
de Stephen Hopkins
avec Geoffrey Rush, Sonia Aquino, Stephen Fry, Charlize Theron, Emily Watson, Stanley Tucci...
Compétition Officielle Cannes 2004
Un DVD Océan
Critique : Longtemps après la vision de ce film, il reste un sentiment persistant de tristesse et de déception mêlée. Est-ce la faute à l’autodestruction systématique et compulsive de Peter Sellers ou au film à proprement parler ? Mystère et boule de gomme. Le générique à la « What’s New Pussycat » en dessin animé très kitsch présente d’emblée les divers travers de l’acteur d’une façon plus ou moins comique. Dès les premières images, Geoffrey Rush épate son monde : gestes frénétiques à l’identique, visage remodelé, coupe de cheveux, fringues pop. Tous les ingrédients « Sellers » sont là pour que l’illusion soit presque totale. Et le réalisateur suit littéralement le fil de la biographie de Roger Lewis.
Les excentricités bien connues et les névroses de l’acteur sont ici décrites par le menu : rapport presque fusionnel à une mère encombrante et ambitieuse, père absent, crises de rages incontrôlables, violence ou coup de gueule cataclysmiques, usage de drogues multiples, de diseurs de bonne aventure et gourous divers. Le tableau n’en est que plus pittoresque. Comme le dit le vrai-faux Blake Edwards de son acteur fétiche dans le film : « Bien sûr qu’il était difficile, bien sûr qu’il était incontrôlable, toutes les stars le sont !!! ». La mise en scène de Stephen Hopkins tente de se mettre au diapason de cette folie de vivre de Sellers.
Pour illustrer sa schizophrénie galopante, il lui fait incarner de temps en temps tous les autres personnages du film, s’adressant en regard caméra à l’audience pour disséquer d’autant plus les travers égoïstes de l’acteur, de temps en temps franchement antipathique et d’autres fois franchement touchant. « Bienvenue Mr Chance » de Hal Hashby, projet le plus personnel, le plus existentiel et le plus mélancolique de Sellers demeure la seule piste sérieuse abordée par le film pour trouver enfin la clef du personnage.
Le côté gigantesque blague se mélange souvent au drame le plus crasse, sans qu’on sache jamais quoi en penser : Peter Sellers victime ou bourreau, malade ou génie, Jekyll ou Hyde. Sûrement entre les deux. L’énigme reste irrésolue et Peter, l’enfant triste, bien caché derrière les farces et les coups de gueule du monstrueux Sellers.
Critique : Il faut sans doute avoir vu plusieurs films de Peter Sellers pour bien comprendre cette bio-fiction. À l'évidence, Hopkins veut mettre le doigt sur le profond paradoxe qui existait entre le comique adulé dans ses grands rôles, et l'homme déplaisant, lunatique et misanthrope qui se cachait derrière cette façade. Cet homme encensé par le public dans « La panthère rose », « Quoi de neuf, Pussycat ? », « Dr. Folamour » ou « Bienvenue Mr. Chance » nous apparaît ici sous un tout autre jour. Mais grâce à la prestation virtuose de Geoffrey Rush, le film ne donne jamais l'impression de vouloir démasquer les faiblesses d'une icône de l'écran, il montre simplement le prix que Peter Sellers a dû payer pour son ambition et sa réussite, même si, bien sûr, il était prêt à payer ce prix.
Le côté tragique de cet homme est toujours présent dans l'interprétation de Geoffrey Rush, même dans les situations les plus comiques, et Rush a de sublimes partenaires avec Emily Watson dans le rôle de la première épouse Anne, et Charlize Theron dans la peau de Britt Eklund. Le film est divertissant de bout en bout, et les scènes savamment reconstituées des plus grands triomphes de Sellers sont un pur plaisir. Mais à la fin, on ne sait toujours pas qui était cet homme autodestructeur qui disparaît à 54 ans à la suite d'une crise cardiaque. Il est vrai que Peter Sellers lui-même ne savait sans doute plus très bien qui il était, et si l'ours mal léché n'était pas aussi un rôle parmi d'autres. Le film ne nous dit pas pourquoi il se faisait toujours un malin plaisir à bousculer ceux qui l'aimaient et travaillaient avec lui, mais finalement, c'est mieux ainsi, car l'homme est trop complexe pour s'aventurer dans des explications savantes sur sa psychologie. Personne sans doute n'a jamais eu accès au vrai Peter Sellers caché derrière tous ses rôles, pas même sa mère. Mais par là-même, ce film pourtant bien fait et servi par d'excellents acteurs demeure assez diffus, et on ne voit pas très bien pourquoi cette biographie est restituée de cette manière, car au fond, cela pourrait bien aussi donner une image totalement fausse de cet homme.
Bonus
Makin of (13 min.)
Scènes coupées (22min.)
Galerie de projets d'affiche
Note de production
Biofilmographie
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Moi, Peter Sellers
(2004, USA / UK, 128 mn)
de Stephen Hopkins
avec Geoffrey Rush, Sonia Aquino, Stephen Fry, Charlize Theron, Emily Watson, Stanley Tucci...
Un DVD Océan
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