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Mercredi 25 novembre 2005 à 00.25 - 20/11/05

Luis Buñuel

Luis Buñuel est né le 22 février 1900 à Calenda, un village retiré de la province d’Aragon (Espagne). Un village qui, comme le dira plus tard Buñuel, vivait encore à l’heure médiévale.

À six ans, le jeune Luis est inscrit dans un collège de Jésuites, où il reçoit, jusqu’à sa quinzième année, une éducation stricte et religieuse, fondée sur des préceptes inchangés depuis le 18ème siècle. Dix années qui le marqueront à vie et traverseront son œuvre sous les traits d’une solide rébellion contre l’Église et l’ordre établi.

À 17 ans, Luis Buñuel s’installe à Madrid, s’inscrit à l’université et suit des cours de génie agricole, de sciences naturelles et d’histoire. Très vite il s’implique dans les clubs littéraires et politiques du moment ; il y rencontre ceux qui incarneront, quelques années plus tard, les grandes figures artistiques et littéraires espagnoles : Salvador Dalí, Federico Garcia Lorca, Rafael Alberti…

Le mouvement d’avant-garde fait son entrée en Espagne et diffuse dans les courants artistiques un vent de liberté qui s’acculture en divers courants : Ultraismo, Creacionismo… auxquels Buñuel adhère avec quelques réserves. L’avant-garde espagnole ne s’affranchit pas assez à son goût, des formes traditionnelles qu’elle est censée remettre en cause. Il décide alors de s’installer à Paris, sans projet particulier. Nous sommes en 1925 ; Buñuel s’intéresse d’abord à l’écriture et la mise en scène théâtrales, découvre les films de Fritz Lang - une révélation - et cherche à pénétrer le milieu du cinéma. C’est sur le plateau d’un réalisateur nommé Jean Epstein qu’il fera ses premières armes en tant qu’assistant. Leur collaboration durera le temps de deux films : Mauprat et La chute de la maison Usher . Buñuel veut réaliser ses propres films ; il s’assure la collaboration de Dalí et tourne, grâce au soutien financier de sa mère, une « arme surréaliste » destinée à heurter le bourgeois et critiquer l’avant-garde. Son titre : Un chien andalou. Sa portée : fulgurante. Après avoir séduit l’élite surréaliste composée de Man Ray, Aragon, Le Corbusier, Picasso, Breton, Éluard, Ernst, Magritte … le film atteint le grand public et est projeté pendant un an.

Buñuel vient de transposer au cinéma les règles de la pensée surréaliste : traiter sur le même pied d’égalité toutes les expériences psychiques de l’être humain, le rêve, comme la folie ou la conscience éveillée. Laisser libre cours à certaines formes d’associations présentes dans le rêve ou dans la dictée spontanée de la pensée, en l’absence de tout contrôle raisonné.
Avec L’âge d’or qu’il réalise un an plus tard, Buñuel persiste et signe, cette fois-ci une violente diatribe contre la morale bourgeoise et ses idéaux : famille, Église, patrie. En France, le film est jugé scandaleux et les copies sont saisies quinze jours après sa sortie officielle, le 28 novembre 1930.

De retour en Espagne, Buñuel tourne son troisième film, Las Hurdes (Terre sans pain) (1932), un documentaire sur un village de la région montagneuse de Las Hurdes, particulièrement déshéritée. Cet « essai de géographie humaine » comme le dit le carton de début du film tente de rendre compte, avec une objectivité affichée, de la réalité géographique, économique et sociale de ce village oublié du monde. Perçu comme une critique ouverte du pouvoir et de l’Église, Las Hurdes est interdit en Espagne.

Pour Buñuel, une longue période d’abstinence commence. Pendant quatorze années, il abandonne la réalisation pour l’industrie cinématographique, fabrique les versions espagnoles des films produits par la Paramount et Warner Bros, produit des comédies musicales en Espagne avant de s’exiler aux Etats-Unis au moment de l’accession des fascistes au pouvoir. Après un bref passage à Hollywood, il s’installe à New York et travaille un temps au département film du Musée d’Art Moderne, d’où il est forcé de démissionner pour cause de sympathie communiste. Il s’installe alors au Mexique, où nombre d’artistes et d’intellectuels espagnols avaient trouvé refuge après la guerre civile et acquiert la nationalité en 1949. C’est au Mexique que Buñuel passera le restant de ses jours ; il y tournera vingt films en quinze ans, un savant équilibre entre films commerciaux à petits budgets et grands classiques consacrés comme Los Olivados (1950), El (1952), La vie criminelle d’Archibald de la Cruz (1955) …

Buñuel renoue avec les fantômes du passé ; l’esthétique surréaliste qui a fait ses premiers succès habite à nouveau ses films, doublée d’une veine néoréaliste et d’une indéfectible critique envers la morale bourgeoisie. Avec Viridiana, il signe une tentative de réconciliation avec l’Espagne, soldée par un échec (le film est décrié en Espagne mais reçoit la Palme d’or à Cannes).

C’est à partir de cette période que Buñuel revient travailler en France, avec Jean-Claude Carrière pour scénariste. Il y réalise ses sept derniers films, Le journal d’une femme de chambre, Belle de jour, La voie lactée, Tristana, Le charme discret de la bourgeoisie, Le fantôme de la liberté et Cet obscur objet du désir.

Buñuel décède le 29 juillet 1983 à Mexico.

  • Filmographie

1928-1929 - Un chien andalou (n&b, muet, sonorisé en 1960, 17 min)
1930 - L’âge d’or (n&b, 61 min)
1932 - Las Hurdes (Terre sans pain) (n&b, 27 min)
1946 - Tampico (Gran casino) (n&b, 85 min)
1949 - El gran calavera (Le grand noceur ) (n&b, 90 min)

1950 - Los Olvidados (Pitié pour eux/ Les oubliés) (n&b, 90 min)
Susana, demonio y carne (Suzanne, démon et chair Suzanne la perverse ) (n&b, 82 min)
1951 - La hija del engaño (Don Quintìn l’amer/La fille de l’erreur) (n&b, 78 min)
Una mujer sin amor (Pierre et Jean/ Une femme sans amour) (n&b, 84 min)
Subida al cielo (La montée du ciel) (n&b, 85 min)
El bruto (L’enjôleuse/ La brute) (n&b, 83 min)
1952 - Les aventures de Robinson Crusoé (Adventures of Robinson Crusoé) (Pathécolor, 89 min)
El (Pathécolor, 89 min)
1953 - Abismos de Pasión/Cumbres borrascosas (Les hauts de Hurlevents, abîmes de passion) (n&b, 90 min)
La illusión viaja en tranvía (On a volé un tram) (n&b, 82 min)
1954 - El río y la muerte (Le fleuve de la mort) (n&b, 90 min)
1955 - Ensayo de un crimen / La vida criminal de Archibaldo de la cruz (Répétition d’un crime / La vie criminelle d’Archibald de la Cruz) (n&b, 90 min)
Amanti di domani (Cela s’appelle l’aurore) (n&b, 90 min)
1956 - La muerte en este jardín (La mort en ce jardin) (Eastmancolor, 97 min)
1958 - Nazarin (n&b, 94 min)
1959 - Los ambiciosos (La fièvre monte à El Pao) (n&b, 97 min)

1960 - La joven (La jeune fille) (n&b, 95 min)
1961 - Viridiana (n&b, 90 min)
1962 - El ángel exterminador (L’ange exterminateur) (n&b, 95 min)
1963 - Le journal d’une femme de chambre (n&b, 98 min)
1965 - Símon del desierto (Simon du désert) (n&b, 42 min)
1966 - Belle de jour (Eastmancolor, 100 min)
1969 - La voie lactée (Eastmancolor, 92 min)

1970 - Tristana (Eastmancolor, 105 min)
1972 - Le charme discret de la bourgeoisie (Eastmancolor, 105 min)
1974 - Le fantôme de la liberté (Eastmancolor, 103 min)
1977 - Cet obscur objet du désir (Eatsmancolor, 105 min)

  • À voir

Le film Un chien andalou édité en DVD par les Éditions Montparnasse.

  • Les films

Belle de jour
La voie lactée
Tristana
La voie lactée
Le journal d’une femme de chambre
Cet obscur objet du désir
La jeune fille
Le charme discret de la bourgeoisie
Le fantôme de la liberté
Gran Casino édités en coffret de 3 DVD par Studio Canal.



  • À consulter

Le site espagnol de Luis Buñuel
Souvenirs de Buñuel par Jean-Claude Carrière
Un chien andalou par Michael Koller
Un site complet sur Buñuel (en italien)

  • À lire

Mon dernier soupir de Luis Buñuel, Robert Laffont, Paris, 1982.
Conversation avec Luis Buñuel, Il est dangereux de se pencher au-dedans, par Tomas Pérez Turrent et José de la Colina, Cahiers du cinéma, Paris, 1993.
Luis Buñuel's the Discreet Charm of the Bourgeoisie de Marsha Kinder, Éditions Cambridge Film Handbooks.

Edité le : 14-11-05
Dernière mise à jour le : 20-11-05