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360°- GÉO

La collection s’intéresse aux hommes et aux femmes hors du commun, qu’ils fassent un travail passionnant ou aient une vie quotidienne qui sort des sentiers battus.

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16 décembre 2006 à 21.35: 360º - GEO - 24/11/06

Making Of

Les enfants de Bouddha dans le triangle d’or


Carnet de tournage de Therese Engels

Droits: Arte / © Medienkontor FFPTroisième jour dans le nord de la Thaïlande. Je suis assise avec mon interprète thaïlandaise, Puchara, sur le plateau du pick-up. Une route escarpée et cahoteuse mène à l’entrée du monastère. A chaque nid-de-poule, nous faisons un bond de 50 centimètres. Les premiers chevaux sont en vue, mais personne d’autre à l’horizon. C’est un jour important pour le monastère : 200 hommes de la troisième armée thaïlandaise ont été envoyés sur place pour planter des arbres. C’est le début de la saison des pluies. Les arbres devraient éviter que les versants des montagnes ne se transforment en torrents de boue. Mais il s’agit aussi d’une action symbolique. La présence des soldats joue un rôle dissuasif. Phra Khru Ba Neau Chai, l’abbé du monastère, doit en effet se battre pour conserver ses terres. Les villageois des alentours les lui envient, et souhaiteraient se les approprier pour y cultiver du caoutchouc. Deux mois auparavant, on a même menacé Khru Ba avec une arme.
La grande place du monastère, au sol sablonneux, est le lieu d’entraînement où l’on pratique l’art martial Muay Thaï. On y a installé un canapé, sur lequel siège Khru Ba. Une interminable file de soldats se tient devant le moine, qui leur donne à chacun sa bénédiction. Ils s’agenouillent devant lui, qui pose son poing sur leur tête et leur donne une amulette pour les protéger lors des opérations à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie.

Droits:: ARTE / © Medienkontor FFPJe suis arrivée une semaine avant mon équipe, afin de faire des recherches sur place. Ce jour-là, je dois rencontrer le moine pour la première fois. Cela fait plus d’un an que je me documente sur lui et son univers. Je vais donc enfin le voir en chair et en os, et je suis dans tous mes états ! Avant de commencer mon voyage, je pensais passer toute ma semaine de recherches à ses côtés, méditer avec lui, apprendre à monter à cheval, le suivre chaque jour comme une ombre. C’était bien naïf de ma part : comme je suis une femme, tout cela m’est interdit.

Au bout de deux heures, la religieuse Mae Chi Anchalee nous fait enfin signe de nous approcher et nous annonce que nous devons saluer Khru Ba. Je m’agenouille, et il me donne à moi aussi une amulette. Il se met à pleuvoir des cordes, la pluie crépite sur le sol, et Khru Ba me dit en souriant : « Tu t’appelles Saifon. Cela signifie ’pluie venue de l’étranger’. » Mon audience est terminée, il se lève et disparaît, et je ne le reverrai que trois jours plus tard, un jour avant le début du tournage. Khru Ba est installé dans un fauteuil, et nous sommes assis en face de lui sur des nattes en bambou. « Nous voulons exposer les difficultés qu’il a rencontrées dès le commencement de sa vie monastique dans sa lutte contre la drogue et la corruption », dis-je. « Nous voulons raconter qu’il y a ici beaucoup d’enfants qui ont perdu leurs parents à cause de la drogue, et montrer comment tout a commencé dans le monastère. »

Droits:: ARTE / © Medienkontor FFPKhru Ba se lève d’un bond, tape dans ses mains, ravi, et déclare : « Oui ! Alors il nous faut un bœuf ! Car il y a 14 ans, quand je me suis installé ici, personne n’avait de voiture ! Nous avions un bœuf. Comme ça, on pourra reconstituer cette époque ! » Je tente de lui expliquer que nous n’avons pas besoin de scènes du passé, et que nous voulons montrer la réalité d’aujourd’hui, en 2006. Mais il poursuit. Puchara me traduit : « Oui, grâce aux bœufs, on pourrait économiser de l’essence, et de toute façon, le monastère n’a pas d’argent en ce moment. Avec des bœufs, on pourra se remettre à labourer les champs et à cultiver du riz ! ». Il jubile, comme un petit enfant.

Droits:: ARTE / © Medienkontor FFPPuchara m’informe que Khru Ba a obtenu les deux bœufs des abattoirs ; sinaon, il aurait fallu abattre les taureaux âgés de six ans. Il me demande d’acheter le deuxième bœuf. Je lui réplique alors : « Mais je vous ai déjà donné 100 euros – comme les autres membres de mon équipe – pour le premier. J’ai acheté des billets de loto, payé une bourse d’études et des provisions de riz pour un an, je ne peux pas en plus vous acheter un deuxième bœuf. » Il me fait savoir que je ne dois pas penser constamment à l’argent, que je dois donner tout ce que j’ai. Finalement, je ne lui achète pas ce deuxième bœuf, et il ne m’en veut pas. Au bout de 16 jours, je comprends de moins en moins le fonctionnement du monastère, et les réactions de Khru Ba. Pourtant, il est fascinant, et les enfants ont gagné nos cœurs.
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Samedi 16 décembre 2006 à 21.35
360º - GEO
Les enfants de Bouddha dans le triangle d’or
Un Film de Therese Engels
Reportage, Allemagne / France 2006, ARTE, stereo, 16:9 / 52 min.

Edité le : 24-11-06
Dernière mise à jour le : 24-11-06


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