Monozygote ou diziygote?On dit que les jumeaux sont dizygotes lorsque deux ovules différents ont été fécondés, d’où le nom. Ce sont donc des frères et sœurs tout à fait ordinaires, sauf qu’ils sont nés le même jour. D’un point de vue génétique, ils ne se distinguent pas des frères et sœurs classiques, ils ont donc 50 % de leur patrimoine génétique en commun. Les jumeaux monozygotes sont issus d’un seul et même ovule fécondé qui se divise pour former deux individus à part entière. On ne sait toujours pas expliquer ce phénomène. La particularité des jumeaux monozygotes tient précisément au fait que les deux enfants sont génétiquement identiques, car ils ne formaient à l’origine qu’un seul et même individu. On compte une naissance de jumeaux monozygotes pour 250 naissances et environ deux fois plus de naissances de jumeaux dizygotes.
Les jumeaux monozygotes possèdent donc obligatoirement le même sexe et le même groupe sanguin. Mais cela n’exclut pas certaines différences physiques. La taille et le poids, par exemple, résultent d’une combinaison de facteurs environnementaux pendant et après la grossesse. Les empreintes digitales ne sont pas non plus déterminées génétiquement. Les analyses génétiques, c’est à dire les analyses de l’ADN, permettent de déterminer avec certitude s’il s’agit de jumeaux monozygotes ou dizygotes.
GenomEUtwin - Une banque de données entièrement consacrée à l’ADN des jumeaux
Les chercheurs ont isolés l’ADN contenu dans les cellules sanguines des jumeaux et se préparent à l’analyser. Depuis une dizaine d’années, ces chercheurs, en collaboration avec le CHU de la Charité, à Berlin, ont créé une banque de données entièrement consacrée à l’ADN des jumeaux. Ils prennent en charge le coût élevé des tests. L’ADN des jumeaux monozygotes et dizygotes est en effet d’une valeur inestimable pour la science. C’est une base idéale pour réaliser des comparaisons génétiques, afin d’identifier les causes des maladies.
La comparaison entre les deux jumeaux permet d’écarter de nombreux facteurs environnementaux qui, autrement, fausseraient les examens. Les jumeaux ont le même âge et un mode de vie semblable. L’alimentation de la mère pendant la grossesse était exactement la même. Autrement dit, de nombreux facteurs qui ont une incidence sur notre santé concordent parfaitement entre les jumeaux.
Grâce aux jumeaux, les chercheurs sont déjà parvenus à découvrir une quantité de choses sur l’hérédité de certains caractères physiques, comme le taux de graisse dans le sang ou la taille du cœur, par exemple. De nouvelles études devraient permettre d’en savoir un peu plus sur l’influence des différents gènes sur nos caractères physiques.
A travers toute l’Europe, plusieurs registres de jumeaux ont décidé de s’associer au projet « GenomEUtwin ». L’objectif de ce projet est de mieux comprendre les causes de différentes maladies ou pathologies comme la migraine, le diabète ou les attaques cérébrales. Quels sont véritablement les gènes ou les facteurs environnementaux à l’origine de ces maladies ?
Les chercheurs berlinois s’intéressent avant tout à l’étude des causes de maladies cardio-vasculaires. Au cours de ces dernières années, ils ont réussi à localiser plusieurs gènes ayant un effet sur la tension artérielle. Leurs études actuelles reposent en grande partie sur ces découvertes.
Andreas Busjahn, PDG HealthTwiST GmbH : « Premièrement, nous savons que les gènes ont un effet sur la tension artérielle. Nous savons également que le poids et que le taux de cholestérol dans le sang sont également régulés par nos gènes. Une personne peut cumuler ces facteurs de risque cardio-vasculaires, on parle alors de syndrome métabolique : les personnes en surcharge pondérale ont un risque plus élevé de faire du diabète ou de l’hypertension. L’étude des jumeaux devrait nous permettre de préciser quels gènes sont impliqués dans ces différentes maladies. »
On attend toujours la réponse à cette question. On a pu démontrer que, pour de nombreuses maladies, il ne fallait pas sous-estimer les facteurs environnementaux. Les jumeaux monozygotes ne développent pas forcément les mêmes maladies même si, d’un point de vue génétique, ils partagent les mêmes prédispositions. On surestime bien souvent le pouvoir des gènes.
Un tiers des jumeaux naissent avant la 36ème semaine de grossesseLes jumeaux viennent au monde avec, 3 à 4 semaines d’avance en moyenne. Habituellement cela ne pose pas de problèmes, mais il est toutefois important que la maman se ménage pendant sa grossesse. Car plus les jumeaux naissent tôt, plus cela représente un risque pour leur vie et pour leur santé.
Environ un tiers des jumeaux naissent avant la 36ème semaine de grossesse. Ils doivent être confiés au service des prématurés, car le risque de ne pas survivre ou de garder un handicap est alors plus élevé.
Chez les jumeaux monozygotes, on rencontre parfois ce que l’on appelle le syndrome de transfusion fœto-fœtale : l’un des bébés ne reçoit pas assez de sang alors que l’autre en reçoit trop. La vie du jumeau sous-alimenté est en danger. Il présente des troubles de la croissance. Le jumeau suralimenté risque, lui, de développer des troubles cardiaques.
Les sentiments et les traits de caractères sont-ils transmis par les gènes ?
Pour les parents, l’éducation de jumeaux est plus dure à gérer que celle d’un enfant unique, les journées sont plus compliquées à organiser. Des associations de parents comme l'association " Jumeaux et plus " permettent d’échanger quelques conseils avec d’autres parents de jumeaux de la région. Ensemble, ils cherchent le moyen de partager équitablement leur temps et leur énergie entre leurs deux enfants. Il est par exemple important que chacun des jumeaux passe du temps seul avec ses parents. Cela permet aux enfants de développer très tôt leur propre identité.
Le lien qui unit les jumeaux monozygotes est particulièrement fort. Ils savent ce que l’autre ressent ou ce que l’autre pense, sans doute parce qu’ils ressentent les mêmes choses au même moment. Les sentiments et les traits de caractères sont-ils également transmis par les gènes ?
La génétique comportementale se penche plus particulièrement sur ce sujet. Le psychologue Rainer Riemann, de l’université de Jena, considère les études sur les jumeaux comme une pierre angulaire de son travail. Lors des débats portant sur l’inné et l’acquis de notre personnalité, on s’intéresse beaucoup aux modèles des 5 facteurs: "Le premier facteur concerne l’extraversion, la faculté à s’impliquer dans la vie sociale. Vient ensuite la tolérance, autrement dit la compréhension des autres, opter pour la coopération plutôt que pour l’agressivité. En troisième, on retrouve le caractère consciencieux, qui regroupe notamment le sens de l’orientation, le souci d’efficacité, mais aussi l’ordre et la ponctualité. Il y a ensuite l’émotivité, qui s’agit, comme son nom l’indique, de la fragilité émotionnelle de la personne. Le dernier facteur concerne l’ouverture d’esprit face à la nouveauté et aux nouvelles expériences. C’est par exemple le fait d’aimer les activités culturelles."
Les études de ces dernières années montrent que les jumeaux monozygotes ont de nombreux traits de personnalité semblables. Le professeur Riemann a réalisé une étude de grande envergure qui a permis de vérifier les résultats obtenus lors d’études précédentes: "Pendant longtemps, on a pensé que certains traits de notre personnalité étaient déterminés génétiquement et que d’autres étaient façonnés presque exclusivement par notre environnement. Mais nous sommes arrivés à une autre conclusion. Nous avons découvert que l’influence de la génétique sur l’ensemble des traits de notre personnalité était équivalente à celle de notre environnement."
Certains traits de caractère comme la confiance en soi, la rigueur ou la motivation dépendent non seulement de notre éducation, mais aussi de notre patrimoine génétique. Mais l’hérédité n’entre que pour 50 % en ligne de compte. Plus vite les jumeaux apprennent à être autonomes, plus il leur sera facile de suivre des chemins séparés. Mais quoi qu’il en soit, ils resteront à jamais intimement liés.






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