Les deux continents et l’anglaise : quand la chrétienne Mrs Sommers rencontre un musulman venu de France, Ousmane.
Une coproduction ARTE
Synopsis : Mrs Sommers (Brenda Blethyn) apprend devant sa télévision la nouvelle des attentats terroristes perpétrés à Londres le 07 juillet 2005. De confession chrétienne, elle téléphone à sa fille, qui réside dans la capitale britannique et, sans nouvelle, part à sa recherche. Au même moment, Ousmane (Sotigui Kouyaté), un garde forestier de confession musulmane, part de chez lui en France afin de rejoindre Londres et rendre visite à son fils. Il se retrouve lui aussi sans nouvelle. C’est Mrs Sommers qu’Ousmane va croiser, et cela ne doit rien au hasard.
Critique : A Londres, Rachid Bouchareb évoque non pas les attentats à la bombe commis en 2005, mais une rencontre provoquée par la nouvelle de ce drame. La ville cosmopolite prédispose à cette réunion de deux personnes venues d’horizons différents, une veuve installée sur l’une des îles anglo-normandes et un homme qui n’a pas vu son fils depuis quinze ans. Cette situation est pourtant violentée par les évènements qui modifient la perception et l’a priori de beaucoup à l’encontre de la communauté musulmane. Mrs Sommers et Ousmane doivent de surcroît se contenter d’hypothèses. La trace de leurs enfants s’est perdue et l’inquiétude fait place au risque de se fourvoyer : Mrs Sommers se défie d’Ousmane et ne sait pas si elle doit s’en remettre au propriétaire de l’appartement de sa fille, également musulman. Il s’avère pourtant que les deux voyageurs trouvent dans l’immensité de Londres une main tendue, un geste solidaire ou tout bonnement civil, quelqu’un à qui parler.

London River
De Rachid Bouchareb
(2009, France, 1h30)
Avec Brenda Blethyn, Sotigui Kouyaté…

Pour illustrer le sentiment de confusion ressenti par les deux parents, Rachid Bouchareb opte pour une mise en scène limpide, au rythme progressif. On le ressent jusqu’à se sensibiliser parfaitement à cette quête entreprise pas à pas, en prenant un bus rouge, en frappant à une porte et en attendant qu’elle s’ouvre dans l’espoir d’une nouvelle réconfortante. Mrs Sommers et Ousmane sont deux personnages représentatifs d’une génération qui n’a pas pour habitude d’avoir un ordinateur ou un téléphone cellulaire en permanence dans les mains. Pour eux, le contact est d’abord humain, d’une personne vers l’autre, à hauteur d’homme. Le cinéaste mise donc grandement sur ses deux comédiens, et il a raison. Brenda Blethyn habite littéralement chaque plan, un effet d’autant plus saisissant qu’elle est à l’écran de manière quasi permanente. Dans les rares moments où elle est hors champ, elle les imprime tout de même de sa marque, comme il en fut dans « Secrets et mensonges » de Mike Leigh (1996), où elle jouait l’impayable Cynthia Rose. Sotigui Kouyaté impose quant à lui son calme et sa silhouette longiligne, son regard éloquent et doux. Il retrouve la noblesse de jeu qui fut la sienne dans « Little Sénégal », réalisé par Rachid Bouchareb en 2001. A l’unisson, le cinéaste cadre souvent Brenda Blethyn et Sotigui Kouyaté en gros plans, un effet qui relève ici de la pudeur.
Julien Welter