

Mon Führer
De Dani Levy
(2006, Allemagne, 1h35)
Avec Helge Schneider, Ulrich Mühe, Sylvester Groth, Stefan Kurt
Synopsis : Décembre 1944. Hitler doit une fois encore tenir un discours enflammé pour mobiliser massivement les Allemands. Mais le Führer est dépressif, il s’apitoie sur son sort et fuit la foule. Son activité favorite : jouer à la bataille navale dans sa baignoire. C’est alors que Goebbels a l’idée de faire appel à l’ancien professeur d’art dramatique d’Hitler, interné dans un camp de concentration...
Critique : Ici, une question s’impose d’emblée : « a-t-on le droit de sourire, voire de rire d’Hitler ? ». Il semble que Chaplin ait déclaré que, si au moment où il a tourné « Le dictateur » il avait su ce qui se passait réellement, son film aurait été différent. Heureusement qu’il n’était pas au courant car on a effectivement le droit de se moquer d’Hitler, et pas seulement lorsqu’on a des origines juives comme le réalisateur Dani Levy. On rit même en enfer, et l’effet libérateur de l’humour est bien connu depuis Freud.Cela dit, il faut faire les choses dans les règles car cette fameuse question s’impose à chaque fois. Dans ce domaine, il y a des limites à ne pas dépasser. Le film « Mon Führer » joue avec ces limites. Et ça marche grâce à la remarquable interprétation de Helge Schneider, qui incarne un Hitler ridicule et profondément dérangé, sans pour autant minimiser sa responsabilité ni éveiller de la pitié. Jouer la carte de la psychanalyse (Levy se réfère au livre « C’est pour ton bien » d’Alice Miller) est risqué car on peut être tenté de trouver des excuses au dictateur. Pourtant, cette approche est légitime car Hitler, comme tout le monde, a été enfant. Par ailleurs, quelle idée géniale d’opposer au « cocasse » Hitler un personnage qui ne prête jamais à rire : le Juif Grünbaum, interprété par le non moins excellent Ulrich Mühe.
Adolf Eichmann (le bureaucrate de la Shoa) a été qualifié de pantin par la philosophe Hannah Arendt, qui a déclaré avoir ri de lui à gorge déployée. « Mon Führer », un film à la fois très drôle et très sérieux, adopte un parti pris similaire. Il use des ficelles de la comédie psychologique pour se moquer d’Hitler, mais ne raille jamais ni ses actes ni ses victimes. Pourtant, les plaisanteries ne sont pas toujours politiquement correctes. Levy se sent suffisamment libre pour ne pas être toujours regardant sur le style (contrairement à Chaplin ou Lubitsch) et il n’hésite pas à recourir aux calembours. Par exemple, lorsque qu’Hitler enjoint à Grünbaum de le guérir (« Heilen Sie mich ») et que celui-ci répond « Jawohl, heilt Hitler! » (Oui ! Guérissez Hitler - en jouant avec le salut hitlérien « Heil Hitler ») ; ça n’a rien de nouveau, mais c’est très drôle dans le film. Et ceux qui n’arrivent pas à rire de ce jeu de mots se sentiront certainement mal à l’aise tout au long du film.
L’impuissance sexuelle du Führer et une certaine attirance entre Hitler et l’architecte Albert Speer donnent par ailleurs matière à de nombreuses scènes très réussies. Cela dit, le film a toujours une deuxième dimension en filigrane, par exemple il montre qu’au fond Speer ne valait pas mieux que les autres tortionnaires, juste qu’il savait mieux mentir. Le dossier de presse débute sur ces étonnantes paroles de Kurt Tucholsky : « Embrassez les fascistes partout où vous les rencontrez ! ». Dans diverses interviews, Dani Levy a déclaré qu’après avoir vu « La Chute » de Bernd Eichinger, une production extrêmement soignée et sérieuse, il avait ressenti le besoin d’y réagir sur le mode comique. Et il y est parvenu sur toute la ligne. Dans ce film, il livre en guise d’antithèse une farce à la fois classique et freudienne, mais aussi historico-dialectique dans le sens le plus noble du terme.Thomas Neuhauser






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Malgré son sujet épineux, le film est drôle sans être embarrassant, grotesque et impertinent mais sans jamais présenter la Shoa sous un jour irrévérencieux.
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