Le 19 janvier 2001, la vie de Vera a complètement basculé. Après un arrêt cardiaque, elle a oublié ce qu’était sa vie avant son accident et plus particulièrement depuis son 30ème anniversaire: "Quand je suis sortie du coma, je ne savais même plus qui j’étais et encore moins qui étaient les autres. Il a fallu que je réapprenne tout petit à petit. Au début, je passais des heures entières à regarder mes albums photos. J’essayais de me remettre en situation, c’était comme aller à la pêche aux indices." Sans ses nombreux pense-bêtes et calendriers, il serait impossible pour Vera de gérer son quotidien. Ses pertes de mémoire ne touchent pas uniquement son passé, elles touchent aussi son présent: "Au début, que je ne savais même pas comment commencer ma journée. J’étais obligée de noter qu’après m’être levée à 7 heures, il fallait encore me laver, préparer mes vêtements, m’habiller, et puis déjeuner. "Chaque semaine, le neuropsychologue Hans-Joachim Markowitsch de l’Université de Bielefeld reçoit 4 ou 5 personnes qui ont perdu la mémoire. Souvent, l’amnésie a été provoquée par une souffrance du métabolisme cérébral: "Lorsqu’un arrêt cardiaque dure trop longtemps, cela peut provoquer des dommages dans différentes régions du cerveau et en particulier au niveau du cortex cérébral temporal qui se trouve à ce niveau-là. Cela engendre une hypoxie – un manque d’oxygène – qui peut entraîner des troubles de la mémoire. On n’arrive plus à se souvenir du passé ou à mémoriser de nouvelles informations."
C’est aussi ce qui est arrivé à Léon suite à une méningite. Lorsqu’il est sorti du coma, Paris - sa ville natale –– lui est devenue totalement étrangère. Il n’arrivait plus à retrouver son chemin ni à s’orienter dans l’espace. Les anciens itinéraires, les rues et les bâtiments autrefois familiers ne lui disaient plus rien du tout. Les médecins, neuropsychologues et ergothérapeutes de la Pitié Salpêtrière, à Paris, se sont spécialisés sur ces troubles de la mémoire. Ils sont parvenus à découvrir l’origine des problèmes de Léon: L’infection a laissé des séquelles au niveau de l’hippocampe.
L’hippocampe est primordial dans l’orientation spatiale et temporelle.
Elle joue également un rôle essentiel dans de nombreux autres processus de la mémoire. Les scientifiques ont découvert que l’hippocampe et le cortex rhinal constituaient une porte d’accès vers notre mémoire, une sorte de centrale de commande de nos souvenirs. C’est l’hippocampe qui transmet toutes ces données de types dates et chiffres à l’hémisphère gauche du cortex cérébral où ils sont stockés dans la mémoire à long terme. Juste à côté, dans l’hémisphère droit du cerveau, se situe la mémoire autobiographique, autrement dit celle qui nous restitue les renseignements concernant notre passé. Toutes les informations perçues de manière inconsciente, comme les sensations ou l’odorat, sont stockées dans les deux hémisphères du cerveau. Concernant les apprentissages moteurs comme marcher ou conduire une voiture, ceux-ci sont gérés par la mémoire procédurale située dans le cervelet et les noyaux de la base.
A l’aide d’appareils ultra-perfectionnés comme l’IRM, il est désormais possible d’observer l’hippocampe en plein travail. On a demandé à des patients d’observer différentes images à l’aide de lunettes vidéo. Pendant l’examen, ceux-ci sont allongés dans le tunnel de l’IRM et les chercheurs mesurent ce qui se passe à l’intérieur de leur cerveau. Ils peuvent, ainsi, observer les processus de mémoire.
La mémoire est essentiellement émotionnelle.
A l’aide de cette méthode, l’équipe de chercheurs du CHU de Bonn peut également observer ce qui se passe à l’intérieur de notre cerveau quand nous sommes tristes, furieux ou encore joyeux. Le système émotionnel joue un rôle très important sur ce qui doit être stocké dans notre mémoire à long terme. Les amygdales cérébrales sont particulièrement actives en ce moment. Elles facilitent le stockage des informations dans notre cerveau. Autrement dit, on a plus de facilités à se souvenir des événements chargés émotionnellement que des événements neutres. Seule une infime partie du flot d’informations que nous enregistrons chaque jour reste conservée dans notre mémoire à long terme. Pour cela, il faut que l’hippocampe et le para-hippocampe situé juste au-dessous soient activés en même temps. C’est notamment ce qui se passe lorsque nous sommes confrontés à un événement émotionnel important. Selon le docteur Markowitsch, cela pourrait s’expliquer par la biologie de l’évolution: "Pour pouvoir survivre, il nous est indispensable de retenir tous les événements négatifs qui nous sont arrivés. On doit pouvoir différencier nos ennemis de nos amis. C’est la raison pour laquelle notre cerveau traite en priorité les émotions négatives. Il est possible que les personnes souffrant de troubles cérébraux s’intéressent plus aux informations négatives et aient tendance à voir le monde de manière plus sombre."
Traitement:Le seul moyen de traiter les troubles de la mémoire, c’est l’entraînement ! Surtout au cours des deux premières années suivant le traumatisme car c’est à ce moment-là que l’on peut réapprendre le plus de choses. Pour les patients ayant de bonnes capacités intellectuelles, l’entraînement peut reposer sur des jeux de stratégie dans lesquels la mémoire intervient beaucoup.
Les personnes en bonne santé peuvent, elles aussi, exercer leur mémoire. Car chez une personne saine, les facultés de mémorisation commencent progressivement à décroître à partir de 30 ans. Dans cette association, les participants apprennent, par exemple, à retenir dès la poignée de main le nom de famille de leur interlocuteur. Pour cela, il suffit d’associer le nom à une image. La combinaison de pense-bêtes imagés et de mouvements est considérée comme une méthode d’entraînement particulièrement efficace. L'orientation dans l’espace fait travailler notre cerveau. Il tourne alors à plein régime. Si on lui en demande encore plus, comme par exemple faire des exercices de mémoire ou résoudre des problèmes, les associations d’idées peuvent nous permettre de décupler nos capacités.
Pour se souvenir d’une longue liste de commissions, on peut faire des rapprochements entre les objets de la liste et différents mouvements ou différentes parties du corps. Pour nous souvenir des informations stockées dans notre mémoire, il suffit de repenser aux différentes parties de notre corps. Les champions du monde de la mémoire utilisent cette technique pour s’entraîner. Ils peuvent ainsi retenir jusqu’à 8 000 informations différentes.
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HIPPOCRATE - Magazine de santé
Mardi 20 décembre 2004 à 14h45 Rédactrice en chef : Heidemarie Petters Une coproduction ZDF-ARTE G.E.I.E.






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