Né en 1947, l’année de l’indépendance de l’Inde, dans les environs de Pune, Namdeo Dhasal arrive avec ses parents à Bombay quelques années plus tard - son père avait trouvé un travail comme commis dans une boucherie. Ils s’installent dans le quartier chaud de Golpitha, nom que Dhasal choisira plus tard, en 1972, comme titre de son premier recueil de poèmes. La même année, il fonde « Dalit-Panther », une organisation qui milite pour la cause des intouchables, sur le modèle des « Black Panthers » aux Etats-Unis.
La langue crue qu’il utilise, celle des quartiers mal famés de Bombay, choque les milieux littéraires. Les poèmes qu’il écrit sur sa ville suintent le désespoir dû à l’exclusion et au mépris. Ecrites dans une langue qui nous est presque familière, à nous Occidentaux, les descriptions sont poignantes.
Le mot « Dalit » vient d’un certain Bhim Rao Ambedkar, fils d’intouchables qui eut le « privilège » de pouvoir faire des études. A la même époque que le Mahatma Gandhi, il critiquait violemment le système des castes, mais avec d’autres méthodes que le célèbre défenseur de la non-violence. Après l’indépendance de l’Union indienne, il fut nommé ministre de la justice dans le gouvernement Nehru. Il fut aussi l’architecte de la constitution de 1950, qui proscrit les discriminations et les privilèges dus aux castes. Pourtant, la hiérarchie des castes reste très présente dans la mentalité indienne, même chez les musulmans et les chrétiens. Les règles de la Manu-Smriti hindouiste, le « Livre des Lois de Manus », père de l’humanité, divise la société en quatre groupes appelés « Varnas », nés chacun d’une partie du corps du premier homme divin Purusha : les Brahmanes, l’élite spirituelle et la caste la plus pure sont la tête, les Kshatriyas, guerriers et gens de pouvoir, les bras, les Vaishyas, commerçants, les jambes. En bas de l’échelle, on trouve les Shudras, les pieds du Purusha, condamnés à vivre au service des autres. Les Varnas se divisent eux-mêmes en 3000 sous-castes, les « Jati », qui correspondent aux différents métiers.
L’appartenance à une caste est héréditaire, il est impossible d’en changer. En théorie, la caste à laquelle on appartient n’est pas liée à un niveau de richesse. Pourtant, les Indiens pauvres, après des siècles d’exploitation et de basses tâches, sont le plus souvent dans la caste des Shudras ou dans celle des « intouchables ». Ces derniers appartiennent soit aux Jati les moins en vue, soit sont carrément hors système, on les appelle d’ailleurs aussi les « sans-caste », ou les « parias », comme le fait Namdeo Dhasal.
La hiérarchie au sein de chacune des castes procède d’un système de valeurs fondé sur la pureté et l’impureté, c’est pourquoi pendant longtemps, les membres de différentes castes n’étaient pas autorisés à partager la même table, et encore moins à se marier. Et même si l’élection d’un « Dalit », Shri Kocheril Raman Narayanan, à la présidence de l’Union indienne en 1997 (jusqu’à 2002) a marqué une avancée importante, le « mélange » des castes est toujours très mal accepté dans le sous-continent. Dans les zones rurales notamment, les humiliations infligées aux « intouchables » ne provoquent souvent aucune protestation.
Officiellement, ils sont appelés aujourd’hui « Scheduled Castes ». Depuis l’indépendance du pays, on leur attribue certains quotas de postes dans l’administration et dans l’éducation. Arjun Singh, ministre du développement des ressources humaines, qui est aussi membre du Parti du congrès, a fait au début de l’année une proposition très controversée, celle d’introduire un nouveau quota dans l’éducation visant à réserver aux « Scheduled Castes » et aux « Scheduled Tribes », les aborigènes, ou Adivasi, eux aussi défavorisés, 49,5 % des places offertes dans les instituts de formation financés par le gouvernement.
Même s’il est aujourd’hui un poète et un homme politique reconnu (Parti républicain réunifié), même s’il s’est converti au bouddhisme, Namdeo Dhasal reste un « Dalit ». Même s’il a troqué le caniveau dans lequel il a grandi contre un appartement au cinquième étage d’un immeuble.






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