Un doc qui met les pieds dans le plat
Tout comme Libération ou L’Express, qui ont consacré pour l’occasion des dossiers spéciaux à notre alimentation, Zegreenweb a été vivement alerté par les révélations du documentaire sur l’aspartame et bisphénol A : « « Notre poison quotidien » doit nous convaincre de franchir le Rubicon vert », conclut-il.
Le Figaro Madame tente, très pragmatique, de donner des solutions pour se défendre contre ces produits dangereux à travers des « fiches pratiques ». Mais L’Humanité ou Télérama sont plus critiques et se demandent pourquoi aucune mesure n’est prise contre l’usage du bisphénol : « Janvier est passé sans que rien ne se passe. Le ministère de l’Ecologie nous a cependant certifié que le gouvernement tiendrait parole… dans quelques mois. » « Tout est à revoir » dans notre chaîne alimentaire, assène en écho le JDD.
Mais quand, mais comment ?
Rue89 relaie le combat de Paul François, céréalier victime de l’herbicide Lasso de Monsanto et fil conducteur du film de Marie-Monique Robin, qui lancera le 19 mars prochain l’Appel de Ruffec, l’association des paysans victimes de pesticides. Le site laisse aussi la parole aux parents de la documentariste. Sa mère, Jeanette Robin, s’interroge sur la puissance des lobbys : « Quand se réveilleront-ils ? Lorsque l’espérance de vie baissera… alors ils seront acculés. »
Peopoliser pour ne pas dramatiser ?
Quand sa famille ne répond pas aux journalistes, c’est Marie-Monique Robin elle-même qui est starifiée dans La Charente libre, son prix Albert Londres en bandoulière...comme pour mettre une touche de « people » un peu glamour et faire oublier l’angoisse d’un monde alimentaire qui nous menace. Sa figure « d’héroïne » ne parvient pourtant pas à faire oublier le sérieux de son sujet. Sur le site d’ARTE, le grand public est en émoi et chez les professionnels, comme dans la filière viticole, on tire la sonnette d’alarme.
A l’occasion de la diffusion du documentaire, Vitisphère propose une revue de presse des vignerons inquiets pour leur santé. Certains, comme l’œnologue Hervé Lalau, choisissent la voie de l’humour provoc’ :
« Au moyen de gènes habilement améliorés, créons une nouvelle race d’hommes et de femmes capables de résister à des niveaux de pesticides beaucoup plus élevés que les malheureux plafonds actuellement fixés par les agences sanitaires. »
Le prix de notre santé
Face à un buzz pareil, les détracteurs du documentaire semblent hésiter entre le silence, espérant sans doute que les choses se tassent, et des réfutations excessives.
Sous le titre « les gourderies de Robin », la revue Contrepoints s’attelle à démonter les thèses d’une oeuvre de « propagande » qui accumule les « poncifs ». L’article n’est pas avare de substantifs négatifs : « mensonges, ragots, interprétations fallacieuses, omissions, raccourcis, insinuations, images fortes, abus méprisable de l’émotionnel, inepties pseudo-scientifiques », voilà pour l’introduction !
Dans le même esprit Terre-Net écrit que « Les techniques journalistes utilisées pour réaliser [de tels documentaires ] tiennent plus du militantisme que du professionnalisme» et fait témoigner ceux qui ont refuser de répondre à Marie-Monique Robin.
Plus modéré, Novethic ouvre ses pages aux arguments des fabricants de pesticides, tout en posant la question du lien entre pesticides et cancer. L’accent est mis, chiffres à l’appui, sur l’aspect économique : « le marché du pesticide n’a plus le vent en poupe », relève le site. Il est certain que le « Poison quotidien » ne va pas aider à redresser la barre…
Certains médias se sentent, en conséquence, tenus de modérer leur propos pour ne pas se couper d’une partie de leur lectorat, adepte de l’agriculture intensive, comme le blog du médiateur de Sud-Ouest.
Mais dans une démarche polémique constructive, OWNI ouvre un autre débat qui pourrait peut-être réconcilier santé et enjeux financiers. OWNI publie également les bonnes feuilles du livre de Marie Monique Robin sur le silence des autorités publiques en réponses aux différentes alertes sur les méfaits possibles de cet édulcorant.
Tandis que Marie-Monique Robin penche en faveur d’un retour à l’agriculture purement biologique, le site soulève la question des pesticides bios, développés par certaines PME. Bref, la discussion ne fait que commencer. Après cette mise en bouche, on a hâte de voir le plat de résistance…
Anna Borrel






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