Volker Höhlein : Nous sommes bien sûr touchés par cette tendance. Nous essayons de sensibiliser les jeunes aux risques d’abus par le biais des téléphones portables et de l’internet. Nous sommes très régulièrement confrontés à des enfants et adolescents qui ont déjà été en contact avec des contenus à caractère pornographique ou qui ont été invités ou forcés par une personne malveillante à écouter ou visionner de tels contenus, alors qu’ils n’avaient aucun moyen de se rendre compte de la portée de cet acte. Les travailleurs sociaux et les enseignants nous parlent de jeunes qui se filment mutuellement, dans des situations mettant en scène des actes de violence par exemple, pour diffuser ensuite ces films. Des parents viennent nous consulter parce qu’ils ont appris que leurs enfants étaient confrontés à des propositions équivoques par téléphone portable ou sur internet. La toile, comme les téléphones portables, sont devenus des objets familiers de la vie quotidienne pour les enfants. De ce fait, ils représentent une source importante de dangers pouvant conduire à des abus sexuels. Des thèmes comme amour, sexualité et violence se mélangent aujourd’hui à plus d’un titre et nous constatons une grande immaturité dans la manière d’aborder cette évolution. Ce qui manque aussi c’est la prise de conscience de la limite entre simple blague et situation sérieuse.
Cette dérive est-elle dangereuse à vos yeux ?
Ce qui est dangereux, c’est l’inconscience avec laquelle ces moyens de communication sont utilisés. De nombreuses situations qui n’étaient jusque-là que des notions abstraites, sont aujourd’hui illustrées par des images et des films. Les enfants et adolescents ont aujourd’hui libre accès à la télévision et à internet, souvent par le biais du poste de télévision dans la chambre d’enfants. Ils sont dès lors confrontés à une dimension arbitraire dans l’utilisation de ces moyens de communication qui se répercute ensuite sur d’autres médias. Avec les téléphones portables par exemple, tout le monde a aujourd’hui une caméra à portée de main. Là aussi, avec une absence totale de discernement. Tout le monde peut filmer ce qu’il veut et diffuser ces enregistrements, mais personne ne montre aux enfants où sont les limites d’un tel comportement.
Dans le temps, cette tendance concernait surtout les garçons alors qu’aujourd’hui, on observe un changement de plus en plus marqué du comportement sexuel des filles. Quelles sont les raisons de cette évolution ?
Avec l’émancipation des filles qui se sont appropriées, à tort dans certains cas, le comportement des garçons et des hommes. Les femmes sont aussi devenues plus naïves en ce qui concerne leurs propres limites et possibilités. Les filles prennent aujourd’hui plus facilement des risques. La conséquence est qu’elles deviennent aussi des proies plus faciles. Elles ne voient aucun problème à partir à l’aventure avec d’autres adolescents qu’elles connaissent à peine. Dans un des cas que nous suivons, cela s’est terminé par un viol collectif. Un autre cas montre très clairement que la fille concernée avait perdu toute notion de ses limites, alors que la connaissance de ces limites est très importante pour le développement sexuel des enfants. Ici, la responsabilité des parents est clairement engagée dans la mesure où ils ont omis de montrer ces limites à l’enfant et où ils n’ont pas non plus veillé à leur respect.
Comment les parents doivent-ils réagir quand leurs enfants sont au contact de contenus à caractère pornographique ou violent ?
Souvent, les parents ne savent malheureusement pas qui leur enfant fréquente ou ce qu’est un tchat sur internet. Ils devraient se familiariser le plus tôt possible avec l’ordinateur et internet pour apprendre à leurs enfants, au plus tard vers 10 ou 12 ans, comment se servir de cet outil de communication en toute sécurité. Il est parfaitement normal que les enfants essaient de transgresser les règles imposées par les parents. Mais il est très important aussi de fixer de telles règles et, le cas échéant, de sanctionner les transgressions. Pas seulement dans une finalité de contrôle, mais aussi pour montrer qu’ils s’intéressent à l’enfant. Les parents devraient toujours privilégier l’échange direct et être à l’écoute des enfants. S’intéresser à leurs réactions, à leurs sentiments après avoir été confrontés à des contenus pornographiques. En ce qui concerne les adolescents, il est très important de prendre position par rapport à ces contenus, notamment en ce qui concerne l’image de la femme véhiculée par la pornographie.
Très concrètement, comment peut-on protéger ses enfants ?
Il est relativement facile de "sélectionner" les contenus sur internet par le biais de filtres parentaux. La prudence est de mise en particulier sur les tchats. Les jeunes ne devraient en aucun cas donner leur nom ou leur adresse sur internet ou accepter des rendez-vous avec des inconnus. Il faut apprendre à son enfant à partir de quand la méfiance est de mise, évoquer avec lui des scénarios potentiellement dangereux. Les agresseurs ont des stratégies très subtiles pour construire petit à petit une "relation" avec l’enfant ou l’adolescent, pour abattre lentement les barrières jusqu’au moment où ils lui proposent une rencontre.
Quelle est la responsabilité des écoles et des enseignants dans ce contexte ? Est-ce qu’il existe un enseignement dans ce domaine ?
J’estime qu’il serait judicieux de proposer une sorte de permis internet pour les enfants qui ont accès à l’outil informatique à l’école. Dans les écoles, le sujet reste un tabou alors que les enseignants en particulier devraient se pencher sur ce problème en proposant un enseignement adapté à l’âge de leurs élèves. Des mesures préventives pourraient être mises en place dès l’école maternelle, en apprenant par exemple aux enfants à faire confiance à leurs sentiments.







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