Ceux qui ont vu Juliane Köhler dans « Lq chute » sous les traits d’Eva Braun, la mondaine amante d’Hitler, écarquilleront les yeux : dans la fiction d’ARTE « Rendez-nous notre fille », la comédienne campe son personnage, Petra Kaminski, avec la même intensité, alors que, cette fois-ci, elle incarne une femme timorée qui lutte pour sa fille. Les Kaminski sont de petites gens qui s’occupent de leur mieux de leur petite Lona, 5 ans, dont ses camarades se moquent à l’école parce qu’elle ne sait pas compter et qu’elle a du mal à s’exprimer. Une assistante familiale est nommée pour aider les parents dans l’éducation de leur fille. L’entreprise tourne au cauchemar et les Kaminski finissent par se voir retirer leur progéniture. ARTE : Madame Köhler, le réalisateur Stephan Wagner tenait absolument à vous pour ce rôle. Pourquoi ?
Juliane Köhler : Moi aussi je lui ai posé la question. Il m’a répondu qu’il appréciait beaucoup ma capacité à me métamorphoser. Et donc à passer aussi complètement inaperçue, à faire en sorte qu’on remarque à peine ma présence. C’était très important pour lui dans ce rôle. Joli compliment pour une comédienne, n’est-ce pas ?
Comment êtes-vous entrée dans la peau de cette femme ?
Ça n’a pas été facile ! Je ne m’étais encore jamais frottée à l’univers des gens un peu attardés. Au début, nous nous sommes tous préparés avec le plus grand soin, en allant observer des gens dans divers organismes. Puis - heureuse surprise - nous nous sommes aperçus que sur le tournage, cela n’avait plus aucune espèce d’importance. Le thème central n’était plus soudain le QI des parents, mais seulement la question de savoir comment on réagit quand on vous retire la garde de votre enfant. Dans ce genre de situation, tous les parents réagissent pareil, peu importe leur quotient intellectuel.
Donc pour ce rôle, il était important pour vous d’être mère ?
Absolument ! Vous savez, il s’agit d’une histoire vraie, c’est à peine croyable ! Si quelqu’un des services sociaux sonnait demain à ma porte pour venir s’emparer de mes enfants, je réagirais exactement comme les Kaminski. Je ne saurais même pas qui appeler. Mais le pire, c’est que tout ce désastre a été provoqué par les services sociaux eux-mêmes. Une institution qui a mission d’assistance...
C’est aussi un film sur les défaillances humaines. Sur la fierté blessée d’une assistante familiale, sur la cupidité d’un organisme qui encaisse des sommes rondelettes pour chaque enfant placé…
Le film ne veut stigmatiser personne. Il reste sur le fil du rasoir et c’était là aussi la difficulté du tournage. D’un côté, on comprend que les services sociaux doivent intervenir pour garantir le développement mental de Lona. Mais de l’autre, on sent bien qu’il est intolérable de la séparer comme cela de ses parents, qu’il y aurait eu d’autres solutions. Le vrai problème, c’est l’incompétence...
A votre avis, à quel moment les services sociaux doivent s’ingérer dans les affaires familiales ?
Pas facile de répondre à cette question ! Moi, je suis foncièrement contre toute intervention. En tout cas avec cette rigidité ! Mais je reconnais qu’il existe des familles dans lesquelles les programmes d’assistance fonctionnent, où les assistants familiaux travaillent main dans la main avec les parents, où même de réelles amitiés se nouent. C’est le cas idéal. Bien sûr qu’il est utile d’aider les enfants de familles mentalement attardées pour leur offrir de meilleures possibilités. Parfois, j’imagine que même l’école peut fournir cette aide. Mais nos écoles à nous, c’est une vraie catastrophe !
Donc plutôt l’assistance à l’éducation que de « nouveaux parents » ?
De nouveaux parents, c’est absolument hors de question ! Même les parents les plus bêtes, on ne peut leur retirer leur enfant !
Ce film est basé sur une histoire vraie. Est-il fidèle à la réalité ?
Très fidèle. Sauf que dans la réalité, il s’agissait de deux enfants, qui ont d’ailleurs même été placés dans deux familles distinctes. Vous vous rendez compte : d’abord séparer les enfants des parents, puis les séparer l’un de l’autre ? C’est d’une bêtise effarante !
Avez-vous pu rencontrer cette famille avant le début du tournage pour lui parler ?
Non, nous ne le voulions pas. Lorsque nous avons commencé de tourner, la famille en question venait juste d’être recomposée. Cinq ans après la séparation, vous imaginez ? L’aînée avait déjà douze ans !
Le film a-t-il pour mission d’éclairer le public ?
Oui, je crois. Ce qui est vraiment grave, je trouve, c’est que rien n’a changé une fois que cette famille a été ballottée par toutes les instances juridiques de la république. Les problèmes auxquels elle était confrontée existent encore, sauf que personne n’en parle plus. Et les services sociaux sont toujours pleins de gens incompétents. Je trouverais formidable que le film puisse changer quelque chose.
Propos recueillis par Corinna Daus






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter