De Stéphane Rodriguez – ARTE GEIE / Productions Toni Comiti – France 2005
Le 6 novembre prochain, 8 millions d’Azerbaïdjanais vont élire 125 députés parmi plus de 2000 candidats. Des législatives sous haute surveillance, car le régime du président Ilham Aliyev redoute l’avènement d’une révolution orange comparable au mouvement qui a balayé le pouvoir ukrainien l’an dernier.
Les élections seront suivies d’un œil attentif par l’Occident, car l’Azerbaïdjan, jeune république issue de l’ex-empire Soviétique, est au carrefour de toutes les influences. Au nord la Russie, au sud l’Iran… L’Azerbaïdjan possède également de nombreux gisements pétroliers en mer Caspienne, ressources qui viennent d’être connectées aux marchés occidentaux par un pipe-line qui relie la Caspienne à la Méditerranée. Mais la population ne voit toujours pas l’argent du pétrole, comme l’illustrent ces 2 chiffres : pour quasiment 20% de croissance, 41% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (chiffre officiel).
Pour l’opposition, muselée et disparate, les législatives de novembre 2005 sont une véritable occasion de se rassembler et de renverser le régime. Mais, depuis un mois, ils ne sont que quelques dizaines de militants «orange» à braver chaque week-end les matraques de la police. Nous en avons rencontré quelques-uns. Seront-ils capables de fédérer le mécontentement populaire ?
Gouvernement ou opposition, tous craignent que la pauvreté endémique ne pousse certains à se tourner vers les franges les plus radicales de l’islam. Une angoisse renforcée par la proximité immédiate de l’Iran, qui tente d’exporter insidieusement les préceptes de sa révolution islamique en Azerbaïdjan. Dans un pays en grande majorité laïc, le péril vert est-il un fantasme ou une réalité ?
Argentine : le soja de la faim
De Marie Monique Robin, Guillaume Martin et Françoise Boulègue
ARTE GEIE / Galaxie Presse– France 2005
1996 : le gouvernement argentin autorise la culture du soja transgénique « Roundup Ready ». Produit par Monsanto, ce soja a été manipulé génétiquement pour résister au Roundup, un « herbicide total » à base de glyphosate fabriqué par… Monsanto.
Ebranlés par une grave crise économique, qui met le pays au bord de la faillite, les paysans achètent massivement le fameux « paquet technologique » : semences et herbicide. Ils sont encouragés par le gouvernement, qui profite de la crise européenne de la vache folle pour engranger des devises et éponger une dette extérieure colossale : en effet, à la fin des années quatre-vingt-dix, l’interdiction des farines animales a provoqué une flambée des cours du soja.Dix ans plus tard, l’Argentine représente le deuxième producteur mondial d’OGM et le soja transgénique couvre la moitié de ses terres cultivables, soit quatorze millions d’hectares. L’ampleur du phénomène est telle que la presse parle d’un véritable « processus de sojisation » du pays, entraînant de multiples conséquences, économiques, sociales et environnementales.
Les paysans et agronomes sont inquiets : l’usage massif de glyphosate a entraîné l’apparition de mauvaises herbes tolérantes, d’où la nécessité d’utiliser deux fois plus d’herbicide. Au niveau national, la consommation annuelle est passée d’un million de litres dans les années 90 à 150 millions en 2004.
Epandu par avion, jusqu’aux portes des maisons, le glyphosate provoque de graves problèmes de santé : fausses couches, mort fœtale précoce, problèmes respiratoires, de peau, ou de la thyroïde.
Il affecte aussi les cultures vivrières, poussant les petits paysans à quitter leurs terres : en dix ans, cent mille exploitations familiales ont disparu. Un phénomène qui s’explique aussi par le processus de concentration des terres qu’a entraîné le développement d’une agriculture industrielle et commerciale tournée exclusivement vers les exportations.
La « fièvre » du soja provoque des déforestations massives : au cours des cinq dernières années, 800 000 hectares de forêts primitives, riches en biodiversité, sont partis en fumée.
Des voix commencent à s’élever pour dénoncer le « tout soja » qui menace la sécurité alimentaire du pays. D’autant plus que la baisse du cours du soja rend la culture moins rentable et qu’un conflit oppose les paysans, mais aussi le gouvernement argentin à Monsanto : en 2004, la compagnie a créé la surprise en réclamant des royalties rétroactives sur toutes les semences utilisées depuis neuf ans.
Au début, pourtant, elle avait assuré que les paysans pouvaient conserver une partie de leur récolte pour la ressemer, l’année suivante sans avoir à payer de droits d’auteur. « Ce fut un piège », assurent, aujourd’hui les Argentins, qui craignent de ne plus pouvoir faire marche arrière…
Colombie : Armero 20 ans après
De Vincent Michel Taille – ARTE GEIE – France 2005
Armero, 13 novembre 1985. Ensevelie sous une coulée de boue, la petite ville colombienne est rendue tristement célèbre par cette catastrophe. Plus de 20.000 habitants sont tués.
Une image avait fait le tour du monde et provoqué un débat sur le rôle de la presse : celle d'Omaira, une petite fille coincée sous les débris, dont les caméras ont suivi l'agonie pendant 3 jours. Vingt ans plus tard, ARTE Reportage s’est rendu sur le lieu de la catastrophe. Notre équipe a retrouvé et filmé la mère d'Omaira, ainsi qu'une journaliste colombienne qui avait suivi sa fille et des survivants "anonymes". Oubliés des caméras, pour certains mutilés, ils dénoncent l'abandon de l'Etat colombien et, souvent, le gaspillage de l'aide internationale.
A l’heure où les catastrophes s’enchaînent, - tsunamis, ouragans, tremblements de terre – avec leur cortège d’images et de dons, ce retour sur une des premières catastrophes hyper médiatisées nous interroge sur les lendemains de crise, la gestion de la générosité et le retour dans l’oubli.







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