(Japon, 2004, 2h21)
Avec Yagira Yuya, Kitaura Ayu, Kimura Hiei
Sélection Officielle – Compétition
Critique : Au thème de la perte des repères, récurrent dans le cinéma japonais de ces dix dernières années, Hirokazu Kore-Eda appose un regard photographique, hérité en partie de son travail documentaire. Pour autant, le cinéaste ne vise pas le postulat réaliste, mais fait évoluer le fait-divers qui l’inspire en direction du conte. Kore-Eda s’attache avec « Nobody knows » à un groupe d’enfants, après avoir filmé des adultes : des personnes décédés stationnant au purgatoire pour tenter, au cours d’interviews filmées, de faire surgir du récit de leur existence un souvenir heureux (« Afterlife » en 1998), puis des citadins ayant tous perdus une personne proche, dont il n’ont pas compris l’engagement dans une secte religieuse et meurtrière (« Distance », déjà en compétition à Cannes en 2001). Les thèmes sont graves, quand le statut d’adulte ou d’enfant n’interfère pas sur les possibilités dramatiques de l’histoire, mais procède d’une équité qui veut souligner un même désarroi social et existentiel.
Néanmoins, le style de Kore-Eda ne tend jamais vers la violence ou le sordide, ni même vers la claustrophobie, malgré une prédilection pour les lieux clos (un studio de cinéma dans « Afterlife », un petit appartement dans « Nobody knows »). Observateur patient qui a tourné son film sur quatre saisons, avec le concours d’enfants qui ne sont pas des comédiens professionnels, Kore-Eda invoque l’accoutumance à un endroit, une situation ou un rôle, afin de faire surgir la véracité. Ainsi, chacun de ses protagonistes, pour perdu qu’il semble, est toujours inscrit dans un cadre vivant et évolutif, qu’il soit urbain (la ville de Tokyo) ou domestique (l’appartement familial).
Cette respiration fait tout le prix de ce cinéma dont la précision du regard n’a pourtant d’égale que la souplesse narrative (le flash-back introductif n’est pas souligné, les absences de datation sont permanente). Si « Nobody knows » réussit à évacuer tout à fois la sécheresse ou, inversement, l’excès mélodramatique que l’on était en droit d’appréhender, il ne tombe aucunement dans la demi-mesure, mais laisse subsister au contraire une émotion qui n’est jamais frelatée.
Critique Au début du film, l'univers des enfants paraît encore intact. Avec leur mère à leurs côtés, ils se suffisent à eux-mêmes. Keiko est plutôt gaie, et s'occupe avec la même affection de chacun de ses enfants. En fait, elle ne fait pas vraiment l'effet d'une mère, on dirait plutôt une grande sœur, et c'est bien là le problème. Car un beau jour, elle n'est plus là, elle est partie, une nouvelle fois obsédée par l'envie d'avoir un homme pour elle toute seule. Elle a laissé pour Akira de l'argent et un petit mot où elle lui demande de s'occuper de ses frères et sœurs. Avec application et sollicitude, Akira s'efforce de se montrer à la hauteur de cette tâche bien trop lourde pour ses frêles épaules, sacrifiant du même coup sa propre enfance.
Le cinéaste japonais Kore-eda Hirokazu filme la vie de ces enfants abandonnés un peu à la façon d'un documentaire, en laissant à ses jeunes acteurs une grande liberté d'improvisation, tant dans leur jeu (souvent restitué par des gros plans) que dans les dialogues. Ceci cadre bien avec une histoire inspirée de faits réels survenus en 1988, mais aussi avec le parcours du cinéaste, qui a commencé sa carrière dans le documentaire. De là vient peut-être son idée de tourner durant toute une année, au rythme des quatre saisons. Car il peut ainsi intégrer dans le film la croissance physique réelle et la voix devenue plus grave du jeune interprète d'Akira. Avec Yagira Yuuya, Kitaura Ayu, Kimura Hiei et Shimizu Momoko, le réalisateur a réussi une très belle et très convaincante distribution. Yagira Yuuya en particulier sait à merveille envoûter le spectateur par son jeu minimaliste et son regard d'adulte.
Un aspect profondément consternant est que personne ne paraît remarquer ces enfants livrés à eux-mêmes. Ils sont seuls au monde, absolument personne ne s'occupe d'eux. Pas même la propriétaire ne juge nécessaire d'intervenir et d'alarmer les services d'aide à l'enfance quand elle débarque par hasard dans cet appartement d'une saleté indescriptible, où à l'évidence personne n'est là pour s'occuper des enfants. Cela évoque le souvenir pénible du documentaire allemand DIE KINDER SIND TOT (Les enfants sont morts), qui retrace la mort et l'histoire de deux petits enfants laissés seuls dans un appartement durant plusieurs semaines.
Là non plus, personne n'a rien vu ni rien entendu, sans quoi les enfants ne seraient pas morts de faim. DAREMO SHIRANAI souffre certes de longueurs, et s'écarte parfois de la perspective des enfants pour livrer des précisions quelque peu sentencieuses, mais malgré tout, l'histoire de ces quatre enfants abandonnés est poignante jusqu'au bout et vaut vraiment la peine d'être vue.






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