé au rang d'objet, Morrissey et lui présentent un contre-univers et projettent l'image d'une société dépressive, en proie à la décadence morale. La trilogie, composée de « Trash », « Flesh » (1968) et « Heat » (1972) n'est pas centrée sur les jeunes, riches et célèbres mais sur des has been vieillissants ou des prostitués et drogués à la dérive, les « White Trash » (déchets blancs).
Cette opposition à Hollywood se retrouve aussi dans « Chair pour Frankenstein » (1973), où il prend les ingrédients du film d'horreur et les assaisonnent jusqu'à l'excès avec des tripes dégoulinantes. Comme dans les tableaux de Warhol, ses films oscillent entre l'artistique et le commercial. Il est d'ailleurs révélateur que ce soient presque les seuls films underground à avoir été projetés par les grands circuits de distribution.
Le trash, une référence
A l'instar de la série B qui a disparu des grands écrans au début des années 50, le film trash, qui ne s'est réellement développé qu'aux Etats-Unis, au Japon et en Italie, a perdu de son importance. Il y a 50 ans, la série B avait été reprise par la télévision, aujourd'hui, les films « bas de gamme » sont distribués en cassettes, DVD ou sur internet. Seules de rares exceptions comme « Le territoire des morts » (2005) de George A. Romero ou « The Devil’s Rejects » (2005) de Rob Zombie sortent encore en salles.
On aime maintenant faire référence au trash de manière ironique, par exemple dans « Pulp Fiction » (1993) et « Kill Bill I+II » (2003/2004) de Quentin Tarantino, « Sailor et Lula » (1990) de David Lynch, « Mars Attacks » (1996) de Tim Burton ou « Sin City » (2005) de Frank Miller et Robert Rodriguez, filmé dans le style de la bande dessinée. Ces films font des allusions amusantes et habiles aux thèmes et composantes du trash mais, contrairement aux originaux, leurs budgets n'ont rien de limité. Les fautes de goût sont masquées par l'humour et l'élégance du film. Ainsi, le trash, ce vilain petit canard d'antan, peut revenir au bercail.
Walter Gasperi






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