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Napoléon

Chef de guerre fabuleux, réformateur en avance sur son temps ou véritable tyran : le mythe de Napoléon perdure. Il y a 200 ans, Napoléon est à l'apogée de son (...)

Napoléon

Focus: Napoléon - 10/09/09

Napoléon, chef de guerre

Interview du réalisateur Jean-François Delassus


Napoléon aurait fait plus de batailles qu’Alexandre Le Grand, Hannibal et César réunis. Dès sa première campagne italienne en 1796, il manifeste toute la panoplie de son génie militaire. Il se déploie dans la bataille d’Austerlitz, le 2 décembre 1805. Retour sur ce chef de guerre fabuleux avec Jean-François Delassus, réalisateur du film documentaire « Austerlitz, la victoire en marchant ».

Vous commencez le film en disant: « Napoléon gagne la guerre plus par les jambes de ses soldats que par les armes ». La rapidité, c’est la stratégie de Napoléon ?

C’est à la fois la rapidité de la décision et de l’exécution. En 1805, Napoléon est un chef de guerre très expérimenté : Il a mené plusieurs campagnes - en Italie, en Egypte – et a gagné quasiment toutes les batailles qu’il a engagées. Il sait commander et s’entourer des meilleurs officiers. Il est respecté et admiré par ses soldats. Il en est aimé aussi. Il vit au milieu d’eux, marche avec eux, bivouaque avec eux. C’est un chef issu de la Révolution.

En quoi la Grande Armée reflète-elle les valeurs de la révolution?

Pour la première fois, des soldats peuvent acquérir des galons au mérite. Certains officiers ont 23 ou 25 ans, ce sont des paysans ou des commerçants et non des nobles. Et au sommet, ce n’est pas un frère du roi qui commande mais bel et bien un général issu du peuple, Napoléon, un jeune artilleur qui a gravi tous les échelons. La Révolution et ses idéaux sont passés par là. Les soldats ont une véritable fierté d’exporter les valeurs révolutionnaires. Cela explique leur patriotisme et leur adhésion à l’empereur.

La Grande Armée est acclamée en Belgique, en Italie, en Hollande, en Allemagne. Elle a pour mission de respecter les populations des pays ennemis ou occupés. Qui vole ou pille pour son enrichissement personnel risque la condamnation à mort, contrairement à l’armée russe qui ne se gêne pas pour vivre sur le dos des Autrichiens alors que ce sont ses alliés. Cependant les campagnes qui suivent celle d’Austerlitz, en Russie notamment en 1812, se déroulent dans des conditions moins idylliques.

Napoléon est souvent qualifié comme le plus grand chef de guerre après Jules César. En quoi sa manière de mener la guerre est si novatrice ?

Napoléon sait deviner ce que va faire l’ennemi, prévoir ses mouvements, profiter de la moindre de ses erreurs. A Austerlitz, il envisage toutes les hypothèses. Il change de stratégie la veille de la bataille. Sa cavalerie est au nord et il attaque finalement par le centre alors qu’il sait que ses ennemis arriveront par le sud. Il est donc très audacieux. On peut dire que la Grande Armée entre dans la légende à partir d’Austerlitz. Elle a quand même parcouru plus de 1500 kilomètres en trois mois, de surcroît en plein hiver, dans des contrées inconnues pour finalement écraser des troupes ennemies sur leur propre terrain, plus nombreuses et plus fraîches.

Et puis, Napoléon avait l’art du renseignement. A partir du moment où il décide, à l’été 1805, de lever le camp de Boulogne pour affronter les autrichiens et les russes, il envoie des officiers en Bavière pour repérer le terrain, se procurer des cartes ; il charge ses représentants diplomatiques de lui donner des informations sur les positions des troupes autrichiennes. C’est une vraie pompe à aspirer les informations alors que ses ennemis en négligent l’importance. Ce sont des aristocrates, des officiers de naissance qui n’avaient pas beaucoup de génie. Napoléon a su profiter de leurs faiblesses.

Vous avez sollicité pour votre film les nombreuses associations napoléoniennes de reconstitution historique. Plus de 4.000 figurants ont commémoré la bataille d’Austerlitz et 2000 le camp de Boulogne. Ces
« reconstitueurs » entretiennent le mythe napoléonien.

Oui, ces retraités, ces employés, professeurs d’universités ou commerçants sont les meilleurs figurants. Ils ont des costumes impeccables, des armes d’époque et savent s’en servir. Ils éprouvent tous une fascination pour le personnage de Napoléon, une sorte de romantisme à l’égard de cette époque, la dernière, où l’on faisait encore la guerre avec des chapeaux à plumes, où l’on voyait son ennemi d’homme à homme. Les guerres qui viendront ensuite seront beaucoup plus mécaniques et inhumaines.




Ce qui est impressionnant, c’est qu’on reconstitue les batailles en France, mais aussi en Russie, en Allemagne, en Autriche – qu’il s’agisse de victoires ou de défaites.

A Austerlitz, les Français sont même une minorité ! Cette époque de Napoléon, c’est tout un symbole pour bon nombre d’européens : le symbole de la naissance d’un Etat moderne qui instaure l’égalité des citoyens devant la loi, le symbole des débuts de l’unité allemande avec la création de la Confédération du Rhin en 1806. Et puis Napoléon incarne la possibilité d’une ascension sociale : celle d’un obscur, qui n’est pas né dans le berceau d’un château, devenu chef d’état, empereur. Pour le peuple, qui détestait les privilèges de l’aristocratie, il était un exemple et il est demeuré un exemple de la réussite par ses seules capacités.


Propos recueillis par Guylaine Tappaz

Austerlitz, la victoire en marchant, 90 Min.
Film documentaire, France 2006
Réalisation : Jean-François Delassus

Edité le : 31-05-06
Dernière mise à jour le : 10-09-09


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