Vendredi 13 avril 2007 à 22h15 - 29/09/08
Manu Katché - “La musique est partage”
Propos recueillis par Sylvie Dauvillier
Dans Manu Katché - One shot not, le batteur tient scène ouverte et propose un brassage salutaire de musiques live. Il parle de son projet avec l’enthousiasme et la pêche qui le caractérisent.
Comment est née cette émission ?
J’avais l’idée en tête depuis un moment. J’ai aimé Taratata, surtout quand le plateau s’ouvrait à la scène étrangère, puis l’émission de Guillaume Durand. Il est dommage que la musique live soit si rare à la télévision française, variété mise à part. Un désert en comparaison de l’Amérique du Nord où le saxophoniste David Sanborn invitait la crème des musiciens dans Night music sur NBC, ou de l’Angleterre où l’underground défilait sur la BBC dans Later with Jools Holland. Bien sûr, il y avait L’écho des bananes et Les enfants du rock, mais c’était il y a vingt ans ! Ou encore Albert Raisner… Finalement, il me semble que c’était plus riche quand j’étais enfant. La musique, live à l’origine, est partage. Autrefois, il y avait les chansonniers de la rive gauche, du jazz dans tous les clubs ; plus récemment il y a eu la scène latino-américaine à la Bastille. Dès que des musiciens jouent, les gens sont séduits. C’est tellement jubilatoire de se souvenir d’un concert, excitant de voir en gros plan les doigts d’un musicien courir sur une guitare ou un clavier. Alors pourquoi la musique live n’a-t-elle pas sa place sur le petit écran ? Comme j’ai mis un pied à la télé via La nouvelle star de M6, j’ai eu envie de faire aboutir ce projet.
Comment votre envie s’est-elle concrétisée ?
Quand j’en ai parlé à Renaud Le Van Kim, réalisateur de La nouvelle star pour les deuxième et troisième saisons et fan de musique, il a songé à ARTE, qui a immédiatement suivi avec enthousiasme. Moi qui me sens très européen – j’ai joué avec des Croates, des Italiens, des Allemands, des Polonais, etc. –, je suis fier de faire cette émission pour une chaîne européenne, diffusée dans quinze pays. Car la musique ignore les frontières.
L’idée est de faire de ce plateau un lieu de vraies rencontres. One shot not se veut d’abord un brassage de genres et d’êtres humains. Tout est filmé de A à Z. On voit aussi bien le plateau que le technicien qui n’obtient pas le retour qu’il cherche, les secrets de fabrication, les tensions… Une démarche à rebours du côté “paillettes” généralement montré à la télévision. Des images d’archives retracent les carrières des artistes invités. Nous tournons aussi des séquences en amont. Pour cette première, je vais à la rencontre de Bryan Ferry. L’intérêt : écouter et (re)découvrir ce monsieur de 62 ans, qui a marqué la pop depuis Roxy Music. Pas à travers le single de son dernier album, mais par exemple en revenant sur Slave to love. Tout est permis !
Vous êtes musicien. Qu’est-ce que cela apporte à l’émission ?
Une plus grande fluidité dans le dialogue. Avec Bryan Ferry, nous avions beaucoup en commun : des lieux, des musiciens, des idées… Mais si nous partageons des codes, nous devons veiller à ne pas exclure le public. En tant que musicien, il m’est aussi plus facile de suggérer à quelqu’un d’autre de jouer de telle ou telle manière. Enfin, comme les artistes me connaissent, cela simplifie les rapports. La plupart des musiciens se réjouissent à la perspective de se mélanger. Ils se rencontrent finalement assez peu, hormis lors d’événements comme le Live Aid, qui génèrent d’ailleurs à chaque fois une euphorie parmi eux.
Quelle est l’ambition artistique de One shot not ?
Je voudrais réussir à mélanger le jazz, la pop, le rock des dinosaures et la scène underground, qui fourmille d’artistes renversants, dans une réelle
interactivité. Tous les titres interprétés existent, qu’ils appartiennent à des musiciens présents ou pas. Dans la deuxième émission, j’inviterai Lenny Kravitz et Peter Gabriel – que j’espère convaincre de se mettre à la batterie comme je l’avais fait lorsque je jouais avec lui. Ce qui m’intéresse surtout, c’est la nouvelle génération et celle d’après. Beaucoup de jeunes font de la musique et je veux leur offrir une occasion de se faire connaître. Sans être un porte-drapeau, je serais ravi d’en accueillir dans One shot not. C’est difficile aujourd’hui, même si, avec MySpace et le Web, la musique échappe au monopole des maisons de disques. J’envisage aussi de présenter une espèce de revue des albums que j’ai aimés. Quand j’étais môme en banlieue, j’allais chez les petits disquaires parisiens – Clémentine, Music’action – pour m’initier aux nouveautés. J’aimerais aussi proposer un coup de coeur et qu’à la fin de l’émission, cerise sur le gâteau, cet artiste joue pendant six minutes, sans commentaire ni interview.
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Manu Katché, One Shot Not
Vendredi 13 avril 2007 à 22h15
Rediffusion mercredi 18 avril à 01h10
Proposé par Manu Katché
Réalisation : Renaud Le Van Kim (France, 2007, 52mn)
Coproduction : ARTE France, KM Productions
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Edité le : 23-03-07
Dernière mise à jour le : 29-09-08