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10/02/10

Mobilisation au «Gängeviertel»

En Allemagne, des artistes s’associent pour résister aux requins de la spéculation immobilière et revendiquer leur droit à la ville. Illustration avec le quartier «Gängeviertel», à Hambourg.

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Le «Gängeviertel» est ce qui reste de l’ancien quartier ouvrier du centre de Hambourg. Insalubre, considéré comme un repaire de communistes et de délinquants par la municipalité, le quartier a presque été totalement rasé dans les années 60. En 2008, les rares vestiges qui restaient ont été vendus à un investisseur. Mais la résistance s’est organisée. En août 2009, près de 200 artistes de Hambourg ont pris possession d’immeubles voués à la destruction.

Christine Ebeling - porte-parole de l’association «Gängeviertel» : "A Hambourg, la majorité des artistes ont beaucoup de mal à obtenir des ateliers bon marché. Soit ils peuvent les occuper à titre provisoire, soit ils squattent des bâtiments destinés à la démolition. En clair, ils sont obligés de déménager sans arrêt, au mieux tous les deux ans. Beaucoup d’ateliers ont déjà disparu de cette manière. Tout le monde a conscience que si ces bâtiments sont détruits à leur tour, c’est un morceau de l’histoire de Hambourg qui va disparaître. Et nous avons voulu empêcher ça."

Un quartier historique défiguré par des tours de verre et de béton dont les loyers ne sont accessibles qu’aux gros revenus. C’est ici que les artistes ont décidé de squatter. Si l’opération avait été menée par des punks ou des SDF, les médias auraient sans doute réagi autrement, mais en l’occurrence, même le groupe de presse ultraconservateur Springer, qui a des locaux dans le quartier, se réjouit de la revitalisation culturelle du centre-ville.

Bernd Begemann - Musicien : "Même les gens qui votent libéral ou conservateur comprennent qu’on ne peut pas brader les choses comme ça. Tu ne peux pas brader le centre-ville aux promoteurs et espérer qu’ils en feront quelque chose de sympa. Parce que ça ne sera pas le cas. Pour avoir leurs déductions fiscales, ils vont construire des bureaux qui resteront vides et qui ne serviront à personne. Tout le monde est d’accord pour dire qu’on ne peut pas laisser faire ça dans un centre-ville. S’ils veulent spéculer sur des zones inondables, ça les regarde, mais pour le Gängeviertel, il faut un vrai projet d’urbanisme."

Les médias et l’opinion publique du côté des squatteurs, c’est nouveau. Un signal politique dont Karin von Welck, sénatrice déléguée à la Culture, a pris conscience. « La tendance générale à Hambourg, notamment grâce au soutien des médias, a été de dire que la préservation du patrimoine dans le Gängeviertel, est un combat commun qui doit être mené de front par l’ensemble de la classe politique. » déclare-t-elle. Mais la préservation du patrimoine ne fait pas tout. Christine Ebeling, porte-parole de l’association «Gängeviertel» souligne la nécessite d’une politique culturelle plus adaptée à l’identité de la ville. Le débat ne date pas d’hier. Depuis quelques années, un réseau d’activistes venus d’horizons divers tente de se réapproprier la ville. Le cas des Gängeviertel a eu le mérite de sensibiliser l’ensemble de l’opinion au problème.

La pétition "Not In Our Name"


La politique culturelle de Hambourg se concentre surtout dans quelques projets phare ruineux et tapageur, comme la philharmonie de l’Elbe. La ville veut promouvoir l’image de marque de Hambourg et pour ce faire, elle mise principalement sur l’événementiel. Une tendance à laquelle s’oppose la pétition «Not In Our Name», lancée par des musiciens et des artistes. Parmi les signataires, Bernd Begemann. Il est l’une des grandes figures de la musique à Hambourg depuis la fin des années 80. Il sort pratiquement un album par an : de la pop mature, agrémentée d’expériences sonores originales.

Bernd Begemann : "A Hambourg, beaucoup de gens adhèrent au discours de certains artistes et intellectuels pour lesquels il n’est pas bon que le destin de la ville soit laissé aux mains d’une minorité, d’une poignée de personnes qui décideraient comment et par qui la ville doit être représentée. J’ai signé cette pétition parce que ce mode d’action me plaît et parce que je pense que la ville a besoin d’un débat comme celui-ci."

La Guerilla Gardening munichoise


De Hambourg, on passe à Munich, dans le sud de l’Allemagne. Ici aussi, certains contestent à la municipalité l’exclusivité de la gestion de l’espace public. Gaby Kourkgy et l’association écolo Green City – ville verte se sont lancés dans une forme d’activisme originale : la guérilla gardening.

Gaby Kourkgy : "La guérilla gardening est une nouvelle forme d’activisme, à la fois de contestation et d’aménagement de l’espace urbain. Pour les riverains, c’est la possibilité de participer à l’aménagement de leur environnement. L’idée est de ne pas tout laisser à la municipalité mais de se réapproprier l’espace public et de contribuer à le rendre plus agréable et à le mettre en valeur, selon leurs propres critères esthétiques."

Armées de râteaux, de pelles et de sachets de graines, ces nouveaux jardiniers parcourent les rues de Munich pour embellir l’espace urbain. C’est illégal, mais souvent très réussi. Une action qui s’inscrit dans le débat sur la ville rendue à la créativité des citoyens.

Gaby Kourkgy : "L’aménagement d’une ville est une mode d’expression, et d’une certaine manière, chaque mode d’expression, c’est de l’art. De ce point de vue-là, les endroits où on plante des organismes vivants deviennent des petits espaces d’expression créative."

Le résultat des actions


Dans le Gängeviertel, l’aménagement de la ville de demain prend forme, aussi bien dans la théorie que dans la pratique. Le quartier vient d’être racheté par la municipalité. Une victoire mais surtout une incitation à poursuivre la lutte.

Liens


Vidéo

Gängeviertel - Aktion "Komm in die Gänge"

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mardi, 16 février 2010 à 05:00
Pas de rediffusion
(Allemagne, 2010, 52mn)
ZDF

Edité le : 10-02-10
Dernière mise à jour le : 10-02-10