Sortie du 3 mai 2006 - 06/05/06
One + One (Sympathy For The Devil)
Un Godard peu revu depuis sa sortie et particulièrement sceptique à l’égard du concept révolutionnaire.
De Jean-Luc Godard
(1969, France – Grande-Bretagne, 1h40)
Avec Mick Jagger, Keith Richards, Anne Wiazemsky…
Synopsis : A l’automne 1968, Jean-Luc Godard se rend à Londres avec le dessein de filmer les Rolling Stones au travail. Dans un studio d’enregistrement, le groupe britannique ébauche la fameuse composition « Sympathy For The Devil », point d’orgue de leur album « Beggars Banquet », à paraître à la fin de l’année. Parallèlement, le cinéaste tourne en extérieurs de longs travellings pistant Eve Democracy (Anne Wiazemsky), une héroïne chargée de répondre à une longue interview à dominante politique dans un cadre bucolique, ainsi que des Black Panthers, fervents déclamateurs de slogans révolutionnaires et vindicatifs. Leur mise en pratique résultera dans l’exécution de jeunes femmes blanches, prises en otage par le groupe paramilitaire.
Critique : Projet financé par des capitaux anglais, « One+One » est, à plus d’un titre, un objet dual, non seulement par le dialogue équivoque échafaudé, d’un côté entre les séances de répétition du groupe The Rolling Stones et, de l’autre, les manifestes révolutionnaires mis en scène dans les rues de Londres, mais également du fait d’un conflit violent entre le cinéaste et ses producteurs, consommé par l’existence de deux versions du film. La seconde, baptisée « Sympathy For The Devil », livre le single dans son intégralité, pour escamoter le formidable réflexe elliptique avec lequel Godard capte la progression de la fameuse chanson en cours d’enregistrement, passée sans coup férir d’une simple jam-session invertébrée à un morceau diaboliquement efficace.
On a longuement glosé sur la finalité du projet : se voulait-il une opposition entre création (ici musicale) et destruction (le chaos révolutionnaire et la mise à bas des institutions conservatrices et réactionnaires) ou une interaction formellement ouverte entre contestation populaire et dimension revendicative de la pop ? Tout l’intérêt de « One+One » réside plutôt dans sa froideur et une attitude aucunement condescendante à l’égard des stéréotypes militants de l’époque : les révolutionnaires ressemblent à des rock stars potentiellement risibles, tandis que les Rolling Stones, accaparés par leur travail, se révèlent incroyablement peu hâbleurs et pour le moins concentrés, un sentiment rehaussé par la distance maintenue par la caméra de Godard, loin de l’emportement ou de la ferveur militante. Le groupe n’est d’ailleurs jamais sollicité afin d’évoquer verbalement sa musique, quand chaque tentative discursive filmée en parallèle, qu’elle soit du fait des Blacks Panthers ou du personnage d’Eve Democracy, se solde par une aporie sensiblement pathétique. Slogans, palabres et déclamations maoïstes ont beau se succéder, personne ne parvient à se parler, encore moins à se comprendre. Dans la grisaille de Londres et le chaos d’une casse de voitures reconvertie en Q.G. des Black Panthers (seraient-ce l’équivalent des épaves automobiles calcinées du côté du boulevard St Michel, quelques mois plus tôt ?), la révolution selon Godard paraît déjà dans l’impasse, du moins en ce qui concerne le cinéma traditionnel. Après ce film, le cinéaste s’engouffrera dans l’aventure militante en rejoignant le groupe Dziga Vertov, signataire d’œuvres collectives produites hors des circuits officiels, ou poursuivra ses recherches dans la sphère privée en tournant avec sa compagne Anne-Marie Mieville des films très peu montrés depuis.
Julien Welter
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One + One (Sympathy For The Devil)
De Jean-Luc Godard
(1969, France – Grande-Bretagne, 1h40)
Avec Mick Jagger, Keith Richards, Anne Wiazemsky…
Sortie du 3 mai 2006
Edité le : 02-05-06
Dernière mise à jour le : 06-05-06