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Miyako – l’île de la longévité - 02/11/09

Making of - Miyako – l’île de la longévité

Carnet de tournage de Svea Andersson

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Le phare, sa mère et les trois singes

 
Miyako, île de l’archipel japonais des Ryukyu, n’est pas franchement une perle. Toute plate, couverte de maisons basses en béton et de poteaux électriques, elle est entourée des eaux chaudes de la mer de Chine orientale. Une heure à peine après notre arrivée, un typhon sévissait, couchant les cannes à sucre dans les champs, mettant rues et habitations sous l’eau, paralysant toute activité en dehors des espaces confinés. Mais nous, nous voulions absolument tester notre nouvelle caméra pour savoir si elle serait aussi solide que la précédente : il faut que nous puissions compter sur elle par vents et marées. Depuis, elle est devenue le fidèle compagnon de notre équipe.
 
Les habitants de Miyako sont les plus ouverts et les plus chaleureux de tout le Japon, avions-nous entendu dire. Certainement ! Mais au début, l’accueil à la japonaise nous est apparu, à nous autres étrangères, amical certes, mais réservé. Jusqu’à ce que nous nous trouvions face à Koso et Yuki (100 et 99 ans). Les traces du temps qui sillonnaient leurs visages en faisaient des êtres exceptionnels : ils nous paraissaient forts, ils nous impressionnaient par leur constance à vouloir braver les statistiques et la maladie. En même temps, ils étaient quand même diminués physiquement, ils paraissaient fragiles comme des enfants. Ne risquaient-ils pas d’être emportés par un méchant coup de vent ? Ils nous ont pris sous leur aile pour un voyage au cours duquel nous allions apprendre comment on vieillit en bonne santé, ils nous ont amenés à réfléchir à nos propres vieux jours.

Les secrets de la longévité

 
Lors de cette aventure, il nous a été donné de voir qu’il y a aussi des raisons logiques, tangibles, à la longévité des insulaires. La nourriture en est une : s’alimenter ne signifie pas pour eux manger jusqu’à complète satiété mais s’arrêter juste avant ; et ils soignent la qualité, la diversité, la légèreté de leurs aliments.
 
Nous avons été étonnées de découvrir qu’ici, les gens n’aient pas de mot pour désigner la « retraite ». Il ne viendrait à l’idée de personne de ne plus travailler en invoquant le grand âge. Certes, les anciens de Miyako peuvent difficilement vivre de la pension qui leur est versée. Ils ne s’en plaignent pas. Il ont une conscience aiguë du fait que le mouvement et le travail corporel leur font du bien. Ils savent qu’il est important d’avoir des objectifs, même à leur âge – des choses à faire, qui donnent sens à leur vie, même si c’est parfois bien fatiguant.

La parabole des trois singes

 
Etrange aussi nous est parue au début une parabole chère aux insulaires. Pourtant, en y regardant de plus près, elle s’est avérée pleine de bon sens, bénéfique, et selon toute apparence propice à la longévité. C’est celle des trois singes. Nous avions fait la connaissance de Mitsu, vieille dame de 92 ans fascinante, chaleureuse en même temps que très réservée, propriétaire d’une école de tisserands. Nous avons demandé à son fils ce qu’il admirait le plus chez sa mère. Il répondit que c’était les trois singes : l’un est aveugle, l’autre sourd et le troisième muet. Nous étions consternées, ne sachant comment réagir, et nous lui avons prudemment demandé ce qu’il voulait dire. Avions-nous fait irruption en plein conflit familial ? Son explication nous a rassurées : elle ne voit pas les défauts des autres, elle fait la sourde oreille aux méchancetés, elle préfère se taire plutôt que de blesser quelqu’un par des paroles irréfléchies.

Automatiquement, nous avons associé à ce comportement la lâcheté, le manque de critique, la naïveté. Pourtant, après avoir rencontré Mitsu, Koso, Seitoku et Yuki, nous avons compris que les « vertus des trois singes » étaient ce qui les caractérisaient le mieux : ils ne passent pas inutilement leur temps à ressasser des idées noires, à chercher la petite bête chez les autres - et ils savent prendre sur soi.

« le phare et sa mère »


Nous avons encore du chemin à faire, ma preneuse de son Hanna et moi. Elle, très grande et très jeune, et moi un peu moins grande et un peu moins jeune. On nous a souvent prise pour mère et fille et, comme Hanna dépassait de la tête et des épaules tous les hommes japonais croisant notre chemin, on nous a vite appelées « le phare et sa mère ». Nous avons décidé de renoncer à l’avenir à de telles coquetteries. De nous montrer plus réservées, d’écouter avec attention et, l’âge venant, de rester fortes, stoïques et bienveillantes.
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360° - GÉO
Miyako – l’île de la longévité
Réalisation : Svea Andersson

Edité le : 02-11-09
Dernière mise à jour le : 02-11-09


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