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360°- GÉO

La collection s’intéresse aux hommes et aux femmes hors du commun, qu’ils fassent un travail passionnant ou aient une vie quotidienne qui sort des sentiers battus.

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La collection s’intéresse aux hommes et aux femmes hors du commun, qu’ils fassent un travail passionnant ou aient une vie quotidienne qui sort des sentiers (...)

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30/03/05

Making Of

Le mystère de la momie de Sibérie
Carnet de tournage
360° - Le reportage GEO


Départ pour la Sibérie !
C’est pour demain, et le programme qui nous attend est chargé. Notre projet, c’est d’élucider le secret de la momie d’un prêtre sibérien et de filmer les bouddhistes en Bouriatie. Qui dit Sibérie dit froid, faim et conditions d’hygiène indescriptibles ! Je me console en me disant que les images qu’on a dans la tête ne correspondent jamais à la réalité.
Une urgence avant le départ : un coup d’œil dans le miroir ne trompe pas, mon mal de dent a empiré. J’ai la joue enflée. La seule solution qui me reste est d’aller aux urgences en stomatologie. Quelques heures plus tard, je suis dans l’avion. Dans la bouche, une racine dentaire ouverte, dans l’estomac, des antibiotiques à haute dose. La chimie fait son effet : à l’arrivée en Sibérie, la joue est moins enflée, mais le ventre davantage.
A peine ai-je mis le pied sur le sol de Sibérie qu’une envie pressante m’assaille. L’occasion aussi de tordre le cou à un cliché : en fait de froid de canard, il fait 36 degrés !
Le tournage devant commencer le plus tôt possible, nous demandons tout de suite rendez-vous au supérieur des lamas. En principe, tout est prêt. Le prieur du couvent nous attend. Après les courtoisies de rigueur, nous sommes conviés à une table qui croule sous les mets sibériens : noix de cèdre, blinis (sorte de crêpe recouverte d’une crème épaisse) et posys (gros raviolis avec une roborative farce à la viande). Correction de la deuxième idée reçue : en Sibérie, on ne meurt pas de faim !
A la vue de tous ces plats, je sens comme un fauve rugir dans mon estomac. Les antibiotiques contrôlent la situation. Pas d’échappatoire, il faut faire honneur à nos hôtes. A table, nous en profitons pour négocier les conditions de tournage. J’argumente sans desserrer les dents ; pincé, le prieur pointe le côté très direct des Allemands quand ils veulent quelque chose. En fait, la seule chose qui m’intéresse, c’est de sortir de table. Le front moite, j’y parviens au bout de deux ou trois heures !
Oui, j’ai trouvé la fosse, mais sous aucun prétexte je ne dirai à quoi elle ressemblait et quel effet elle m’a fait !
Nous quittons le couvent avec bon espoir que nous pourrons filmer à notre guise. Mais le lendemain, le supérieur du prieur, le Chambo Lama, de retour d’un voyage, nous convoque. Il souhaite d’abord déjeuner avec nous. Tout en engloutissant un plat entier de gros raviolis, il nous explique jovialement qu’en Sibérie, aucun végétarien ne pourrait survivre, bouddhiste ou pas bouddhiste. Il faut de nouveau faire bombance ; cette fois-ci, les ripailles durent trois ou quatre heures. Je vois le Chambo Lama satisfait que la discussion me plie littéralement en deux. Je me précipite au lieu d’aisance (!) et jure sans dire mot, sachant que dans un temple bouddhiste, il est strictement interdit de proférer jurons et insultes.
Le troisième jour, nous devons encore nous rendre à l’assemblée des lamas : il est impossible de tourner sans leur accord. Vaillamment, je me rebourre de blinis et de posys. Poliment, j’explique une troisième fois l’idée de notre film, avec la certitude cette fois-ci que le fauve que j’ai dans le ventre va avoir ma peau. Le seul doute subsiste sur la question de savoir ce qui est pire : la douleur des coliques ou l’inéluctable retour dans les horrifiques latrines.
Le quatrième jour se produit le premier miracle : ma boîte d’antibiotiques est vide et nous pouvons commencer à tourner.
Trois semaines plus tard, plusieurs autres petits miracles et d’innombrables catastrophes sont survenus. Le dernier couvent inscrit sur notre plan de tournage est en vue. Le soleil darde ses rayons, la steppe est en fleurs, le prieur, tout sourire, nous passe des étoffes de soie autour du cou. Il nous encourage à tourner sans plus tarder. Interdits, nous nous mettons au travail. Une fois encore, nous allons être conviés à une table ; on nous offre les meilleurs posys de toute la Sibérie ! Le prieur n’entend pas parler d’argent, mais de Perestroïka et de religion dans le communisme.
Le soir de ce même jour, j’identifie de mon œil désormais averti le lieu solitaire à l’écart du couvent. Personne ne me croira, mais il était d’une étincelante propreté et embaumait les herbes sauvages ! Bon, il n’y avait pas de porte. Mais la vue sur la steppe et les montagnes était tout simplement grandiose. Je jetai dans la fosse mon dernier stéréotype sur la Sibérie !
A propos, le secret de la momie n’a pas été entièrement levé, mais au vu de tant de miracles, il serait vraiment déplacé d’être immodeste.

Edité le : 30-03-05
Dernière mise à jour le : 30-03-05


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