L'Ouganda est le pays d’Afrique qui parvient le mieux à juguler la pandémie, mais il est aussi celui qui compte le plus d'orphelins du sida au monde - 2 millions selon les estimations. Le sida ralentit les processus de développement, menace les bases économiques du pays et bouleverse sa culture. Il détruit les familles, décime des générations entières et modifie les familles élargies – épines dorsales des cultures africaines depuis toujours. Quand les parents meurent, les enfants doivent veiller les uns sur les autres. Contraints d’endosser le rôle de chef de famille, ces enfants débutent dans la vie avec un fardeau trop lourd.
En Ouganda, l’ONG NACWOLA (National Community of Women Living with AIDS) ¬a eu l’idée d’un projet très original : les parents sont invités à écrire l'histoire de leur famille dans des « Memory books » afin de laisser un souvenir à leurs enfants. Ceux-ci se préparent ainsi en douceur à la mort prochaine de leurs parents. Dans ces Livres souvenirs, on trouve surtout les récits de mères qui évoquent leur propre histoire et celle de leur famille.
Ces petits cahiers faits d’images collées et de textes écrits par des femmes et des hommes qui savent à peine lire et écrire sont très inhabituels dans un continent comme l'Afrique, où la tradition orale – récits et chants – prime largement sur la culture de l'écriture. Les Livres souvenirs aident les parents à mettre des mots sur leurs sentiments, leurs réflexions et leurs expériences, à transmettre leurs traditions et leurs valeurs, et à se confronter à la maladie - un processus difficile pour beaucoup d'Africains, peu enclins à parler de la mort tant qu'elle n’a pas franchi le seuil de leur maison. Les Livres souvenirs qui aident aussi les enfants à faire le deuil sont souvent leur bien le plus précieux.
«L’Afrique, on sait comment elle meurt. Mais on ne sait pas comment elle vit» a lancé l’écrivain suédois Henning Mankell au festival de la littérature de Berlin où il était venu présenter son livre I die but the memory lives on (Je meurs mais le souvenir demeure), dans lequel il parle de ses rencontres avec des Ougandais malades du sida, avec ces mères qui, pour leurs enfants, se racontent dans des Livres souvenirs, ainsi qu'avec les orphelins. Ce fut l'occasion pour l'auteure et réalisatrice Christa Graf d'entreprendre un long voyage d'étude au cœur de l'Afrique, avec le soutien de l'organisation humanitaire suisse «co-operaid » et d’une bourse du Deutsches Institut für Arztliche Mission (Institut allemand de la mission médicale).


Les protagonistes du film ont trouvé un moyen de vivre avec la maladie dans une grande dignité et en faisant preuve d’un esprit d’initiative. Cela leur donne une force qu’ils transmettent à leurs enfants. Grâce aux Livres de souvenirs, l'Ouganda a réussi, mieux que n’importe quel autre pays d’Afrique, à sensibiliser sa population à la maladie.






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