Car il s’agissait bien dans cette série de montrer la face cachée de Las Vegas. Cet Eldorado américain draine tous ceux qui rêvent d’une vie meilleure, mus par l’espoir qu'ici tout est possible, que tout ce qui a échoué ailleurs, se réalisera dans cette oasis qui ne connaît pas le chômage… mais affiche en revanche le plus fort taux de criminalité, de condamnés à mort, de suicide, de vols, d’agressions, de consommation d’alcool, de mariages et de divorces des États-Unis.
Pendant des semaines entières, j’ai vécu en vase clos entre le bureau des avocats commis d’office, les bureaux des procureurs, la prison et les tribunaux. Plusieurs fois par jour, nous effectuions inlassablement, avec mes équipes, les dizaines de mètres qui séparent ces différents lieux les uns des autres et c’est ici même que nous rencontrions les mêmes personnes. Á Las Vegas, la justice se concentre dans un périmètre d’une centaine de mètres carrés où tout le monde se connaît.
Au fil des mois, en fréquentant assidûment avocats, procureurs, juges et accusés, nous avons su gagner leur confiance et obtenir de tous ces acteurs de drames qui se sont souvent joués dès notre arrivée en 2006, une disponibilité totale et entière. Cette confiance et cette ouverture se ressentent sur l’ensemble de la série. Mieux, nos films sont l’expression d’un respect mutuel et reflètent une intimité qui s’est créée petit à petit, au point que mes équipes et moi-même faisions partie de leur quotidien.
Devant l’objectif, les « protagonistes » évoluaient le plus naturellement du monde, sans artifices, dans la salle du tribunal lors des procès, chez les procureurs, dans la prison pour la préparation de la plaidoirie, lorsqu’il s’agit de sauver un innocent de la peine de mort. Nous avons été des témoins discrets, touchés par les histoires que l’accusation et la défense tentaient de démêler pour en arriver au verdict. Devant nos yeux se déroulait toute la tragédie humaine, telle qu’elle existe aujourd’hui, dans toute sa brutalité, sa complexité et son dénuement.
Dans cette ville où la permissivité a pignon sur rue, où chaque jour des rêves et des espoirs se brisent, ceux qui dépassent les bornes, se retrouvent dans une machine judiciaire implacable, où avocats de la défense et procureurs se livrent une bataille acharnée pour faire respecter la loi.
Un avocat m’a dit un jour : « Personne n’est aussi mauvais que le pire de ses actes ». C’est cela aussi que nous avons tenté de montrer.







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