La traductrice traduit l’œuvre originale vers la langue locale, donc elle se place au début de la chaîne. Il faut d’abord numéroter toutes les pages et toutes les bulles du manga originales et traduire les textes. Après le renvoi d’une première version de traduction, une correctrice relit le texte, ainsi qu’une personne de l’éditorial chargée de la série chez l’éditeur et me renvoie le texte modifié. La traductrice relit une dernière fois et envoie la version finale chez l’éditeur. Puis, il y a le lettrage etc… Un vrai travail d’équipe en somme !
Mang'Arte : Quelles sont les qualités requises pour être traductrice dans ce domaine ?
Il faut évidemment bien connaître la langue de départ et celle d’arrivée. Le langage parlé est très présent et les mangas font souvent référence à la culture japonaise actuelle ( expression à la mode, jeux vidéo, stars, publicité…) sont nombreuses. Lorsque l’on connaît les expressions et références qui ne sont pas encore dans le dictionnaire, il n’y a pas trop de perte de temps. S’il faut faire des recherches c’est vraiment trop long et pas rentable. Mais heureusement, les traducteurs ont un grand allié : Internet.
Aimer et connaître l’univers manga est aussi un atout. En effet, les séries traduites en France sont souvent très longues et requiert fidélité et patience de la part du traducteur. Par exemple, la série Basara de chez Kana, vient enfin de se terminer au volume 25 et il reste encore quelques volumes d’histoires annexes !
Mang'Arte : Comment adaptez-vous le travail parfois complexe, d’un auteur sur des titres très japonisants ?
J’essaie toujours de rester fidèle au texte de départ. Cependant, la place dans une bulle est limitée et le japonais qui est plus compacte que le français nécessite moins de place. Donc il faut essayer d’être concis, tout en gardant le ton de la phrase. Si c’est trop long le lettreur s’arrache les cheveux ! Quand il n’y a pas de place pour expliquer un terme intraduisible en un ou deux mots, nous utilisons des astérisques de bas de page. Par exemple, certains personnages historiques ou marques connues par tous les japonais peuvent être inconnus pour les lecteurs occidentaux. Quand on sent qu’un terme est intéressant à développer, l’équipe éditoriale se charge d’en parler davantage dans les pages bonus en fin de volume.
Mang'Arte : Vous, qui rencontrez régulièrement des auteurs japonais de mangas, quel regard portent-t-ils sur leur œuvre traduite en français ?En général, ils sont fiers que leurs œuvres soient traduites et lues à l’étranger. Mais la majorité des auteurs ne lisent pas le français, donc ils ne peuvent juger de la traduction. En revanche, ils peuvent apprécier que l’on respecte l’équilibre de l’œuvre. J’ai vu dans une émission télévisée japonaise une interview d’Ikeda Riyoko qui était très émue de la traduction de La rose de Versailles (Lady Oscar est le titre de la série d’animation issue de cette oeuvre) en français car l’histoire se passe en France pendant la révolution.
Mang'Arte : Dans un manga, on pense souvent à l’auteur, à l’éditeur, mais très rarement au traducteur, pourtant on pourrait considérer que celui-ci fait lui aussi acte de création, et qu’à ce titre, il pourrait être mis en avant ?
Juridiquement, le traducteur de manga a un statut d’auteur car il adapte et fait acte de création. Personnellement, je trouve qu’il n’est pas nécessaire de le mettre en avant en particulier alors qu’il y a tellement d’autres personnes qui travaillent aussi pour la réalisation d’un manga.
Mang'Arte : Le manga évolue rapidement, des nouveaux albums ne cessent de paraître et un public de plus en plus large et pointu s’intéresse à ces productions, percevez-vous ces changements ?Oui, je perçois ces changements car je n’arrive plus à lire toutes les traductions françaises !
Propos recueillis par Emmanuel Raillard, septembre 2005
- Pour accéder aux autres entretiens, cliquez dans le menu déroulant.






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter