
Gravure de La Danse Macabre peinte en 1425 au cimetière des Saints-Innocents, 1485
Aussi surprenant que cela puisse paraître, les memento mori antiques sont des invitations à jouir de la vie. Chez nos ancêtres romains, imprégnés de stoïcisme et d’épicurisme, les squelettes peints sur des poteries s’accompagnent le plus souvent d’exclamations : « Jouis tant que tu es en vie, le futur est incertain ».

Memento mori, milieu du Ier siècle ap J.-C. Mosaïque polychrome
Si la célèbre mosaïque de Pompéi rappelle la fragilité de l’existence et la caducité des biens matériels, elle est en même temps une invitation à cueillir le jour : carpe diem.
« Pour l’habitant de Paris, New York ou Londres, la mort est ce mot qu’on ne prononce jamais parce qu’il brûle les lèvres. Le Mexicain, en revanche, la fréquente, la raille, la brave, dort avec, la fête, c’est l’un de ses amusements favoris et son amour le plus fidèle. » Octavio Paz
Pareil optimisme se retrouve dans les civilisations préhispaniques. Partie intégrante de la vie, la mort s’inscrit dans un cycle sans fin de disparitions et de renaissances, un éternel retour à célébrer et non à déplorer. Pour les Mayas, le dieu Quetzalcoatl (« serpent à plumes ») serait revenu de l’infra-monde avec les ossements et les cendres d’humanités antérieures pour créer la nouvelle humanité. Aussi, l’art précolombien abonde t-il en crânes décorés de pierres précieuses, symboles de fécondité, et la tradition, vieille de plus de 3000 ans, veut que l’on chante et mange sur les tombes des défunts lors de la Fête des Morts (Dia de Muertos ou Todos Santos).

« La perspective certaine de la mort pourrait mêler à la vie une goutte délicieuse et parfumée d’insouciance – mais, âmes bizarres d’apothicaires, vous avez fait de cette goutte un poison infect, qui rend répugnante la vie tout entière ! » F. Nietzsche
Pour les Chrétiens en revanche, la mort est synonyme de renoncement à la vie terrestre. Assimilée au péché originel et au Paradis perdu, ses représentations seront satiriques et horrifiques au Moyen-Âge. Guerre de Cent Ans, peste noire, famines : on voit à alors apparaître les thèmes du Dit des trois morts et des trois vifs - rencontre de jeunes aristocrates et de leurs doubles décomposés -, du Triomphe de la mort - squelette juché sur un cheval fauchant les vivants -, et des Danses Macabres dans lesquelles des personnages de toutes conditions sociales sont entrainés au tombeau par des cadavres.
Aux XVI et XVIIe siècle, le renouveau de la foi chrétienne est le creuset où se réinventent les Vanités. Au Nord, la sévérité calviniste donne la prévalence aux compositions d’objets symbolisant le caractère transitoire de l’existence humaine : crânes, sabliers, bougies, ouvrages littéraires et instruments scientifiques livrent le message de l’Ecclésiaste : « vanité des vanités, tout est vanité ».

Cornelis Norbertus Gijsbrechts
Au Sud, le mysticisme extatique des Jésuites favorise les représentations passionnées de saints exemplaires. Face à un crâne, Saint-Jérôme fait acte de pénitence et chemine, de dépouillement en renoncement, vers la Rédemption.

Francisco de Zurbaran, Saint François agenouillé, vers 1635. Huile sur toile.
Après trois siècles d’absence, les Vanités sont de retour dans l’art contemporain. Dans un Occident en grande partie déchristianisé, celui de la « mort plate » sans espoir de Vie éternelle, les représentations allégoriques de la grande faucheuse balancent désormais entre le sérieux le plus sombre d’un Christian Boltanski et l’ironie la plus mordante des frères Chapman.
Et pour terminer, voici une danse macabre version Walt Disney, The Skeleton Dance :
Sarah Ihler-Meyer







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