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Gustave Courbet - 16/10/07

Les origines de son monde

Entretien avec Romain Goupil


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Le public connaît votre travail de cinéaste, mais on ne vous avait jamais vu réaliser un documentaire sur la peinture. Pourquoi vous êtes-vous engagé sur ce projet ? Comment l’envie est-elle née ?

Quand on me propose ce projet, j’accepte d’emblée, avec le peu de connaissance que j’ai sur Courbet. N’étant ni spécialiste de la peinture, ni du XIXème siècle, je crois connaître Courbet autour de la Commune, par L’origine du monde et L’enterrement à Ornans. Mais il y a quelque chose qui m’attire dans ce personnage qui va traverser les années 1830, 1848, la Commune, toutes ces journées révolutionnaires, la façon dont il va prendre parti, et puis aussi ce qu’on raconte sur Courbet et la colonne Vendôme. Au début oui, il y a forcément quelque chose qui m’intéresse dans ce personnage. Puis je vais découvrir ses œuvres et ce qu’on en dit, parler avec ceux qui l’ont étudié. C’est un artiste fascinant car tout à fait contradictoire. Il y a plusieurs Courbet, plusieurs personnages, plusieurs périodes. Il est par rapport au monde qui l’entoure passionné, engagé, passionnant. La préparation du film a demandé un important travail d’écriture, un travail pour comprendre l’époque et le personnage. Laurence des Cars et Dominique de Font-Réaulx, les deux commissaires de l’exposition des Galeries nationales du Grand Palais ont eu une patience incroyable avec moi. Elles m’ont donné les clés de cet univers. J’ai donc fait ce film dans une optique à la Jean Vilar : essayant de donner la possibilité à l’œuvre et au personnage de Courbet d’être plus accessibles. Quand l’immense exposition ouvrira ses portes aux Galeries nationales Grand Palais, des émissions seront diffusées, des articles vont forcément être écrits au sujet de Courbet. Si tout cela participe à donner à comprendre ce XIXème siècle, la Commune, le peintre, alors volontiers, je participe de ce mouvement.

Dans le film, Hippolyte Girardot prête sa voix aux critiques de l’époque, et Valeria Bruni-Tedeschi est la narratrice du commentaire. Mais c'est vous qui prenez la voix de Gustave Courbet pour raconter sa vie selon ses propres mots, en vous appuyant sur sa correspondance. Est-ce que vous vouliez vous effacer devant lui?

Au tout début, alors que nous n’étions encore qu’au montage, j’ai fait sa voix. J’étais Courbet. Et je disais à Hippolyte : toi, tu fais le critique, tu es celui qui attaque. C’est un petit jeu qui s’est installé entre nous, en amont du travail. Nous sommes entrés dans la peau de nos personnages. De ce petit jeu, on peut comprendre en creux que je me sois identifié à Courbet. Je défends le personnage. C’est pour cette raison que j’ai fait le film en m’appuyant le moins possible sur un commentaire mais sur ses textes à lui, sa correspondance. A un moment donné, ce que je souhaitais même, c’est que l’on arrive à comprendre sa peinture sans qu’il n’y ait de parole, même pas la sienne. Rentrer dans ses tableaux, essayer de s’approcher de quelque chose d’immatériel. C’est vers cela que je tends dans la construction du film. Le commentaire reste pourtant nécessaire. Pour la narratrice, j’ai cherché une voix qui ne soit pas immédiate, obligeant à écouter. La voix de Valeria, italienne d’origine, intrigue et rend plus attentif.

L’œuvre de Gustave Courbet est révolutionnaire. Mais l’homme lui aussi est révolutionnaire et fortement engagé dans son temps. Vous retrouvez-vous en lui ?

Bien sûr Courbet est un artiste engagé dans son temps. Mais il se trouve qu’à un moment donné, la critique va le réduire à cela. Peintre du social, peintre du réalisme, peintre du politique, peintre pré-communiste, peintre qui annonce l’école du réalisme soviétique, tel que le décrit Aragon. Il se trouve que Courbet participe à une période qui me fascine, qui me passionne, mais ça n’en fait pas pour autant quelque chose d’édifiant. Ce n’est pas parce qu’il participe à la Commune qu’il est révolutionnaire. Il est révolutionnaire bien avant, par sa peinture, par la place qu’il donne aux femmes dans son œuvre. Peindre Les Baigneuses et L’Origine du monde, c’est un engagement politique de créateur qui est tout à fait magnifique.
A un moment, il rencontre l’histoire, il arrête de peindre et il s’engage dans la Commune. Les lettres qu’il écrit à ce moment de sa vie sont tout à fait enthousiastes. Il vit l’aboutissement de tous ses rêves de fouriériste, de saint simonien, de socialiste. La façon dont il va intervenir comme citoyen, comme individu est donc partie liée à la façon dont il peint. Je n’en fais pas pour autant quelque axiome que ce soit.
ARTE Magazine

Edité le : 16-10-07
Dernière mise à jour le : 16-10-07