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20/05/04

Marseille

Allemagne 2004, 1h35
Scénario et réalisation : Angela Schanelec
Avec Maren Eggert, Alexis Loret, Marie-Lou Sellem, Devid Striesow
Section Un Certain Regard
 
Synopsis : Une jeune photographe berlinoise, Sophie, décide de partir pour Marseille. Elle a besoin de changer de décor et désire mieux connaître cette ville dont elle ne sait rien. Quand elle revient à Berlin, peu de choses ont changé : ni dans la ville ni en elle-même. Elle est toujours éprise d'Ivan, le mari de sa meilleure amie. Alors, elle repart pour Marseille.
 
Critique: Il arrive que la beauté ne se révèle pas d'emblée, il y faut parfois un second regard, un regard plus affûté, plus profond, qui sonde lentement la surface pour mieux la pénétrer. Dans MARSEILLE, ceci est vrai tant pour le film que pour son personnage principal Sophie (Maren Eggert). Au premier abord, il y a en elle et dans ce qu'elle fait quelque chose de très quelconque. S'il ne s'agissait pas d'un film, on passerait à côté de Sophie sans la voir. Mais Angela Schanelec veille à orienter notre regard. Elle nous montre Marseille avant tout au travers des photos que fait Sophie, et qu'elle colle au mur avec du scotch.
 
D'emblée, le film adopte le rythme (lent) de sa protagoniste. Il s'attarde souvent de longues minutes sur un plan, minutieusement choisi par le chef opérateur Reinhold Vorschneider. Selon le tempérament du spectateur, cette lenteur peut lui devenir insupportable ou le mener vers une forme d'état contemplatif. De surcroît, la réalisatrice évite délibérément les scènes d'action, préférant se concentrer sur le moment qui suit. Sophie par exemple est agressée, mais on ne la voit qu'après, quand elle est au poste de police.
Angela Schanelec fait une large place au hasard, et dit : « Tous mes films reposent sur l'idée qu'une part importante de la vie est insaisissable, pleine de malentendus et d'événements fortuits. Les personnages s'opposent à ce sentiment d'impuissance, et tentent avec plus ou moins de constance d'aller à l'encontre de cette fatalité ». Ainsi, le voyage de Sophie n'est pas seulement un périple à la découverte de Marseille, c'est avant tout un voyage initiatique où Sophie apprend à mieux se connaître.
 
L'histoire du film se livre sans prétention aucune dans les dialogues et les images. Ainsi, sans explications superflues, la cinéaste montre l'activité professionnelle d'Ivan, qui lui aussi est photographe et réalise des portraits d'ouvrières dans une usine. Dans des moments comme celui-ci, le film prend toute son intensité et donne en peu de temps un grand nombre de détails sociologiques intéressants.
 
La mer, même si elle était déjà présente depuis longtemps dans la tête du spectateur, ne nous est montrée que dans le dernier plan du film, et de façon assez diffuse. Sophie vêtue d'une robe jaune marche sur la plage au bord de l'eau dans la lumière du soleil couchant. Très vite, la lumière s'estompe. Elle a perdu tous ses objets de valeur, et ne sait pas ce que sera demain. Pourtant elle dégage (et le film avec elle) une étonnante légèreté dans cette dernière image.
 
Nana A.T. Rebhan

 

Edité le : 19-05-04
Dernière mise à jour le : 20-05-04