
Journaliste, animateur, producteur, aussi bien en presse écrite qu’à la radio ou à la télévision, Sylvain Augier est un homme aux multiples talents. Il débute sa carrière de journaliste à la rédaction de France Inter en 1979, puis y anime plusieurs émissions jusqu’en 1996.
Il crée en 2003 avec Patrice Parmentier la société 0927 Productions et met à profit sa passion pour le vol (il est adepte de deltaplane et pilote régulièrement des avions et des hélicoptères) pour produire des films aériens institutionnels, ou encore le documentaire « Le vol 402 ne répond plus » diffusé sur ARTE.

S’élever dans les airs
Un projet ambitieux, auquel personne ne croyait vraiment au départ. « Bruno et moi, comme on ne savait pas que c’était impossible, on l’a fait », c’est ainsi que Sylvain Augier décrit le lancement du projet. Et Bruno Cusa de reconnaître qu’une certaine curiosité a stimulé leur motivation : « Depuis longtemps, on avait envie de visiter les plus beaux sites d’Europe. C’est la découverte personnelle ». Tout a commencé par des repérages, afin de filtrer une liste interminable pour en extraire les sites les plus intéressants. Sylvain Augier : « Nous avons d’abord choisi les incontournables : les grandes capitales, les sites historiques autour desquels l’Europe s’est faite. Nous y avons ajouté des sites insolites comme la colline des croix en Lituanie. Donc, c’est un mélange d’éléments culturels, historiques, et esthétiques ». La vie de Sylvain Augier a un fil conducteur : le besoin irrésistible de s’élever dans les airs – et de faire partager cette expérience. « J’ai commencé à m’intéresser au vol depuis l’âge de 12 ans, peut-être même avant. Plus tard, j’ai essayé toutes sortes d’engins comme des planeurs, des avions à moteur, des parachutes, des parapentes, des hélicoptères, des avions de chasse… Au bout d’un certain temps, quand j’ai appris à faire quelque chose, je cherche du nouveau. Je n’aime pas tourner en rond », explique t-il. Cependant, il n’a jamais envisagé d’embrasser une carrière de pilote professionnel : « J’avais tellement besoin de devenir journaliste, besoin de raconter ce que je vivais qu’être pilote ne m’aurait pas suffi ».

Réalisateur des images aériennes
Réalisateur des images aériennes de « l’Europe à vol d’oiseau », Bruno Cusa est l’auteur de grands reportages et de documentaires pour National Geographic, la BBC, NHK ou TF1 (Ushuaïa).
Il a également réalisé les images aériennes de la « France vue du ciel » (France2), de « la Carte aux Trésors » (France 3) ou encore des dix derniers « Paris-Dakar ».

Les béquilles du succès
Il y a une vingtaine d’années, Sylvain Augier a failli payer de sa vie sa passion pour l’aviation lorsque son parapente s’est mis en vrille et a fait une chute libre de plus de 1000 mètres. Gravement blessé, il passa un an et demi à l’hôpital. Afin de pouvoir continuer à travailler comme journaliste, il fit installer autour de son lit tout un studio pour une émission de radio quotidienne en direct. Puis il releva son prochain défi aérien : passer le brevet de pilote d’hélicoptère. A l’encontre des pronostics pessimistes de ses médecins, qui estimaient qu’il pourrait, au mieux, se déplacer en fauteuil roulant, il réussit à se présenter à son examen : avec des béquilles, mais en marchant.Comme cul et chemise
Entre temps, Augier s’est spécialisé dans la production de films aériens, qui représentent d’ailleurs environ un tiers de chacun des volets de « l’Europe vue du ciel ». Bien entendu, il est indispensable de disposer d’une équipe parfaitement rodée : « Dans le tandem pilote/preneur d’images, il faut un accord parfait entre les deux. Il faut que le pilote soit doué pour la prise de vue et que le preneur d’images connaisse les limites de l’appareil ». Voilà 15 ans qu’il travaille avec le pilote Frank Arrestier et Bruno Cusa, qui possède également un brevet de pilote. Outre leur collaboration professionnelle, Augier et Cusa sont amis : « Bruno et moi, nous sommes liés comme les doigts de la main. On a presque le même âge, à une semaine près. C’était l’homme clé, sans lui, je n’aurais pas réussi à faire ‘l’Europe vue du ciel’ ».Cusa a également développé très tôt un amour pour l’aviation, de même que pour la photographie et le cinéma. En globetrotter passionné, il a passé une décennie avec sa femme et ses enfants à sillonner les mers du monde sur un voilier. Pour Cusa, les prises de vues aériennes de « l’Europe vue du ciel » constituent plus un défi qu’une véritable difficulté. « Juste avant le vol, on a tous les soucis de planning, de météo, de trajet, de frontières, de formalités. Mais pendant le vol, je n’ai plus qu’à penser à l’image. Sylvain dit ce qu’il veut comme image, et ensuite, avec le pilote, on fait le cadre. Il faut trouver un joli cadre sans éléments indésirables et choisir le bon axe de lumière ».
38 000 kilomètres dans le ciel de l’Europe
Deux facteurs ont essentiellement compliqué l’organisation du tournage : des procédures de longue haleine pour l’obtention d’autorisations de survol et surtout la météo. Sylvain Augier : « Quand il pleut ou s’il y a du brouillard, on attend. Mais on peut se permettre de filmer dans un ciel qui n’est pas grand bleu – souvent, les ciels un peu contrastés sont plus valorisants ». En l’espace de trois mois et demi, pendant lesquels il y avait environ 50 % de bonnes conditions de tournage, l’hélicoptère a accompli un nombre incalculable de boucles et virages, parcourant un trajet de 38 000 kilomètres. Il arrivait que les défis prennent une tournure surprenante : « Filmer les bonnes sœurs des Monastères des Météores, c’est difficile. C’est aussi difficile que de monter un tournage aérien. Mais à force d’être gentils, on les a finalement convaincu de se laisser filmer », raconte Bruno Cusa en riant.Voir le monde avec les yeux de Dieu
Qu’y a-t-il de si séduisant à montrer l’Europe vue du ciel ? Augier s’extasie : « La perspective à vue d’oiseau est extrêmement inhabituelle pour l’oeil humain. Pouvoir montrer la terre d’en haut et la filmer ou la photographier est tout nouveau, c’est de l’ordre de deux générations. Ce qui est intéressant dans les images aériennes, c’est qu’elles sont insolites et magnifiques. Florence, la Toscane – on ne sait plus où donner de l’œil. Imaginez les dessinateurs des jardins des châteaux de la Loire qui ont conçu tout ça sur plan comme s’ils les voyaient d’en haut, mais de façon théorique. Maintenant, on voit tout ça dans la réalité et on se rend compte à quel point c’est beau ». La demande de prises de vues aériennes a-t-elle augmenté ? Augier de confirmer : « Oui, tout à fait, ce sont des images qui ne s’usent pas, dont on ne se lasse pas ». En conséquence, les films qu’il produit sont également très demandés. Le prochain projet auquel vont s’atteler Augier et Cusa est une fiction documentaire pour le grand écran. Il montrera les volcans du monde entier, vus d’en haut, bien entendu ! Pour Sylvain Augier, cette perspective a également une dimension spirituelle : « Voler, c’est voir le monde avec les yeux de Dieu. »Eva-Maria von Geldern pour le ARTE Magazine







Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter