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50 incontournables du jazz

arte.tv et la rédaction jazz de la station de radio allemande SWR 2 présentent une nouvelle série intitulée : Les incontournables du jazz. Des entretiens avec (...)

50 incontournables du jazz

30 incontournables du jazz - 12/03/07

Miles Davis: « Birth Of The Cool »

par Harry Lachner

Le choix en sommaire


« Qu’avez-vous accompli d’important dans votre existence ? Pourquoi êtes-vous ici ? » demande à Miles Davis une dame de la bonne société, lors d’une réception donnée par le président des Etats-Unis Ronald Reagan. « Et bien, j’ai apporté à cinq ou six reprises des changements fondamentaux dans la musique, c’est pour cela que je suis ici », répond le trompettiste.
Bien que la modestie ne fasse pas partie de ses exceptionnelles vertus, Miles avait d’excellentes raisons de se montrer vaniteux, arrogant et également fier de ce qu’il a accompli pour le jazz. Les trois séances d’enregistrement avec son nouveau nonette en janvier et avril 1949 et en mars 1950, regroupées sous le titre « Birth of the Cool », ont marqué un tournant essentiel pour le jazz. La deuxième guerre mondiale est alors fini depuis 4-5 ans ; elle a ébranlé l’univers, et a également touché l’Amérique pragmatique.

L’existentialisme européen que Miles Davis a découvert lors de son séjour à Paris, a laissé des traces dans les écrits de la « beat generation ». La précipitation et le vitalisme sont soudainement remis en question, et un sentiment de méfiance voit le jour face à l’exhibition débridée des sentiments. On commence, en tout cas pendant une brève période, à ne plus considérer que la force de l’individu est absolue. Sur le plan musical, le rythme effréné du be-bop tourne à vide, ses transitions schématiques des thèmes et des solos ne servent plus qu’à répondre à des clichés.


A cette époque, Miles Davis cherche d’abord un nouveau son : il veut réconcilier le raffinement d’un « big band » avec la transparence d’une petite formation. « Au début, lorsque j’ai composé mon nonette, je voulais seulement Sonny Stitt au saxophone alto. Si j’ai pensé immédiatement à lui, c’est parce qu’il produisait un son proche de celui de Bird. Gerry Mulligan, quant à lui, voulait Lee Konitz, qui avait un son plus tendre, pas cette sonorité dure du be-bop. Gerry affirmait que ce son distinguerait le disque et le groupe de tous les autres. Il craignait que les musiciens de be-bop soient trop nombreux dans le groupe et qu’il n’en sorte rien de nouveau. J’ai suivi son conseil, et j’ai fait appel à Lee Konitz ».
Et effectivement, l’orchestration originale avec trombone, tuba, cor et saxophones, grâce au talent de l’arrangeur Gil Evans, atteint une légèreté qui permet de traduire la nouvelle complexité du « cool jazz ». Cette musique est à la fois calme et cristalline ; elle porte en elle autant d’énergie que celle de Charlie Parker et de Dizzy Gillespie, mais à un autre niveau, beaucoup plus abstrait et intellectuel. Les solos sont imbriqués de façon si raffinée qu’ils mettent moins en valeur chaque interprète que la sonorité globale de l’ensemble. La fonction des thèmes des morceaux de be-bop était jusqu’à présent de donner le départ des improvisations.

L’idée du « cool jazz » est que ces thèmes deviennent le plus artistiques possible, pour estomper graduellement la différence entre composition et improvisation. Miles Davis, chez qui on perçoit nettement l’influence de l’esthétique du pianiste Lennie Tristano et de ses musiciens, a atteint avec « Birth of the Cool » l’équilibre parfait entre intellect et émotion retenue.

Texte : Harry Lachner


Miles Davis
Birth Of The Cool
(CD : Capitol Jazz CDP7 92862)
(enregistré en 1949/50)








Miles Davis: Complete Birth Of The Cool (Doppel-CD: Definitive)

Edité le : 20-03-06
Dernière mise à jour le : 12-03-07