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360°- GÉO

La collection s’intéresse aux hommes et aux femmes hors du commun, qu’ils fassent un travail passionnant ou aient une vie quotidienne qui sort des sentiers battus.

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360°- GÉO

La collection s’intéresse aux hommes et aux femmes hors du commun, qu’ils fassent un travail passionnant ou aient une vie quotidienne qui sort des sentiers (...)

360°- GÉO

03 février 2007 à 21.40 : 360º - GEO - 29/01/07

Making of

Cambodge, le cri de la soie


Récit de tournage de Carmen Butta

Une fois de plus, j’appréhendais de tourner en Asie. Il faut dire que mes films parlent toujours des gens, et c’est là que le bât blesse : en Extrême-Orient plus qu’ailleurs, approcher les gens est une vraie gageure. Entre eux, les journalistes qualifient de « mur asiatique » ce phénomène culturel auquel je me suis heurtée chaque fois que je réalisais un reportage en Birmanie, en Chine, en Indonésie, en Thaïlande ou en Mongolie : même les personnes les plus accessibles et les plus ouvertes se ferment comme des huîtres et nous échappent dès qu’on leur demande de se livrer devant une caméra, surtout si on touche à des émotions pénibles comme la douleur ou la colère.

Dans ces pays où la discrétion et la retenue font partie de la culture, la maîtrise de soi est un principe religieux qui dicte les rapports avec autrui. Le bouddhisme et plus encore le confucianisme invitent à dépasser ses émotions, à les contrôler. Laisser libre cours à des sentiments comme la douleur ou la colère en public est ressenti comme un signe de faiblesse, en se laissant aller, on risque de perdre la face. Je redoutais d’autant plus ce tournage au Cambodge, un pays encore traumatisé par trente ans de guerre.

Ce n’est ni le premier jour, ni le deuxième, ni même le troisième jour que tout a basculé. Après une semaine d’entretiens intensifs avec des ouvrières d’usines de soierie, la digue a rompu, les sentiments ont déferlé brusquement, impossible de les arrêter. Les femmes se sont mises à parler de la guerre, du génocide, de la violence et de la difficulté de repartir à zéro. Elles pleuraient, juraient, accusaient. Elles parlaient fort, elles se livraient enfin. C’était comme si, après trente années de terreur, le vernis culturel qui les protégeait craquelait de toutes parts. Tout à coup, leurs émotions devenaient palpables. Ces femmes étaient aussi pleines de vitalité. Aucune ne se contentait de regarder en arrière. Elles puisaient leur énergie dans la colère, bien décidées à se construire une vie meilleure. La douleur leur servait de moteur pour l’avenir. Et elles arrivaient à exprimer leurs émotions par les mots.

Il y a eu aussi des moments très forts avec d’autres protagonistes du film, notamment un ancien soldat et policier qui a le sentiment d’avoir été floué par le gouvernement actuel et qui souffre de cauchemars et de dépressions. Nous avons aussi rencontré un ancien Khmer rouge, qui nous a raconté comment, de victime, il est un jour devenu bourreau. C’était comme si les âmes étaient à nu au Cambodge.

Edité le : 29-01-07
Dernière mise à jour le : 29-01-07


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