Interprètes : Argentino Vargas…
Argentine 2004, 1h18
Section « Quinzaine des Réalisateurs ».
Critique : À croire que Lisandro Alonso est un admirateur de Terrence Mallick pour qu'il laisse ainsi traîner si longuement, si lentement son regard sur la nature sauvage de l'Argentine au début de son second film, « Los Muertos ». Mais la caméra de l'excellent chef opérateur Cobi Migliora s'attarde plus volontiers sur la nature luxuriante que sur la faune, tantôt sous une forme papillonnante et floue, tantôt avec une saisissante netteté. Un premier et long plan-séquence nous informe que la forêt tropicale a depuis longtemps perdu sa virginité et qu'elle n'a rien d'un lieu de réconfort : deux cadavres d'enfants gisent parmi la végétation touffue de la jungle tropicale, abattus à l'aide d'une machette que tient un jeune homme dont on ne voit pas le visage.
Puis viennent de longs plans statiques où Lisandro Alonso nous présente son protagoniste VARGAS, un homme de 54 ans, brave et peu causant, qui boit du maté et fume des cigarettes. Son visage buriné qui trahit de lointaines origines indiennes est un mystère, une énigme qui persiste jusqu'à la fin du film. Longtemps, le spectateur se demande pourquoi Vargas a passé tant de temps en prison et si la mort des deux enfants y est pour quelque chose. Au bout d'une heure seulement, on apprend presque incidemment de la bouche d'un pêcheur que ces enfants étaient les frères de Vargas et qu'il les a tués. Le réalisateur ne révèle rien, ni sur le mobile ni sur les circonstances du crime. Alonso ne cherche pas non plus à nous éclairer sur les états d'âme de son anti-héros, à aucun moment il n'effleure la question de la culpabilité ou du remords. Vargas lui-même ne laisse échapper qu'une petite phrase sur son crime : c'est de l'histoire ancienne et il y a longtemps qu'il a tiré un trait sur cette histoire.
Le cinéaste argentin préfère évoquer le retour de cet homme vers son passé au travers de la distance géographique qu'il doit parcourir pour revenir sur les lieux de son enfance. Avant de monter dans la barque qui doit l'emmener chez sa sœur, il prend le temps d'acheter pour elle un chemisier et de satisfaire ses pulsions sexuelles avec une prostituée. Puis durant son lent et difficile périple sur le fleuve marécageux, il apparaît faisant corps avec la nature, usant d'un stratagème pour retirer le gâteau de cire gonflé de miel d'un nid de guêpes, ou égorgeant une chèvre qui broute sur la berge. Soudain, la peur s'insinue chez le spectateur face à cet homme. La scène est choquante, mais n'explique toujours pas ce qui a pu amener Vargas à assassiner ses frères. Quand enfin il arrive à la misérable bicoque de sa sœur et suit ses petits-enfants à l'intérieur de la maison, la caméra s'attarde de longues minutes sur des jouets abîmés, dont un footballeur miniature et la roue d'une petite calèche.
Une image tout à la fois mystérieuse et évocatrice, comme l'incompréhensible biographie de cet homme qui a tué ses frères dans l'adolescence…
Martin Rosefeldt






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