Monsieur Payne, qu’y a-t-il de neuf sur le marché international du vin ?Beaucoup de choses, peut-être même un peu trop, tout le problème est là. L’an dernier, au niveau planétaire, l’excédent de production a atteint quelque 50 millions d’hectolitres, soit environ 7 milliards de bouteilles. L’Europe ne peut pas se permettre de distiller en permanence de telles quantités de vin pour en faire de l’alcool.
Alors le vin va devenir plus abordable ?
Ça me paraît difficile. Le vin est un produit agricole, et en dessous d’un certain seuil de prix, on ne peut plus produire. Les prix de vente des bouteilles écoulées dans les supermarchés sont nettement trop bas ; soit les produits sont subventionnés, soit les ventes sont à perte. Dans le monde entier la concurrence sur les prix est extrêmement dure. Les vins chers marchent très mal à moins d’être de grande tradition ou d’éveiller la convoitise du consommateur.
Pourquoi Vinexpo est-elle aussi essentielle pour le négoce international du vin ?
C’est le plus ancien salon de ce type. En plus, et ça joue certainement, le Bordelais est une région magnifique même si, en termes d’infrastructures, c’est une catastrophe. Et puis beaucoup de visiteurs possèdent une petite maison sur la côte. Les manifestations qui encadrent le salon sont très intéressantes, elles ont lieu tous les soirs dans les châteaux environnants. Aucune autre ville au monde ne pourrait proposer pareil événement.
Comment le vin allemand s’en est-il sorti cette année ? Les Français continuent-ils d’ignorer les vins allemands ?
Une telle affirmation serait exagérée. Un bon crû allemand est reconnu aussi à l’étranger, en termes de qualité si ce n’est en quantité. Les Français ne sont plus aussi imperméables qu’autrefois. Ce n’est pas seulement valable pour les vins allemands mais d’une manière plus générale pour les vins qui ne sont pas d’origine française. Il faut bien voir aussi que Vinexpo n’est pas un salon franco-français mais un salon international qui a lieu en France. On y rencontre des Italiens, des Espagnols, des Américains et de nombreux Asiatiques.
Depuis quelque temps, l’Asie s’intéresse beaucoup au vin européen. Est-ce que les marchés français et allemand s’en ressentent ?
N’exagérons rien. J’ai déjà parlé de la surproduction et de la situation actuelle. Le fait est que si un producteur qui a 100 000 bouteilles à écouler par an ne peut en vendre que 5 ou 10 000 sur le marché national, il va essayer d’écouler le reste ailleurs. Les Chinois ne sont pas encore convertis. Ce n’est qu’une toute petite élite chinoise que le vin intéresse. Remarquez que c’est une fraction d’un peuple d’un milliard d’habitants… ce qui fait encore beaucoup de buveurs potentiels.
On commence à voir poindre sur la scène internationale les pays de l’Europe centrale et orientale – en tant qu’acheteurs et producteurs ; il existe en Hongrie et ailleurs quelques jolis cépages. Faut-il s’attendre à ce que des pays producteurs classiques comme la France et l’Italie soient bientôt confrontés à une concurrence accrue ?
Je ne le crois pas trop. Vous parliez de la Hongrie, il y a aussi la Roumanie et la Bulgarie, naturellement. Ce sont les pays qui disposent des potentiels les plus importants, tant en qualité qu’en quantité. Mais ils n’ont pas la notoriété et ont souvent mauvaise réputation. Il faudra encore attendre assez longtemps avant que le consommateur allemand accepte de payer un prix ne serait-ce que raisonnable pour ces vins-là.
N’oublions pas non plus la Pologne, l’Ukraine, la Biélorussie, la Russie : des millions d’Européens ont une culture et une tradition viticoles. Mais s’il est vrai qu’ils apprécient le vin, il l’est aussi qu’ils n’ont pas aujourd’hui les moyens de commander ce qu’ils souhaitent.
Quel est le rôle des vins biologiques sur le marché mondial ?
Il y a deux catégories : les vins qui affichent leur caractère biologique et que leurs producteurs veulent vendre sous cette étiquette ; d’après mon expérience, ils n’ont rien d’extraordinaire. J’ai beaucoup plus de respect pour ceux qui travaillent leurs vignes selon des méthodes biologiques mais n’en disent mot et n’en font pas un argument de vente. Ils veulent que leur nom et leurs vins soient reconnus pour leur qualité et non pour un quelconque label « biologique », « vert » ou autre.
Que peut-on dire de la cuvée 2004 ? Trouvera-t-on principalement des vins moyens, après les cuvées exceptionnelles de 2003 ?
C’est très variable d’un pays et d’un cépage à l’autre. Je ne suis pas forcément de ceux qui voient en 2003 une année exceptionnelle. La presse en a fait des gorges chaudes, mais c’est surtout parce que nous avions encore en tête la canicule. Mais si la vigne n’avait besoin que de chaleur et de sécheresse, il faudrait sérieusement envisager d’en planter au Sahara. Le soleil et la sécheresse ne suffisent pas. 2003 a été une bonne année pour certains vins de Moselle, mais certaines cuvées 2004 sont meilleures.
Propos recueillis par Katja Dünnebacke.






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