02/09/08
Les personnages
Entretien avec Juanjo PUIGCORBÉ
Barcelonais de pure souche, Juanjo Puigcorbé est un acteur très connu en Espagne que l’on pourrait rapprocher de Daniel Auteuil en France. Le public a pu l’apprécier aussi bien au théâtre sous la direction de Pilar Miro, Lluis Pasqual et Jorge Lavelli, qu’à la télévision et au cinéma. Juanjo Puigcorbé a tourné plus de soixante films dont « L’amour nuit gravement à la santé » de Manuel Gomez Pereira, grand succès du Box Office espagnol en 1997. Il a également joué pour Alain Tanner dans « Le journal de Lady M » en 1982 et dans « Les gens d’en face » de Jesus Garaï, un épisode de la collection « Simenon des Tropiques ». En 2000, il a tourné dans une série pour la télévision espagnole puis dans le film « Amnésia » de Gabrielle Salvatores (2002). Récemment, il a joué dans deux comédies, « Trileros » d’Antonio del Real (2003) et « Inconscientes » de Joaquim Oristrell (2004).
Cinq ans après les six premiers épisodes étiez-vous heureux de reprendre le rôle de Pepe Carvalho ?
Bien sûr, c’est un personnage et un univers que j’aime particulièrement. J’étais aussi très heureux de jouer à nouveau avec Jean Benguigui et de découvrir l’actrice portugaise Carla Maciel. Elle a repris le rôle de Charo incarnée auparavant par Valeria Marini. L’occasion également de retrouver certains réalisateurs de la première série comme Raphael Moléon et d’en découvrir d’autres. Et puis j’aime bien l’idée qu’une collection se poursuive …un peu comme des James Bond !
Qu’est-ce qui vous lie à Pepe Carvalho ?
Premièrement Carvalho est, comme moi, un barcelonais amoureux de sa ville. Une heureuse coïncidence qui fait que je suis particulièrement attaché au personnage. Ensuite, Carvalho a été imaginé par cet immense écrivain, journaliste indépendant, penseur qu’était Montalbán et que j’ai bien connu. Nous n’étions pas de la même génération mais nous partagions des idées communes. Son personnage incarne la mémoire d’une époque très importante de notre histoire espagnole : le franquisme et la post-movida. Une période de transition démocratique. Il est vrai que je suis plus jeune que lui mais j’ai connu moi aussi le franquisme et bien d’autres moments. Enfin, Carvalho est aussi la mémoire d’une Barcelone qui n’existe quasiment plus. Une ville qui continue d’évoluer depuis les Jeux olympiques mais qui garde un dynamisme et une diversité très forts.
Comment décririez-vous Pepe Carvalho et son univers ?
C’est un homme intelligent, ironique et qui a du coeur. Un homme bon, au sens noble du terme. Son côté pince sans rire me rappelle Montalbán lui-même : un humour piquant derrière un visage toujours très sérieux. J’apprécie beaucoup ce type d’esprit. Autour de lui gravite un petit monde marginal : Charo, Biscuter et Bromure. Eux aussi sont fondamentalement bons et généreux. Pepe est, je pense, beaucoup plus dur – Charo ne manque pas de le lui faire remarquer… Mais cela n’enlève rien à son caractère sympathique, renforcé par son amour des plaisirs de la chair : la nourriture, les femmes et le bon vin.
Pensez-vous qu’il y a autant de Pepe Carvalho que de réalisateurs?
Je crois, en effet, que chaque réalisateur révèle, selon sa sensibilité et sa propre lecture du roman, différents aspects du personnage. Pour le spectateur, c’est très intéressant car chacune de leurs visions s’enrichit mutuellement, offrant une représentation plus complète de son caractère. A mon sens, Laurent Jaoui crée un personnage assez sobre et dur intérieurement. Pour Phillipe Venault, Carvalho est un être plus sensible, qui à certains moments doute de lui-même. Raphael Moleon, en fait un personnage plus fair-play. Chacun à un genre, un look : tous les Carvalho sont quelque peu différents.
Pour un acteur, ce n’est pas déstabilisant d’avoir à modeler différemment un même personnage ?
Bien au contraire! c’est tout l’intérêt d’une telle collection. Pour chaque film, j’ai pris le temps de discuter tranquillement avec le réalisateur et scénariste pour comprendre leur approche du personnage. Tout mon travail consiste ensuite à le construire et l’adapter selon les axes qu’ils ont définis. Ce sont toutes ces nuances qui font que cette profession est si excitante, si valorisante et qu’elle me plait autant. Pour moi, un des défis du métier d’acteur, réside dans sa capacité à modeler un personnage, de passer d’un rôle à un autre.
Comment se sont passés les tournages?
Très vite ! nous disposions d’environ quatre semaines pour chaque film. Un vrai tour de force. D’autant plus qu’il y avait un très grand nombre de décors et de lieux pour chaque film. Sur le plateau les acteurs parlaient quatre ou cinq langues différentes : français, espagnol, portugais, catalan, galicien… ce fut parfois un peu compliqué à gérer.
Mais entre acteurs, le langage des gestes et du regard est tout aussi expressif que celui des mots et nous nous sommes très bien compris..
Vous seriez prêt à continuer la série ?
Je rêverais d’une adaptation du dernier livre de Montalbán Millennio dans lequel Carvalho et Biscuter entreprennent un ultime tour du monde. C’est une sorte de Don Quichotte ou de Bouvard et Pécuchet qui clôt la série. Une telle adaptation nécessiterait six ou sept épisodes. Avis aux producteurs…
Edité le : 18-06-04
Dernière mise à jour le : 02-09-08