Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Berlinale 2006 > Berlinale sur ARTE > Madame Brouette

Lundi 27 février à 20.40 - 16/09/08

Madame Brouette

(Canada, Sénégal, France 2002, 104 min.)
Réalisation : Moussa Sene Absa
Interprètes : Ousseynou Diop, Rokhaya Niang, Aboucar Sadikh Bâ
(Ours d’argent de la meilleure musique 2003)





Synopsis : En pleine journée, Naago sort chancelant de sa maison, le corps criblé de balles. Mati, sa femme, avoue quŽelle est la meurtrière. Dit-elle la vérité ?

Critique : Considéré comme l'un des cinéastes les plus talentueux du Sénégal et également peintre reconnu, Moussa Sene Absa affine avec « Madame Brouette » son style cinématographique, simple de ton et éminemment esthétique, à l'image de la séquence introductive de ce film, colorée et chantante. En dépit d'une forme de naïveté quelque peu attendue, le réalisateur explore une thématique difficile en se concentrant sur les relations entre hommes et femmes de son pays. Il brosse le portrait de Mati, une femme indépendante qui vit seule avec sa petite fille Ndèye. Mati éprouve une aversion naturelle et systématique à l'encontre des hommes. C'est dans cet état d'esprit qu'elle prend la défense Ndaxté, une jeune femme exploitée et battue par son mari. Plus tard, Mati tombe cependant amoureuse de Naago, un jeune policier corrompu, dragueur, menteur et insatiable de sexe.
Moussa Sene Absa possède avant tout le don d'un conteur et ne cherche jamais à prolonger son récit d'expédients psychologiques démonstratifs. S'il s'intéresse en priorité au destin de Mati, il ne condamne pas l'attitude de Naago et se porte garant d'un équilibre savant entre les deux personnages. Cette idée est renforcée par la présence récurrente de personnages secondaires de tout ordre pour qui le cinéaste préserve avec attention de nombreuses circonvolutions. Il en ressort l'expression d'une grande générosité jamais amoindrie par l'esquisse d'une réalité parfois abrupte, et souvent dramatique, au regard du quotidien de beaucoup des sénégalaises du film. Ce constat contrebalancé par l'humour donne ainsi, à « Madame Brouette », un souffle singulier, qui se joue du paradoxe et domine parfaitement son message humaniste.

Olivier Bombarda



Synopsis : Un matin, des coups de feu sont tirés dans la maison de Mati. Mortellement touché, son mari infidèle en sort et s'effondre devant la porte après une nuit de beuverie. Mati avoue avoir tué Naago. Mais dit-elle la vérité ? Si oui, quels étaient ses mobiles ?
Mati, divorcée et mère d'une petite fille, gagne sa vie comme épicière ambulante. Elle doit se contenter d'une brouette comme moyen de transport, mais pour elle, l'essentiel est d'être indépendante et de ne pas avoir à subir la férule d'un homme tyrannique, comme c'est le cas pour son amie Ndaxté. Mais le projet de vie de Mati est contrecarré par le pouvoir de séduction de Naago, petit policier véreux qui met du beurre dans les épinards en récoltant l'argent du racket. Mati s'éprend de Naago dont elle attend bientôt un enfant. Très vite, son rêve d'une vie honnête à deux s'envole en fumée, car Naago est un dragueur invétéré qui s'empêtre de plus en plus dans ses diverses combines. Mais Mati ne s'en laisse pas conter et poursuit vaille que vaille son chemin de femme en voie d'émancipation.

Critique : Un cinéaste africain de sexe masculin qui s'intéresse à la libération des femmes de son pays, le Sénégal en l'occurrence, voilà un sujet éminemment politique qui touche aussi à la fragile coexistence entre Musulmans et Chrétiens et leurs différents systèmes de valeurs. En témoigne l'effervescence causée par l'annulation de l'élection de Miss Monde au Nigeria fin 2002. Divers facteurs font encore entrave à l'émancipation de la femme africaine, comme la polygamie, l'arbitraire des gouvernants et des structures sociales de type patriarcal. Mati alias " Madame Brouette ", est une femme africaine à la fois très fière et fort aguichante. Loin de s'enfermer dans une résignation mélancolique face aux mille petites humiliations et injustices quotidiennes que peut rencontrer une femme divorcée vivant seule en Afrique, elle réagit avec force humour et détermination. De façon générale, le réalisateur Moussa Sene Absa parvient à dénicher beaucoup de gaieté et d'espoir sur les marchés de Dakar. La lutte entre les sexes est présentée comme un duel coloré et bruyant où se mêlent récriminations, danse et coups, où les hommes vaniteux et corrompus ne brillent ni par leur caractère ni par leur intellect, raison non suffisante cependant pour perdre espoir en un monde meilleur. Quand Mati fulmine contre son macho de mari qui réplique par des vociférations non moins bruyantes, on pense aux scènes épiques de Brecht. Pour plaire au public de son pays, Moussa Sene Absa reste fidèle aux canons du cinéma africain : les choeurs, la musique à gogo et les inévitables intermèdes de rire. Mais il réussit souvent de vrais petits miracles, quand ses personnages touchent le public festivalier en plein coeur par leur joie de vivre primesautière un rien teintée d'autodérision.

Martin Rosefeldt


Edité le : 03-02-06
Dernière mise à jour le : 16-09-08