Taille du texte: + -
Accueil > Le Nu > Glossaire > Obsession

08/09/06

Obsession

En parcourant l’exposition « Eros », on associera automatiquement le terme d’« obsession » à un artiste – Hans Bellmer en l’occurrence – dont les efforts, parfois extrêmes, visant à élucider le mystère de l’érotisme semblent avoir été d’une radicalité particulière. Il est l’un des meilleurs exemples de l’artiste qui, en raison de l’obsession qu’il exprime dans son art, a été trop hâtivement banni dans les bas-fonds de la pornographie. À dire vrai, Hans Bellmer ne cesse de mettre le doigt sur des aspects douloureux de notre société bourgeoise, et c’est ce qui le rend suspect. En effet, il fait de l’érotisme un sujet récurrent, qu’il traite d’une manière telle que la plupart n’oseraient l’évoquer ou l’exposer ouvertement. C’est seulement depuis la rétrospective présentée à Paris, Munich et Londres en 2006 que l’on commence à le réhabiliter et à le considérer comme un éminent illustrateur d’états d’être caractéristiques du monde moderne.

Son érotomanie a de nombreuses facettes, la plus choquante étant peut-être le rapport, mis en exergue dans ses dessins et dans ses photographies, entre érotisme et violence. Pourtant, il y a belle lurette que l’humanité sait que l’érotisme est notamment lié à la domination, à des souffrances tant infligées que subies. Que le corps avili par des liens et des contorsions puisse susciter un sentiment de tendresse est l’une des perversions directement abordées par Bellmer, mais dont on n’accepte de prendre acte qu’avec une répugnance extrême, en oscillant entre écœurement et fascination.

Les photos de poupées anthropomorphes, désarticulées et fragmentées de mille manières sont particulièrement impressionnantes, et comptent peut-être parmi les œuvres les plus accessibles de Bellmer. La poupée se prête non seulement comme support de tous les désirs érotiques imaginables (ce qui en fait un fétiche digne de vénération) mais elle est aussi l’objet idéal pour faire naître l’attendrissement : elle ne dit jamais non, supporte avec équanimité la violence qu’elle subit parfois et ne se départit jamais de cette grâce parfaite déjà célébrée par Heinrich von Kleist en son temps. Peut-être faudrait-il voir un lien entre le célèbre texte de Kleist sur le théâtre de marionnettes, Hans Bellmer et un autre amateur notable de poupées : Oskar Kokoschka qui reproduisit son Alma Mahler-Werfel adorée sous forme de poupée, d’un fétiche n’opposant aucune résistance.

Edité le : 31-08-06
Dernière mise à jour le : 08-09-06