Nouveau Cinéma Allemand - 20/10/08
Motus et bouche cousue !
Mercredi, 1er octobre à 22h30 sur ARTE
Dans ce premier film grandiose Marcus Mittermeier dénonce avec jubilation l'ambiguïté de ce donquichottisme moderne.
Synopsis : Le monde court à sa perte et Dieu est mort – et que dire donc de la capitale allemande ! Conscient qu’il y a urgence à remettre sur le droit chemin une humanité de plus en plus irresponsable, MUX (Jan Henrik Stahlberg) engage le combat contre le non-droit et l’indifférence. Philosophe du quotidien, citant Faust et Houellebecq, Mux déteste les délits qualifiés de mineurs, qu’il s’agisse des excès de vitesse, du défaut de titre de transport ou des graffiti sur les murs. Intraitable, il inflige aux contrevenants une amende à acquitter sur-le-champ ou une bonne correction.
Pour cela, il se sert non seulement de son pistolet, « Mäuschen », mais compte aussi sur l’aide de Gerd, être veule et chômeur professionnel qui, caméra au poing, documente cette croisade pour un monde meilleur. En menant son action, Mux doit parfois enfreindre certaines lois, ce qui n’est pas sans conséquence.
Critique : Ils sont nombreux dans notre pays à avoir ardemment et secrètement attendu quelqu’un comme Mux, héros idéaliste du quotidien sur le grand écran, ni de gauche ni de droite, crachant son mépris à la face d’hommes politiques et de vedettes de variétés. Ce redresseur de torts fait face à une horde toujours plus grossière d’individus qui stationnent n’importe comment, voyagent sans titre de transport, passent outre les limitations de vitesse et attentent à la pudeur d’enfants innocents.
Après la diffusion inédite de leur premier film couvert de prix lors du festival Max-Ophüls qui s’est tenu à Sarrebruck en janvier 2004, Marcus Mittermeier et Jan Henrik Stahlberg, deux amis et anciens étudiants d’une école de comédiens, se sont rendu compte à quel point était vivement ressenti le besoin de nouvelles règles morales. De nombreux spectateurs ont pris cette comédie débordande de sarcasme pour un film documentaire et se sont renseignés pour adhérer au club des « muxistes ».
Or le personnage de Mux interprété par Jan Henrik Stahlberg, comédien allemand de séries et auteur du scénario du film, porte à n’en pas douter des traits plutôt psychopathiques, et même fascistoïdes. On s’amusera un certain temps à le voir dégainer son pistolet, contraindre un chauffard à dévisser le volant de sa voiture hérissée de becquets et lui tenir un sermon enflammé sur les innombrables victimes de la route. Ou envoyer un écolier rebelle au piquet et lui appliquer un masque de cochon sur le visage. Mais aussi vertueuse soit-elle, sa méthode de remise à l’honneur d’une nouvelle civilité a des accents plutôt pédants. La jovialité correcte de son mode d’expression peut parfois basculer sans préavis dans la violence. Ainsi, Mux est un mégalomane dans la lignée de Travis Bickle (Robert de Niro) dans « Taxi Driver », et pour le moins tout aussi charismatique que dangereux.
Dans ce grandiose film de début, Muxmäuschenstill est l’incarnation d’un héros ambivalent et intrinsèquement germanique, dans la tradition faustienne et nietzschéenne. Succession elliptique d’épisodes tournés dans un style guerilla avec deux caméras DV, ce film se résume en quelques chiffres qui font tout sa force : petit budget de 40 000 euros, tournage en 25 jours, pas un seul centime de la part des fonds de soutien et des chaînes de télévision qui accordent généralement une aide. Aucune instance, aucun rédacteur n’a ainsi pu formuler d’exigence de modération et par là-même ergoter sur l’insouciante radicalité du film, aucun appareil de production hypertrophié n’a pu en perturber la réalisation enivrante et chaotique.
Martin Rosefeldt
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Mercredi, 1er octobre à 22h30
Motus et bouche cousue !
Berlinale 2004 / Panorama
Réalisation : Marcus Mittelmeier
Scénario : Jan Henrik Stahlberg
Distribution : Jan Henrik Stahlberg, Fritz Roth
Allemagne, 2004, 90 mn
ARTE/ARD
Edité le : 16-09-08
Dernière mise à jour le : 20-10-08