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Agnès de ci de là Varda

Série de chroniques, filmées par Agnès Varda avec une petite caméra au cours des deux dernières années à l’occasion de ses voyages, et commentées par elle.

> L'oeuvre : les vanités

Agnès de ci de là Varda

Série de chroniques, filmées par Agnès Varda avec une petite caméra au cours des deux dernières années à l’occasion de ses voyages, et commentées par elle.

Agnès de ci de là Varda

13/12/11

Memento mori* et autres petites histoires de la mort

(* Souviens-toi que tu mourras) | Agnès de ci de là Varda, épisode 5 - Vendredi 23 décembre 2011 à 23h 25


Focus sur la figure des Vanités ou l'art comme moyen d'amadouer la mort.

Macabre ou souriante, la mort ne cesse de montrer son visage. La grande faucheuse traverse les époques et les cultures, renouvelant inlassablement ses apparitions pour rappeler aux hommes la vanité de leurs activités terrestres. Et toujours les hommes ont tenté d’amadouer celle qui nous effraie tant. Sa représentation est même devenue un véritable genre artistique : des memento mori antiques aux Vanités des XVIe et XVIIe siècles, des Danses Macabres médiévales à la Fête des morts mexicaine.


Gravure de La Danse Macabre peinte en 1425 au cimetière des Saints-Innocents, 1485

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les memento mori antiques sont des invitations à jouir de la vie. Chez nos ancêtres romains, imprégnés de stoïcisme et d’épicurisme, les squelettes peints sur des poteries s’accompagnent le plus souvent d’exclamations : « Jouis tant que tu es en vie, le futur est incertain ».



Memento mori, milieu du Ier siècle ap J.-C. Mosaïque polychrome


Si la célèbre mosaïque de Pompéi rappelle la fragilité de l’existence et la caducité des biens matériels, elle est en même temps une invitation à cueillir le jour : carpe diem.
 
« Pour l’habitant de Paris, New York ou Londres, la mort est ce mot qu’on ne prononce jamais parce qu’il brûle les lèvres. Le Mexicain, en revanche, la fréquente, la raille, la brave, dort avec, la fête, c’est l’un de ses amusements favoris et son amour le plus fidèle. » Octavio Paz
 
Pareil optimisme se retrouve dans les civilisations préhispaniques. Partie intégrante de la vie, la mort s’inscrit dans un cycle sans fin de disparitions et de renaissances, un éternel retour à célébrer et non à déplorer. Pour les Mayas, le dieu Quetzalcoatl (« serpent à plumes ») serait revenu de l’infra-monde avec les ossements et les cendres d’humanités antérieures pour créer la nouvelle humanité. Aussi, l’art précolombien abonde t-il en crânes décorés de pierres précieuses, symboles de fécondité, et la tradition, vieille de plus de 3000 ans, veut que l’on chante et mange sur les tombes des défunts lors de la Fête des Morts (Dia de Muertos ou Todos Santos).





« La perspective certaine de la mort pourrait mêler à la vie une goutte délicieuse et parfumée d’insouciance – mais, âmes bizarres d’apothicaires, vous avez fait de cette goutte un poison infect, qui rend répugnante la vie tout entière ! » F. Nietzsche
 
Pour les Chrétiens en revanche, la mort est synonyme de renoncement à la vie terrestre. Assimilée au péché originel et au Paradis perdu, ses représentations seront satiriques et horrifiques au Moyen-Âge. Guerre de Cent Ans, peste noire, famines : on voit à alors apparaître les thèmes du Dit des trois morts et des trois vifs - rencontre de jeunes aristocrates et de leurs doubles décomposés -, du Triomphe de la mort - squelette juché sur un cheval fauchant les vivants -, et des Danses Macabres dans lesquelles des personnages de toutes conditions sociales sont entrainés au tombeau par des cadavres.

Aux XVI et XVIIe siècle, le renouveau de la foi chrétienne est le creuset où se réinventent les Vanités. Au Nord, la sévérité calviniste donne la prévalence aux compositions d’objets symbolisant le caractère transitoire de l’existence humaine : crânes, sabliers, bougies, ouvrages littéraires et instruments scientifiques livrent le message de l’Ecclésiaste : « vanité des vanités, tout est vanité ».


Cornelis Norbertus Gijsbrechts

Au Sud, le mysticisme extatique des Jésuites favorise les représentations passionnées de saints exemplaires. Face à un crâne, Saint-Jérôme fait acte de pénitence et chemine, de dépouillement en renoncement, vers la Rédemption.



Francisco de Zurbaran, Saint François agenouillé, vers 1635. Huile sur toile.


Après trois siècles d’absence, les Vanités sont de retour dans l’art contemporain. Dans un Occident en grande partie déchristianisé, celui de la « mort plate » sans espoir de Vie éternelle, les représentations allégoriques de la grande faucheuse balancent désormais entre le sérieux le plus sombre d’un Christian Boltanski et l’ironie la plus mordante des frères Chapman.
 
Et pour terminer, voici une danse macabre version Walt Disney, The Skeleton Dance :
 



Sarah Ihler-Meyer


Episode 5

vendredi, 30 décembre à 09h15

Agnès Varda se promène dans les couloirs du musée Maillol et de la Fondation Pierre-Bergé-Yves-Saint-Laurent.


Edité le : 02-12-11
Dernière mise à jour le : 13-12-11