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Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.

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23.05.08 - 22.25 : Tracks - 02/09/08

Neeters

Aux armes, fainéants!


Au Japon, certains refusent de devenir agent des télécoms, policier ou réalisateur, ils ont choisi de ne pas perdre leur vie à la gagner. Un véritable blasphème dans le deuxième pays le plus riche du monde où le travail est une religion.

Au Japon, pays du "salary man" ("employé" en VF), dévoué à la cause de son patron, une génération de travailleurs précaires revendique son droit à la précarité et refuse la course au "toujours plus", radicalisée par le Premier Ministre Koizumi et sa politique ultra-libérale qui pousse tout le monde à travailler plus quitte à gagner moins.. Refusant de payer un loyer, certains d'entre eux vont jusqu'à dormir dans les cafés Internet ou se réfugient dans les karaokés ! Parcours de neeters :

Membre d'un collectif de Neeters activistes (de l'acronyme NEET: Neither Employment Education or Training), le tokyoïte Hajime Matsumoto, 33 ans, a pris le maquis avec sa fronde des "Révolutionnaires Amateurs" et lutte contre le consumérisme en organisant à Noël des soupes populaires en plein quartier des grands magasins. Arrestations, et pour certains placements en hôpital psychiatrique : ils paient le prix fort pour leurs actes de résistance. À une demi-heure du centre ville, Matsumoto gère 2 magasins qui vendent uniquement des produits d'occasion ou recyclés. Une pratique révolutionnaire dans un pays où règne la dictature du neuf : dans ces endroits, le Neet peut manger pour moins de 2 euros.


Après avoir subit le traitement de choc de la rue et de l'hôpital psychiatrique , Koji Tsukino, poète et écrivain, est devenu le porte-parole de cette communauté qui remet l'anticapitalisme à la mode. Il ne se sépare jamais de son pyjama à carreaux, symbole de son rejet du travail.

Awasé 30 ans n’est pas mariée, n’a pas d’enfant et aucun emploi fixe. Il y a 3 ans, elle plaque son job d'employée de bureau qui lui prenait 15 heures par jour pour faire le tour du monde. Depuis, elle vit de petits boulots. En co-location dans un foyer, elle a transformé ce box où se retrouvent les amateurs de karaoké en bureau et dessine les planches de son premier manga inspiré de ses voyages et de son expérience de Neet.

Pour exprimer sa révolte Karin Amamiya s'est tournée à ses débuts vers l'extrême droite. Chanteuse d’un groupe ultranationaliste, séduite un temps par la secte Aum, elle est en 99 l'héroïne du documentaire "The New God" avant de devenir l'une des têtes de proue du mouvement Neet. La situation de son frère, travaillant 18 heures par jour sans la moindre pause repas, lui a fait faire ce virage à 180 degrés : fini les lavages de cerveau. Amamya importe d’Europe le concept de « précariat », mixe de précarité et de prolétariat. Elle écrit plusieurs livres dont "Laissez-nous vivre ! Les jeunes qui deviennent des réfugiés", et devient l'une des plus ardentes activistes du mouvement Neet.

Avec le mouvement NEET, le Japon redécouvre une contestation laissée en berne depuis 1972 et le tragique fait divers de l'Armée Rouge Japonaise. Cette année-là, le groupe armé d'extrême gauche réunit pour un entraînement au mont Asama est acculé au massacre collectif par ses supérieurs : la cause révolutionnaire est alors discréditée. C'est l'objet du dernier film de Koji Wakamatsu 72 ans, l'enfant terrible du cinéma japonais : "United Red Army", qui compte parmi les spectateurs, un bon nombre de Neet.
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Liens
>> "Japon : La jeunesse se rebelle" de Karin Amamiya
>> Le site All Neet Nippon (en japonais)
>> Des problèmes sociaux et des NEET
>> Mondo MayDay for the Precariat 007 in Tokyo
>> Manifestation des Neeters sur YouTube

Films

United Red Army
de Koji Wakamatsu
Japon (2007)
>> Voir la bande-annonce (en japonais)
>> Le site officiel du film (en japonais)
>> Critique du film, liens et informations sur le mouvement de la nouvelle gauche japonaise
Wakamatsu revient sur "l'incident Asama Sanso" qui s'achèvera à la fin du mois de février 1972, en véritable siège au cours duquel furent tués deux policiers. Pourtant, les premières victimes des étudiants furent les étudiants eux-mêmes: avant le combat qui les opposa aux forces de police, quatorze jeunes gens étaient tombés, victimes du fanatisme de l'Armée Rouge japonaise. Cette docu fiction en trois actes, qu'accompagne une musique psychédélique électrisante, illustre la radicalisation des universités dans les années 1960. Filmé sous l'angle des étudiants activistes retranchés dans le chalet de montagne, le combat symbolise l'échec d'un mouvement révolutionnaire qui s'était fourvoyé. Trente-cinq ans après, le réalisateur s'interroge sur ce choc qui a profondément ébranlé la gauche japonaise à l'époque.

The New God
de Yutaka Tsuchiya
avec Karin Amamyia, Yutaka Tsuchiya, Hidehito Itoh...
>> A propos du film avec interview (en anglais)
>> Critique du film (en français)
Yukata Tsuchiya, vidéaste activiste de gauche, donne une caméra à Amamiya, meneuse d’un groupe punk rock ultranationaliste. Alors que chacun se filme et filme l’autre au gré des concerts et des rencontres, s’installe un dialogue sur le Japon contemporain et sur la façon dont l’extrême-droite peut y être un fort et dangereux pôle d’identification et d’appartenance. Pourtant, au fil du film, Amamiya remodèle ses convictions...



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TRACKS
Vendredi 23 mai 2008 à 22h25
Rediffusion le 24 mai 2008 à 03h00
Rédaction : Program33
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Edité le : 02-09-08
Dernière mise à jour le : 02-09-08