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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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Actualité DVD - 05/11/08

No Country For Old Men

( note Arte: 4 ) Regards croisés France : Avec un humour plus que noir, ce polar texan des frères Coen oscille entre la métaphysique pure et la physique chirurgicale, en illustrant avec perfection l’expression « de sang froid ». La Mort en marche, sa bouteille d’oxygène à la main, laisse à l’esprit une trace indélébile. Magistral.

Regards croisés Allemagne : Un road-movie brutal et troublant.

  • Trailer - No country for old men

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De Joel et Ethan Coen
(USA, 2007, 120 mn)
Avec Tommy Lee Jones, Javier Bardem, Josh Brolin…

un DVD Paramount

REGARDS CROISES

FRANCE / Synopsis : À la frontière qui sépare le Texas du Mexique, les trafiquants de drogue ont depuis longtemps remplacé les voleurs de bétail. Lorsque Llewelyn Moss tombe sur des camionnettes abandonnées cernées de cadavres ensanglantés, il ne sait rien de ce qui a conduit à ce drame. En prenant les deux millions de dollars sur le lieu du crime, il est loin de se douter de ce qu’il va déclencher. Moss provoque une réaction en chaîne d’une violence inouïe que le shérif Bell, un homme vieillissant et sans illusions, ne parviendra pas à endiguer…

Critique : « No Country for Old Men », sans doute le polar le plus terrifiant sur le versant noir de la filmographie des frères Coen avec « Miller’s Crossing », « Blood Simple » ou « Fargo », laisse un souvenir indélébile dès sa première vision. Et même le titre, en traduction « Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme », laisse à peine présager du déchaînement d’ultra-violence, de la peur et des abysses existentielles qui marquent ce film au fer rouge et dont il est difficile de cicatriser. À la sortie de la projection, les gens hagards, effrayés et éblouis marchaient vers une nuit blanche hantée de questions sans réponses sur le Bien et le Mal. Ils avaient vu la Mort en marche. Habillée de noir, le regard sans fond, légèrement ridicule, Elle avançait calmement sur la route, une bouteille d’air comprimé à la main. Adapté d’un roman de Cormac McCarthy, ce film est la rencontre au sommet d’un des plus grands écrivains américains de notre temps et de deux des cinéastes les plus doués de leur génération. Et rarement l’adéquation entre deux univers aura été si parfaite, brillante. Elle fonctionne à merveille dès les premières images où la voix-off du narrateur, un sage comme dans « Big Lebowski », parle de ces ancêtres sur des images du désert, un paysage de western.

Le vieil homme, un shérif, a ses racines puissamment ancrées dans l’ancien monde dans des valeurs fortes qui lui semblent disparues la morale, le respect, un certain code de l’honneur face aux nouvelles règles de la modernité et du progrès où l’argent est tout-puissant, et le marché de la drogue un business comme un autre. Tommy Lee Jones donne toute sa complexité à ce magnifique personnage, un philosophe pince sans rire tel qu’on en trouve dans cette mythologie de l’Ouest américain, par exemple dans les chefs d’œuvre de John Ford. Mais, dans un même temps, les Coen montrent clairement en blaguant les limites du raisonnement (et celle du vieil âge !) avec une conversation hilarante de shérifs restant sur le fil du vieux discours réac, l’éternel refrain du bon vieux temps, de cette jeunesse folle, « tout fout le camp mon pov’ monsieur…». L’humour à froid des frères Coen donne vraiment toute son ampleur dans une rafle de répliques inoubliables où le syllogisme et l’absurde règnent en maître. Il fallait d’ailleurs bien ça pour faire passer les visions horrifiques archi-sanglantes de chairs à vif ou la perversité magnifique très second degré d’un long travelling sur une jambe déchiquetée.

Au cœur, très glacé du film, une énigme : un tueur plus psychopathe que psychopathe, encore jamais rencontré sur le grand écran qui pourtant en a vu passé d’autres. Chigurh ( « Sugar » quand on l’entend mal !) a l’air un peu paumé et une coupe au bol assez moche mais son regard fixe et ses yeux cernés où passe la folie transforme le sourire trop vite apparu sur le visage du spectateur en un effroi total. Après une poignée de meurtres assez gratuits, Chigurh montre bien ce qu’il est : La Grande Faucheuse personnifiée, un Ghost Rider, un vampire à sang froid dont le cerveau fonctionne à plein tube dans une unique direction. Ce cousin génial du Motard de l’Apocalypse d’ « Arizona Junior » a le même talent, proche du surnaturel, pour tracer et pister les gens. Avec une belle propension à s’auto-opérer, le signe distinctif de ce tueur est un pistolet à air comprimé (pas de traces) : le tout fait vraiment froid dans le dos et c’est rien de le dire. Javier Bardem incarne intensément ce Nosferatu made in America, raisonneur jusqu’au non-sens, dont la philosophie se trouve brusquement contredite par une petite bonne femme et un feu rouge.

Dans le rôle de la proie, Josh Brolin joue Moss, un soudeur résistant avec une moustache à la Charles Bronson, vétéran du Vietnam (l’action se passe en 1982 en pleine ère Reagan) qui survit par sa modeste expérience de la chasse. D’ailleurs omniprésentes, les bestioles, chiens version molosses de cauchemar, chats etc, appuient encore la métaphore de la traque, la loi quasi inévitable (excepté pour un bœuf chanceux !) du prédateur face à la proie. Si un vertige métaphysique saisit devant ces destins qui partent en vrille, il est aussi protéïforme en interrogeant sur le Destin, la Conscience, la Violence ou la Mort à travers une simple pièce de monnaie « Pile ou face ». Comme un mauvais rêve poisseux et fascinant, « No Country for Old Men » créé un appel d’air impossible, un étouffement, une peur irrationelle. La fin donne elle aussi le dernier mot au cauchemar : elle vous laisse la bouche ouverte pour ne plus vous lâcher, tremblant, sonné et hanté par l’image du Styx à traverser.

Delphine Valloire


ALLEMAGNE / Synopsis: Llewelyn Moss (Josh Brolin) part à la chasse à l'antilope au sud-ouest du Texas. Dans un endroit désertique et désolé, il découvre plusieurs cadavres, des voitures abandonnées, deux chiens morts, un sac d'héroïne et une valise contenant 2,4 millions de dollars. Llewelyn prend l'argent et décide de changer de vie, mais il est rapidement pris en chasse par Carson Wells des Forces Spéciales (Woody Harrelson) et Anton Chigurh, un psychopathe, incarné par Javier Bardem.

Critique: Pour l'adaptation du roman éponyme de Cormac Mc Carthy (Prix Pulitzer), les frères Coen ont retrouvé la grande forme: une histoire sanglante sur fond de décadence morale, avec un casting exceptionnel. Un film qui s'impose autant par la force de caractère des personnages que par la beauté austère des paysages le long de la frontière entre le Texas et le Mexique. Javier Bardem incarne avec une décontraction maitrisée le psychopathe Anton Chigurh qui décide à pile ou face de la vie ou de la mort de ses victimes. Avec son étrange coupe de cheveux, il donne l'impression d'être un grand enfant. Il rencontre des gens et leur pose, sur le ton de la plus parfaite normalité, des questions infiniment étranges. Et personne ne semble percevoir que leur vie dépend de la réponse qu'ils lui feront. Chigurh recherche l'argent du deal ayant mal tourné et il sait comment le retrouver: à l'aide d'un capteur caché dans la valise.

Roger Deakins, le caméraman, trouve la qualité d'image parfaitement adaptée au déroulement bien rythmé du film. Les dialogues des frères Coen font mouche à chaque fois: la pointe est rarement celle que l'on attend et l'on se surprend parfois à rire des scènes les plus brutales. Cela faisait longtemps que les frères Coen n'avaient plus pratiqué un cinéma politique avec une telle évidence. NO COUNTRY FOR OLD MEN est comme un plaidoyer contre la violence débridée d'un pays où beaucoup trop de gens possèdent une arme à feu et s'en servent.

Le Sheriff Bill incarne les anciennes valeurs, c'est un homme stoïque, issu d'une autre époque: le titre NO COUNTRY FOR OLD MEN le concerne directement. Il rêve de l'époque où son père lui transmettait des valeurs morales, une époque où l'on distinguait encore le bien du mal, où il était encore possible de faire confiance aux autres. Quand Llewelyn Moss a besoin de l'aide des autres, il paye, sans jamais demander qu'on lui rende service: c'est ainsi qu'il paye jusqu'à 500 dollars pour une veste usagée. NO COUNTRY FOR OLD MEN est un film grandiose et troublant. Le titre, d'ailleurs, fait référence à une strophe d'un poême de William Butler Yeats, „Sailing to Byzantium“.

Nana A.T. Rebhan


Les suppléments :
- Travailler avec les frères Coen : les impressions des acteurs et de l’équipe du film.
- Le making of du film
- Le journal d’un shérif de campagne.
No Country For Old Men
De Joel et Ethan Coen
(USA, 2007, 120 mn)
Avec Tommy Lee Jones, Javier Bardem, Josh Brolin…
Un DVD Paramount

Edité le : 17-09-08
Dernière mise à jour le : 05-11-08