Critique : En indélicatesse avec le comité de censure chinois, ce fameux bureau du film de Pékin qui administre la radio, le cinéma et la télévision, Lou Ye a trouvé des financements à Hong Kong et en France pour réaliser « Nuits d’ivresse printanière ». Si le réalisateur est toujours sur la sellette, la menace se serait faite plus insidieuse dès lors que les capitaux chinois ne sont plus directement en jeu. La situation est probablement encore difficile à vivre, mais cette forme d’appréhension, mêlée de semi hypocrisie, est curieusement en rapport avec l’essence même du cinéma de Lou Ye, marqué par les revers incessants et la trahison, ou fait de situations toujours au bord du déséquilibre, entre chiens et loups, à la fois grises et ardentes, désillusionnées et bouillonnantes de sexualité.
Son cinquième long métrage est sûrement le plus réussi et le plus intense, celui où le choix de la caméra à l’épaule, exacerbé par la HD, dépasse le seul état de confusion propre à tous ses personnages pour se porter encore mieux au plus près des corps en extase, dont on peut presque toucher ou sentir le derme, jusqu’aux regards fiers des amants qui se tancent.

de Lou Ye
(2009, France – Chine, 1h55)
Avec Qin Hao, Chen Sischeng, Tan Zhuo, Wu Wei…
Compétition

En concevant son film comme un entrelacs vertigineux, Lou Ye nous donne pour la première fois l’impression d’être en immersion totale, au plus près de son triangle amoureux, par moments un quintet : le mari, la femme, l’amant, mais aussi le détective et sa copine. « Suzhou River » (2000) était déjà un remake de « Vertigo » d’Hitchcock, axé sur la dualité. Interchangeables, les ébats fougueux mènent ici aussi à un cul-de-sac. Passionné mais lucide, Lou Ye est le grand cinéaste chinois des occasions manquées. Après « Une jeunesse chinoise » et les évènements de Tiananmen, « Nuits d’ivresse printanières » est son « Vingt ans après » à lui.
Julien Welter







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( note Arte: 4 )






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