Avec Moritz Bleibtreu, Christian Ulmen, Franka Potente, Martina Gedeck…
Synopsis: Michael et Bruno sont des demi-frères aussi différents que faire se peut. Leur mère Jane menait naguère la vie insouciante de la jet set, les fils étant élevés séparément, chacun chez sa grand-mère paternelle. Tandis que Michael, un microbiologiste introverti ne s’intéressant guère au sexe, se soucie davantage de ses travaux de recherche génétique que des femmes, les « contacts » de Bruno avec le sexe féminin se déroulent le plus souvent dans sa tête ou au bordel.Tous deux finissent cependant par rencontrer l’amour de leur vie
Biographie: Né à Starnberg le 21-1-1959. S’installe à Berlin au début des années 80. Travaille comme journaliste et auteur. Publie entre autres un recueil de nouvelles, « Das Abschnappuniversum », en 1984, et écrit des scénarios pour Niklaus Schilling, Christoph Schlingensief et Mark Schlichter. Réalise en 1997 son premier long métrage de fiction, SILVESTER COUNTDOWN. Reçoit en 2000 le prix d’or du cinéma allemand pour DIE UNBERÜHRBARE.
Critique : Au-delà de l’opportunité qu’elle représente en termes d’exposition et de notoriété, la principale épreuve à laquelle Oskar Roehler a choisi de se confronter avec « Les Particules élémentaires » est celle d’adapter l’un de ces livres récents, chéris et estimés d’un public également cinéphile, jusqu’à provoquer inévitablement une comparaison défavorable et excessive. C’est un écueil auquel se sont exposés d’autres réalisateurs, pour récolter effectivement une volée de bois verts, à tort (« Le Bûcher des vanités » de Brian de Palma) ou à raison (« American Psycho » de Mary Harron).
La nature transfrontalière et germanisée de ce film peut donc être considérée comme une chance, surtout dans la mesure où « Extension du domaine de la lutte » fut adapté en France il y a quelques années par Philippe Harrel et sortit en salles dans un anonymat complet. Si les affinités entre Roehler et Houellebecq apparaissent naturellement (même nature littéraire et racée, même univers charnel et délétère), il était permis d’attendre un peu plus de cette entreprise. Le cinéaste exploite de manière pragmatique le livre du taciturne écrivain français autant qu’il s’assujettit à un modèle esthétique allemand qui prime depuis « Goodbye, Lenin » (2003). Montage, photographie et musique d’une lancinance aguicheuse semblent calqués sur le hit de Wolfgang Becker, et nous éloignent d’une veine acérée dont Oskar Roehler lui-même avait su tirer avantage dans ses films précédents, jusqu’à son récent « Agnès und Seine Brüder » (2004) où apparaissait déjà l’excellent Moritz Bleibtreu dans un emploi très voisin de celui qu’il tient ici.
Toutefois, si l’on considère que les défauts du livre sont tous reproduits (la psychologie freudienne et archétypale comme seule explication), et que le résultat tend de manière assumée à une certaine fidélité, il faut reconnaître au réalisateur et à son scénariste la capacité à avoir élagué le livre avec efficacité, pour livrer une fiction distillant une mélancolie un peu commune, mais suffisamment prégnante. Autrement dit, ce film s’adresse en premier lieu à tous ceux qui n’ont jamais envisagé de lire une seule ligne rédigée par Michel Houellebecq, tout en ne se privant pas de vouloir goûter un peu du chant amer de sa triste lyre.
Julien Welter
Synopsis: MICHAEL et BRUNO sont demi-frères, mais ont pour seul point commun les relations extrêmement chaotiques qu'ils entretiennent avec leur mère, tendance hippie, incarnée par Nina Hoss. Tandis que Michael, le plus introverti des deux, est devenu un biologiste moléculaire célèbre et se consacre avec beaucoup de réussite à la recherche en reproduction artificielle, Bruno, le professeur et écrivain, souffre, lui, de son complexe oedipien et cherche désespérément une forme de délivrance sexuelle. Le hasard veut que tous les deux rencontrent l'amour de leur vie: Michael retrouve son amie d'enfance ANNABELLE (Franka Potente) et Bruno fait la connaissance, lors d'un voyage à thème ésotérique, de la pétulante CHRISTIANE (Martina Gedeck). Mais très vite leur bonheur est sévèrement mis à l'épreuve.Critique: Tout commence par quelques mots, quelques phrases sur un écran d'ordinateur, effacées, remplacées par des formulations plus optimistes qui se muent finalement en une profession de foi tout d'abord hésitante, puis en un fervent manifeste en faveur de la reproduction génétique, de ses infinies possibilités, et de la nécessité de surmonter ses propres limites, même biologiques. L'auteur de ces lignes, c'est Bruno (Christian Ulmen), le scientifique, de petite taille, aux lunettes sans monture et à la raie soigneusement marquée, qui en dépit de la détermination des ses mots donne plutôt l'impression de devoir se convaincre lui-même de l'importance et de la pertinence de sa mission. En transposant le personnage du roman de Houellebecq à Berlin, Oskar Roehler, le metteur en scène, n'a certes pas réinventé le personnage, mais parvient à mettre en évidence, derrière le scientifique misanthrope dont les recherches pourraient bien conduire à l'apocalypse, le romantique philanthrope, introverti et sceptique qu'il est vraiment. Un personnage tel que les aime Roehler: un scientifique qui puise plus de confiance et d'assurance dans ses calculs physiques et mathématiques que dans ses relations aux autres.
Bien que qu'il ait transposé l'action dans l'Allemagne réunifiée, sa mise en scène du roman contesté de Houellebecq reste fidèle, jusqu'à la fin, à la trame littéraire originale. Roehler reproduit l'argumentation pessimiste de l'auteur, selon lequel le consumérisme effréné des différents pays du monde occidental ainsi que leur décadence morale ne permettent plus de les distinguer les uns des autres. La mise en scène paraît cependant un peu guindée, surtout lorsque Roehler tente de restituer l'essence du roman de la façon la plus authentique possible: ainsi, comme dans le roman de Houellebecq, une perruche tombe raide morte de son perchoir, symbolisant ainsi le malaise intérieur de Bruno. Comme dans le roman, son antithétique demi-frère s'adonne à la masturbation, essaye de séduire ses étudiantes de façon grossière et vulgaire, et se complait dans des écrits diffamatoires et racistes. Roehler met tout cela en scène comme si rien ne s'était passé depuis la parution du roman il y a huit ans; comme s'il était toujours aussi politiquement incorrect que dans les années 90 (celles de la New-Economy) de dénigrer la génération post-soixante-huitarde et son aspiration au nirvana sexuel et mental -incarnée ici jusqu'à la caricature par la maman hippie au sourire perpétuel-; comme si la représentation sans détours d'une sexualité compulsive avec ses fantasmes de masturbation et les excès de ses clubs échangistes étaient encore aussi scandaleuse; comme si un nouveau chapitre n'avait pas déjà été ouvert dans le débat sur le clonage humain.
Même si la critique de la civilisation qu'entreprend Houellebecq n'est pas dénuée d'esprit satirique, elle n'en reste pas moins fondamentale, or chez Roehler, elle vire en grande partie à la caricature. Moritz Bleibtreu crie, pleure et se lamente tant et plus sur son misérable héritage maternel qu'on finit par vouloir détourner le regard. Tous les autres personnages aussi sont entraînés dans sa spirale de l'apitoiement : son éditeur mielleux (Herbert Knaup), la psychologue traumatisée (Corinna Harfouch), le père alcoolique, un chirurgien esthétique au chômage (Uwe Ochsenknecht), la prof de yoga du stage ésotérique et finalement,
même Martina Gedeck, qui en dépit de tout son talent ne parvient pas à faire oublier l'impression que son "trip" de libération sexuelle et les questions existentielles qui s'y rattachent, ne sont rien d'autre qu'une farce outrancière, vide d'émotions authentiques.
Que ce soit volontaire ou non, la mise en scène de Roehler met en évidence les faiblesses du roman de Houellebecq: cette propension française, tout d'abord, inspirée par la psychanalyse freudienne, à fouiller dans les profondeurs du passé pour y retrouver les traces d'un traumatisme d'enfance et donc la cause de toutes les souffrances présentes que les personnages et l'auteur porteront toute leur vie comme un fardeau; le sentimentalisme, ensuite, qui transparaît derrière la critique sociale; et enfin, cette tendance à réduire les deux protagonistes à des représentants d'une nouvelle masculinité qui serait soumise, dans sa sexualité et dans ses émotions, au principe incontournable de recherche de performance sociale et économique. Seul Christian Ulmen parvient à surmonter cette forme de simplification: son jeu d'acteur subtil et plein de retenue laisse entrevoir les émotions et les aspirations authentiques du roman de Houellebecq, qui -au delà du caractère polémique et outrancier du propos- auraient méritées d'être révélées à nouveau.
Martin Rosefeldt






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