01/02/03
Les vieux
Samedi 1er février 2003
> 00.25 dans “La lucarne”
Les vieux (Lao Tou)
Documentaire réalisé par Yang Li Na (1999 - 94’)
Production : Tian Yi Documentary Workshop
Prix international de la Scam au festival ‘Cinéma du réel” 2000
À midi, ils rentrent déjeuner puis viennent reprendre leur place. Vers cinq heures du soir, ils se retirent pour dîner et se mettre au lit. L’été, le lieu de rendez-vous est un peu plus loin, à l’ombre, sous les arbres. Un rituel immuable, jour après jour, comme s’il s’agissait d’un travail. Avec une infinie tendresse, Yang Li Na a filmé ces vieillards en train de discuter, de se soutenir, de se consoler, de se plaindre ou de pleurer. Progressivement, on découvre le peu de place et d’attention que la société chinoise d’aujourd’hui leur accorde et la douleur que cela suscite en eux.
Le temps qui passe
La force du film tient au fait que Yang Li Na n’a pas eu peur de s’attacher aux petits riens qui peuplent l’existence de ces vieillards. Son parti pris d’une captation attentive et sensible - qui parvient à tenir un juste équilibre entre distance et proximité -, son point de vue rigoureusement concentré sur les faits et gestes des vieux, tout comme la précision et la sobriété du filmage - composé de plans fixes et de légers panoramiques épousant les déplacements des personnages -, lui confèrent une vraie cohérence. De façon très discrète, Yang Li Na met en rapport leur usure physique avec leur mélancolie, leur fatigue, les marques du temps, le sentiment d’abandon, l’amertume vis-à-vis des jeunes générations et la culpabilité que suscite le fait d’être devenu socialement inutile. On mesure alors, au fur et à mesure que le film avance, la cruauté du destin de ces vieux Chinois qui ont passé leur existence à se tuer au travail, sacrifiant l’essentiel de leur vie à la grande cause maoïste. Yang Li Na a eu l’intelligence de restituer le rythme quotidien de leur existence sur une durée d’un an : les changements de saison, le passage visible d’un temps plus vaste que celui des jours, donnent à voir de façon sensible ce que peut ê t re la monotonie d’une vie sans autre horizon que l’attente de la mort. Cela confère au film une temporalité qui fait aussi sa profondeur.
Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 01-02-03