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ARTE Journal -29 mars 2010 - 30/03/10

Massacre de Srebrenica : témoignages

Kada Hotic et Ramiza Gordic sont engagées dans dans l'association des Mères de Srebrenica. Toutes deux habitaient à Srebrenica, avec leurs familles. Elles n'oublieront jamais le 11 juillet 1995, lorsque Ratko Mladic et ses sanguinaires troupes ont pris l'enclave musulmane... Des témoignages recueillis par Yannick Cador et Emmanuel Royer pour ARTE Journal.

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Kada Hotic :
«Je m'appelle Kada Hotic et j'aurai 65 ans au mois de mai.»

Ramiza Gordic :
«Je m'appelle Ramiza Gordic , je suis née en 1953.»

Kada Hotic :
« Mon mari était en poste en Croatie. Je lai rejoint là-bas. J'ai eu deux enfants. Mon fils Samir est né en Croatie en 1966. Ma fille Leila est née en 1974 à Srebrenica où nous étions revenus vivre.»

Ramiza Gordic :
«Je suis née à Visegrad. Je me suis mariée à Srebrenica en 1971. J'avais déjà un fils. J'en ai eu un autre, Mustafa, en 1975. Je ne lai enterré qu'en 2005. Et puis j'ai eu une fille Samia en 1988. Je vis avec elle maintenant.»


Le témoignage

Kada Hotic :
«La guerre a éclaté en 1992, après ces belles années. J'ai passé toute la guerre à Srebrenica avec mon fils et mon mari. Ma fille faisait ses études à Tuzla. On a survécu tant bien que mal jusqu'en 1995, en tout cas, il n'y avait pas de combats.» Quand la grande offensive serbe a commencé, les soldats de l'ONU ont quitté leur poste à Srebrenica, ils sont partis et ont regagné la base du bataillon hollandais. Il s'étaient installés à Potocari, c'était une ancienne usine de batteries de voitures.»

Ramiza Gordic :
« Le matin, j'écoutais la radio, une station serbe, on n'en avait pas d'autre. Ils expliquaient qu'ils étaient déjà à Bratunac et qu'ils allaient occuper Srebrenica. Ils disaient qu'ils allaient détruire la ville et que personne n'en sortirait vivant. C'est Mladic qui le disait. »

Kada Hotic :
« Tout ce qu'on recevait c'était des tirs d'obus serbes qui tombaient sur la population. Un obus est tombé devant la poste, j'habitais dans un immeuble juste à côté. Nous sommes sortis avec mon fils et mon mari. On entendait les serbes chanter des chansons horribles sur les musulmans. Ils tiraient, mettaient le feu partout et les gens s'enfuyaient. Ceux qui avaient deviné que lONU ne nous aiderait pas sont partis vers la forêt pour tenter de s'échapper mais la plupart des gens sont allés à Potocari.»

Ramiza Gordic :
« On s'est préparés pour aller à Potocari mais j'ai rencontré mon beau frère qui ma dit qu'il y avait déjà des soldats serbes là-bas. Il a conseillé à mon mari et à mes fils de fuir par la forêt. J'ai voulu garder Mustafa avec moi mais je n'ai pas pu. Quand on s'est séparés à un carrefour, mon fils ma dit : maman je ne te verrais plus jamais.»

Kada Hotic :
« Mon fils et mon frère Mustafa se sont dirigés vers la forêt. Il y avait une telle confusion, je n'ai pas eu le temps de dire au revoir à mon fils. Il s'était déjà éloigné de quelques dizaines de mètres quand je lai appelé : Samir ! et je lui ai crié bonne chance. Je n'ai vu que son profil, il ma fait un signe de la main et puis il est parti. Je ne lai jamais revu et je n'ai toujours pas retrouvé son corps.»

Ramiza Gordic :
«Le lendemain, des soldats serbes arrivaient de partout, de Srebrenica et puis d'autres villages. Quand Krstic et Mladic sont arrivés, j'ai enlevé mes boucles d'oreille, celles de ma fille et puis nos bagues.»

Kada Hotic :
«Des gens avec des caméras sont arrivés. Mladic étaient là. Les serbes ont commencé à distribuer des bonbons aux enfants et puis de l'eau et du pain. Mais ca na pas duré. Les caméras se sont éteintes. J'étais assez près de Mladic. Il était entouré de 5 ou 6 soldats, il était très fier. Il leur a dit : mes frères serbes profitez de cette occasion, vous n'en aurez plus jamais de pareille. La déportation a commencé. Des véhicules, des bus, des camions sont arrivés. Ils étaient garés le long de la route. Les gens se sont dirigés très lentement vers les bus. Je ne sais pas combien d'heures j'ai attendu avec mon mari et ma sœur avant d'atteindre la rampe où on nous embarquait un par un dans les bus. »

Ramiza Gordic :
«J'ai perdu 38 membres de ma famille. Parmi les très proches, deux fils, mon mari, mon beau frère, son fils, ma belle sœur et son fils.»

Kada Hotic :
«Un soldat s'est approché et a pointé le canon de son arme sur la nuque de mon mari. Il la emmené vers les champs de maïs. A ce moment là, je ne ressentais plus rien. Je n'avais pas peur, je n'étais pas triste, j'étais complètement vidée. Je n'ai rien dit. Je suis montée dans le bus comme un robot et nous sommes partis. C'est seulement au moment où le chauffeur a mis de la musique que j'ai senti la révolte monter en moi.»

Ramiza Gordic :
«Je ne peux plus faire confiance aux bourreaux, je ne peux plus les croire et je ne pourrais jamais leur pardonner. C'est impossible, il n'en est pas question. »

Témoignages recueillis Par Yannick Cador et Emmanuel Royer

Edité le : 29-03-10
Dernière mise à jour le : 30-03-10


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