La cyberdépendanceM. est cyberdépendant. Ses parents l’ont fait admettre dans une clinique de désintoxication à Paris. En France, de plus en plus de jeunes se réfugient dans le monde virtuel. Le patient a eu son premier ordinateur à l’âge de 7 ans. Il s’est fait de nouveaux amis dans son monde virtuel. Petit à petit, lui aussi devient virtuel. Il se fait appeler Tailor. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est jouer sur ordinateur et tuer des ennemis. Il lui arrive de passer jusqu’à 14 heures par jour devant son ordinateur. Mais cela ne suffit pas pour parler de dépendance. Ce qui compte avant tout, ce sont les conséquences que cela entraîne.
Personne n’est à l’abri d’une dépendance
Une situation particulièrement difficile à vivre peut être un facteur déclencheur, comme par exemple le décès d’un proche. On estime à environ 150 000 le nombre de joueurs compulsifs en Allemagne. Ils sont plus nombreux que les toxicomanes aux drogues illicites. "J’ai commencé avec de faibles mises, et j’ai tout de suite gagné", explique un patient. "Par la suite, le jeu m’aidait à avoir une meilleure estime de moi-même. Quand je jouais aux machines à sous et que la chance me souriait, les gens faisaient plus attention à moi. "
Comme un toxicomane, il lui en faut toujours plus. Il joue de plus en plus souvent pour que cela lui procure l’ivresse dont il a besoin. Mais l'ivresse est-elle possible sans que l'on absorbe aucun produit ? "C'est possible pour tous ceux qui souffrent d'une dépendance qui n'est pas liée à une substance psychotrope", explique la psychologue Sabine M. Grüsser-Sinopoli. "En raison de leur comportement dépendant, leur organisme produit des substances biochimiques en excès. Certains ont besoin d’une aide extérieure, d’autres se servent des substances biochimiques sécrétées par leur propre organisme."
Comment se libérer de la dépendance?
Les experts de l’hôpital de la Charité, à Berlin, expliquent que le besoin compulsif d’acheter ou la cyberdépendance sont comparables à une dépendance à la drogue. Lorsqu'il est stimulé, le corps réagit de la même manière que celui d’un junkie: "Il s'agit d'un phénomène qui n’a pas encore été vraiment étudié en tant que tel. On part du principe que si on ne consomme aucune substance, il ne peut pas y avoir de désintoxication. Pourtant, il existe bel et bien des signes de manque. La dépendance déclenche une série de modifications biochimiques dans notre organisme. La fin de la dépendance, c’est comme une désintoxication. " Il est possible de traiter le problème grâce à la thérapie d’exposition, une forme particulière de thérapie comportementale: "Nous accompagnons les patients dans les magasins et nous les confrontons à leur drogue. Nous vérifions qu'ils n'ont pas recours au système de récompense inadapté qu'ils ont l'habitude d'utiliser."
Dans une clinique parisienne de désintoxication, le cyberdépendant M. apprend à se réintégrer dans le monde réel et à vivre avec des personnes réelles. A la clinique, les médecins ont eu recours à une thérapie comportementale pour soigner sa dépendance. Le joueur compulsif, en revanche, est soumis à un sevrage complet. Il n’a pas le droit d’approcher une machine à sous. Il lui arrive parfois de retrouver un de ces amis pour jouer aux fléchettes: "Ce serait vraiment dangereux si je recommençais à jouer pour de l'argent. Certaines situations représentent un véritable danger pour moi. Mais j’ai fait un séjour dans une clinique où on m'a appris des mécanismes grâce auxquels je peux compenser."
Dans la conscience collective, ces maladies n’existent pas
Il n’existe pas, en France ou en Allemagne, de méthode thérapeutique standardisée pour ce style de dépendance: "Nous avons affaire à un trouble qui a été très peu étudié. C'est comme si ce problème n'existait pas vraiment. On ne possède aucune connaissance là-dessus. Il n'y a pas, non plus, de mesures de prévention. Dans la conscience collective, cette maladie n’existe même pas." (Sabine M. Grüsser-Sinopoli). Pour les malades, cela rend les choses encore plus difficiles.
Une fois sorti de clinique, le risque de rechute est très élevé pour les dépendances comportementales. Les personnes qui ont appris à se récompenser par des comportements dépendants gardent cela en mémoire. Pour les malades, c’est un véritable combat quotidien qui s'annonce.
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HIPPOCRATE - Magazine de santé
Mardi 16 mai 2006, à 14h00
Rediffusion du 31 mai 2005
Rédactrice en chef : Birgit Engel Une coproduction BR -ARTE G.E.I.E.






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